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postheadericon Le Blog de Jean-Philippe Chauvin

postheadericon Lorànt Deutsch, le Métronome et la cabale des épurateurs.

Lorànt Deutsch, jeune acteur confirmé, a écrit un livre, « Métronome », suivi d'une version illustrée et d'une série télévisée reprenant les thèmes abordés dans le premier ouvrage : c'est l'histoire de Paris visitée et rapportée par un amoureux de Paris et un passionné d'histoire, et Métronome a réconcilié de nombreux Parisiens avec leur propre patrimoine tout en le faisant découvrir aux voyageurs de passage dans la capitale.


Mais M. Deutsch n'est pas qu'un acteur devenu écrivain, il a aussi quelques sympathies royalistes et il ne s'en cache pas : or, cela insupporte certains qui ne veulent entendre de l'histoire que la version héritée de Michelet (Jules, pas Edmond, ce dernier étant lui-même monarchiste...) et celle qui vante les mérites et le bilan « globalement positif » de la Révolution...


 

Ainsi, depuis quelques semaines, une véritable offensive est menée depuis les milieux d’une certaine extrême-gauche jacobine qui se veut l’héritière des sans-culottes mais aussi par quelques historiens qui dénoncent des erreurs et des affabulations dont se serait rendu coupable M. Lorànt Deutsch. Cette offensive a provoqué une belle polémique ces jours derniers lorsque des élus parisiens du Parti Communiste Français et du Parti de Gauche ont voulu faire adopter un vœu par le Conseil municipal de Paris pour faire cesser la promotion de l’ouvrage de Lorànt Deutsch par la ville : les propos du principal initiateur de ce vœu sont fort révélateurs de l’état d’esprit et des intentions réelles des dénonciateurs… Ainsi, Alexis Corbière, élu du Parti de Gauche, explique-t-il qu’il voudrait « surtout mettre en garde contre cette histoire écrite par les nouveaux camelots du roi qui squattent les plateaux TV, qui n’est en réalité que « camelote des rois » », et qui, selon le même élu « méprise la République et la Révolution » : ah, nous y voilà ! C’était donc cela ! Surtout cela !


Plusieurs remarques : tout d’abord, quels sont ces « nouveaux camelots du roi » qui hanteraient ainsi les médias et mettraient en péril une République qui, jusqu’à présent, ne laissait guère de place à qui pensait au-delà d’elle, à côté ou au-dessus ? M. Corbière, dans sa fougue républicaine et purificatrice va sans doute, d’ici peu, nous fournir une liste de personnes qui n’auront pas leur « brevet de civisme » et mériteront donc une guillotinade médiatique et morale : à côté de M. Deutsch, qui y trouvera-t-on ? Sans doute Stéphane Bern et Thierry Ardisson, royalistes avoués et assumés depuis plus de vingt ans… Qui d’autre ? Quelques historiens coupables de ne pas se reconnaître dans l’histoire officielle distillée par les programmes de l’enseignement secondaire ? Quelques amateurs d’histoire qui préfèrent la faire aimer que la torturer dans tous les sens pour complaire à l’idéologie dominante ? Quelques journalistes qui n’hésitent pas à ouvrir leur porte à des vérités qui peuvent déranger l’ordre bien établi des idées reçues, idées pas toujours justes (ni toujours fausses, d’ailleurs…) ?


M. Corbière, au regard de son propos sur la « camelote des rois », laisse entendre, qu’en définitive, il n’admet pas que l’on puisse évoquer de façon positive les rois ou le souvenir d’une monarchie qui, au-delà de ses défauts certains, a, tout compte fait, construit la France dans sa géographie comme dans sa nature profonde au point d’irriguer encore les meilleurs aspects de la Cinquième République : bel aveu qui nous rappelle le profond mépris des communistes et d’une partie de la Gauche intellectuelle (mais aussi d’une certaine Droite libérale et anticolbertiste) pour la tentative de synthèse gaullienne entre République et Monarchie que la Cinquième représente, avec toutes ses ambiguïtés et ses insuffisances.


Autre remarque : si les ouvrages de M. Deutsch comportent quelques erreurs, d’ailleurs plutôt minimes au regard du travail accompli (et ils n’ont pas vocation à être des ouvrages universitaires…), celles-ci sont bien moins nombreuses et sûrement moins « intentionnelles » que celles que recèlent les manuels d’histoire de Seconde et de Première (nouveaux programmes 2010-2012), voire ceux de géographie, souvent plus sournoisement idéologiques encore que leurs pendants historiques… En particulier sur la période révolutionnaire et impériale ! Dans le cas des manuels scolaires, le plus inquiétant n’est-il pas qu’ils soient rédigés par des enseignants censés être des historiens (ceux qui écrivent l’histoire…) et qu’ils sont destinés au vaste public des élèves de notre pays, dans une école obligatoire ? Qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas : tous les manuels ne comptent pas le même nombre d’erreurs et beaucoup de leurs rédacteurs sont de bonne foi, y compris quand ils se trompent, car l’histoire est un champ si vaste qu’il est parfois difficile d’en apercevoir les contours et les reliefs exacts. Mais les manuels restent néanmoins des ouvrages qui ont vocation à délivrer un certain message, à diffuser, par le canal scolaire officiel, la pensée dominante et structurante (structuratrice ?) de la société contemporaine, à travers l’enseignement des « valeurs de la République » : le propos de Marcel Pagnol, dans « La Gloire de mon père », reste d’actualité… « Les cours d’histoire étaient élégamment truqués dans le sens de la vérité républicaine. Je n’en fais pas grief à la République : tous les manuels d’histoire du monde n’ont jamais été que des livrets de propagande au service des gouvernements », écrivait-il avant de s’en prendre violemment à la Révolution française quelques lignes plus loin…


Dernière remarque : à la veille du 14 juillet, la Gauche radicale, si attachée à l’idéal de la Révolution et de la République, n’aurait-elle pas été mieux inspirée de dénoncer l’ouverture désormais systématique des grands magasins et grandes surfaces commerciales le jour même de la fête nationale, privant d’un jour férié plus de 20 % des salariés de ce pays, le plus souvent contre leur gré ? Voilà qui eût été utile et véritablement social : revendiquer le droit au repos des salariés en ce jour d’unité nationale commémorant la fête de la Fédération, celle-là même du pacte renouvelé entre le roi Louis XVI et la Nation, en 1790… Sans doute une fête trop royaliste pour les élus du Parti de Gauche !

 


Mis à jour (Mercredi, 11 Juillet 2012 16:18)

 

postheadericon La mondialisation, le profit, la fatalité ?

 

Nous étions quelques collègues d'histoire à déjeuner vendredi dernier et à évoquer l'actualité récente et, en particulier, les plans sociaux qui se succèdent, du site d'Aulnay-sous-Bois à celui de Rennes pour l'entreprise PSA par (triste) exemple, et qui risquent de laisser des milliers de travailleurs, ouvriers ou ingénieurs (entre autres), sur le carreau... Le Monde, dans un article récent, évoquait les 60.000 victimes à brève échéance de ces fameux plans sociaux, si mal nommés quand on y réfléchit bien...


Un de mes collègues, sans se prononcer sur la valeur même de la mondialisation en grande partie à l'origine de ces drames sociaux de fermetures d'usines françaises, y voyait une fatalité inéluctable, dans le sens de l'histoire économique, et contre laquelle, du coup, il était vain de lutter : tel n'était évidemment pas mon avis, et je me suis employé à lui démontrer qu'il n'était pas vain de se battre pour éviter une mondialisation qui ne profite qu'à quelques uns au détriment de beaucoup d'autres.



 

Entendons-nous bien sur le sens de mon propos : je ne confonds pas la mondialisation avec le simple mouvement d'internationalisation des relations humaines et d'échanges, ou avec la découverte de terres et de cultures différentes. La mondialisation, c'est beaucoup plus que cela, et sans doute de nature fort différente si certaines formes peuvent prêter à confusion : c'est bien plutôt un système et une idéologie qui s'appuient sur l'ouverture du monde pour le transformer en une seule entité globale, « fluide » et « immédiate », au risque d'en nier les spécificités particulières ou de les transformer en simples arguments industriels ou commerciaux. Dans cette mondialisation, l'Argent s'est rapidement imposé comme la seule référence, faisant des critères de productivité, rentabilité ou profitabilité les arguments majeurs et seuls « légitimes » (sic !) de l'activité économique des sociétés et des hommes... Le résultat est la recherche permanente du profit, souvent égoïste, au détriment des hommes et des sociétés priés de « s'adapter » aux nouvelles règles, celles-là mêmes qui refusent justement que les Etats puissent en édicter pour limiter la mondialisation et son extension à tous les domaines de la vie sociale, voire individuelle.


Là encore, une précision s'impose : je ne suis pas de ceux qui condamnent « le profit » par principe, mais je considère trois éléments : la manière dont il est créé, et ce qu'il en est fait, mais aussi s'il est mesuré ou s'il est déraisonnable au regard des réalités sociales du lieu et du moment. Si le profit passe par l'exploitation des uns pour le bonheur des autres, souvent beaucoup moins nombreux que les précédents, je ne peux l'accepter sans récriminer ; s'il n'est utilisé que pour la satisfaction de quelques uns et dans le rejet des autres ou leur misère, je ne peux l'accepter, au nom d'une justice sociale qui, à mon sens, doit primer pour garantir l'équilibre des sociétés humaines ; s'il est « l'hubris » (la démesure) et écrase les hommes comme il détruit l'environnement ou les héritages humains (traditions, au sens actif et parfois critique du terme...), il est condamnable, purement et simplement... A l'inverse, s'il se conjugue avec l'honnêteté, la juste valeur du travail accompli, la justice et le partage, avec l'amélioration de la condition humaine, sociale ou environnementale, il est utile et tout à fait légitime !


Jadis, au XIXe siècle, les enfants travaillaient dans nos usines, parfois jusqu'à 15 heures par jour... Aujourd'hui, cela se fait encore... mais dans les puissances émergées, comme la Chine : mondialisation heureuse ? A qui cela profite-t-il ?


Contrairement à mon collègue, sans doute à la fois fataliste et trop optimiste sur les possibilités de la mondialisation à améliorer les choses, je pense qu'il faut réfléchir et agir sans hésiter à aller à contre-courant de ce qui se veut « le sens unique de l'histoire » : il ne faut pas oublier que, selon les époques, ce fameux sens de l'histoire a sacrément varié, entre le paradis scientiste et colonialiste des hommes du XIXe et le paradis socialiste promis par Marx et ses épigones du XXe, sans oublier cette « fin de l'histoire » (sic !) que nous annonçait triomphalement Francis Fukuyama au début des années 90 et qui a fait long feu depuis, perdue dans les gravats des tours du World Trade Center et dans les mausolées dévastés de Tombouctou...


La mondialisation n'est pas une fatalité car il n'y a pas un sens unique de l'histoire, il n'y a que l'histoire qui, elle aussi, ne sait pas toujours où elle va...

 


(à suivre : la mondialisation heureuse, un mythe ?)

Mis à jour (Dimanche, 29 Septembre 2013 21:39)

 

postheadericon L'amitié franco-allemande.

L'amitié franco-allemande est un bienfait, même si elle n'est pas toujours un fait avéré, en particulier en ces temps de crise et de cartes rebattues en Europe (ce qui n'est pas, en soi, nouveau...), et il est bon que la France et l'Allemagne, à travers leurs dirigeants respectifs aient rappelé ce dimanche le cinquantenaire de cette amitié née d'abord de la rencontre de deux grandes et fortes personnalités qui, l'une et l'autre, connaissaient leur histoire et savaient la force des symboles et des gestes, le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer. Autant les actes fondateurs de la construction européenne, de la création de la CECA (en 1951) au traité de Rome (en 1957) apparaissaient comme des textes sans âme, trop technocratiques pour susciter autre chose qu'un enthousiasme froid, artificiel, autant la rencontre de deux êtres de chair et de sang, enracinés dans des histoires nationales parfois douloureuses et sanglantes, au cœur d'une ville qui fut celle du sacre des rois de France avant d'être la martyre symbolique de la guerre de 1914-1918, a marqué les esprits : l'amitié franco-allemande s'incarnait à ce moment précis où de Gaulle et Adenauer se recueillaient en la cathédrale, en appelant d'une certaine manière (et le choix du lieu n'était sans doute pas anodin) à une légitimité supérieure pour sceller ce « pacte » entre les deux adversaires de la veille...


Adenauer et de Gaulle, l'Allemagne et la France : une amitié exigeante, qui n'interdit pas la critique et les coups de gueule...


Sans cette incarnation, l'amitié franco-allemande aurait-elle été autre chose qu'un voeu pieux porté par des gens raisonnables et sérieux, sortes de « cornichons sans sève » tels que les moquaient Bernanos dans les années 30-40 ?


L'amitié n'est pas la compromission, elle est parfois la rude franchise de gens différents (elle est exigeante pour être vraie), et il est bon de savoir garder sa liberté (qui n'est pas l'isolationnisme...) à l'égard de ses propres amis pour, parfois, mieux les sauver d'eux-mêmes ! D'ailleurs, de Gaulle n'a pu initier cette amitié franco-allemande que parce qu'il l'appuyait sur deux nations différentes et décidés à s'entendre plutôt que sur des cadres techniques ou des zones économiques désincarnées ou anhistoriques, ce que n'avaient pas compris les Monnet et autres Schuman qui, il faut bien le rappeler, n'ont guère fait avancer, concrètement et sentimentalement (sans doute le plus important dans cette histoire), la réconciliation entre les deux pays issus de la division ancienne, par le traité de Verdun de 843, de l'empire carolingien.


Aujourd'hui, l'Allemagne est la principale puissance économique de l'Union européenne et elle se verrait bien comme directrice des destinées européennes : il n'est pas sûr que cela soit souhaitable ni même convaincant. Seule et trop sûre d'elle-même au point d'en oublier ses devoirs en Europe, l'Allemagne risquerait de se perdre dans un rôle trop grand pour elle : au contraire, dans une alliance forte avec la France, l'Allemagne inquiète moins et limite ses ambitions propres en les ordonnant au bien commun européen, qu'il s'agit parfois encore de définir pour éviter tout malentendu sur le continent.


L'amitié de la France et de l'Allemagne est un bienfait, disais-je, mais elle n'est pas la seule amitié que la France doit entretenir en Europe et au-delà : celle-ci ne pourra être l'amie des autres puissances qu'en maintenant et renforçant sa propre puissance, nécessaire pour que les liens qu'elle a noué et qu'elle peut nouer encore avec d'autres, soient eux-mêmes solides. Et c’est aussi en « faisant de la force » que la France pourra concrètement peser sur les choix que feront ses partenaires, et non en voulant s’abandonner dans des constructions chimériques ou en brandissant de grands principes pour mieux ensuite les renier, faute de moyens pour les faire respecter…

 


Mis à jour (Lundi, 09 Juillet 2012 07:45)

 

postheadericon Les mausolées de Tombouctou.

La destruction par des salafistes maliens des mausolées et des anciennes mosquées de Tombouctou soulève l'indignation en France comme dans de nombreux pays africains et musulmans, et beaucoup y voient une marque d'obscurantisme, ce qu'elle est indéniablement, sans aller plus loin ni dans la mémoire ni dans la réflexion. Or, pratiquement au même moment, des promoteurs, pour « débloquer » un chantier gêné par des recherches archéologiques, faisaient détruire à coup de bulldozers les vestiges du port phénicien de Beyrouth, au Liban, ce qui n'a guère provoqué de débat et a juste coûté à l'entreprise dévastatrice une amende équivalente à environ 50.000 euros, somme absolument dérisoire au regard de celles engagées pour le chantier des promoteurs et de ce que va leur rapporter, par mètre carré, le lieu ainsi « libéré » d'une histoire encombrante... Que valent 3.000 ans d'histoire face aux centaines de millions d'euros que va rapporter ce chantier aux financiers et aux constructeurs ? Ainsi, l'avidité libérale peut être aussi vandalisatrice que la fureur islamiste !


Un article fort intéressant paru dans Libération, mardi 3 juillet 2012, tente d'expliquer les motivations des destructeurs de Tombouctou et rappelle qu'elles sont identiques à celles des talibans qui, en mars 2001, ont détruit à l'explosif les bouddhas de Bamiyan et brûlé environ 55.000 livres rares à Kaboul : « ce crime [ en Afghanistan] ne résulte nullement d'un coup de folie. Il avait été totalement prémédité, ayant même fait l'objet de discussions au sein de la Choura (grand conseil) qui regroupe les chefs du mouvement. (...) La destruction des bouddhas de Bamiyan s'inscrit dans la droite ligne d'un courant iconoclaste qui existe depuis la naissance de l'islam. Il se fonde notamment sur une sourate du Coran exhortant les fidèles à guerroyer les statues, assimilées à des idoles. (...) En Afghanistan, les mausolées des saints avaient été ostracisés par les talibans mais pas détruits. A Tombouctou, Ansar ed-Dine les a détruits purement et simplement, le culte des saints étant assimilé à de la superstition. » La destruction des tombeaux et la dispersion des ossements par les fondamentalistes apparaît, aux yeux des salafistes, comme un acte profondément religieux de « purification » et, au-delà, de volonté de rompre avec un « passé impie », avec ce qui représente pour eux une hérésie inacceptable au regard de la foi qu'ils prétendent incarner le plus concrètement possible...


La porte sacrée d'une des mosquées de Tombouctou a été détruite par les salafistes qui veulent éliminer toute trace des cultures locales trop "païennes" à leur sinistre goût...


Ce n'est pas une attitude réservée aux fondamentalistes salafistes, et l'histoire même de notre pays nous le confirme aisément, comme ces propos du républicain révolutionnaire Rabaut Saint-Etienne qui déclarait « Notre histoire n'est pas notre code » et ajoutait, comme l'a rappelé Alain Finkielkraut devant les élèves de Polytechnique à l'automne 2011 : « Tous les établissements en France couronnent le malheur du peuple. Pour le rendre heureux, il faut le renouveler, changer ses idées, changer ses lois, changer ses mœurs, changer les hommes, changer les choses, changer les mots... Tout détruire ; oui, tout détruire puisque tout est à recréer. ». Cette double politique de la purification et de l'amnésie organisée, au nom du monde à construire et de la pureté, révolutionnaire ou religieuse, est effectivement et forcément destructrice, et porte en elle ce que nous appelons vandalisme : la Révolution française, d’ailleurs, fut sans doute la période la plus iconoclaste de toute l'histoire de France du dernier millénaire, voire au-delà, et notre patrimoine en porte encore les stigmates. ou en rapporte le souvenir à travers son étude... Lorsque la République, par la voie de la Convention, décide de s'en prendre aux tombeaux des rois à Saint-Denis ou que les sans-culottes de Quimper dévastent la cathédrale Saint-Corentin tout en profanant les tombes qui s'y trouvent et en brandissant les crânes ainsi découverts au bout de piques, c'est toujours la même logique qui est à l’œuvre !



Mais aujourd'hui, nos pays, pourtant éloignés des fureurs maliennes, sont-ils à l'abri d'une telle politique dévastatrice ? Au regard des programmes scolaires et des manuels d'histoire, mais aussi d'une idéologie dominante qui impose une sorte de repentance permanente et ne raisonne plus qu'en termes de « droits de l'homme » au risque de ne pas comprendre notre histoire réelle, nos nations, aussi anciennes soient-elles, risquent l'amnésie et sont menacées de voir s'effacer des pans entiers de ce qui forme, en définitive, notre « vivre-ensemble ». Le risque n'est pas moindre que celui des destructions de Tombouctou : il s'agit ici, avec une société de consommation qui réduit tout à la marchandise ou indexe la liberté individuelle à la valeur financière, d'un effacement silencieux de nos « mausolées de la mémoire » au profit d'un individualisme consumériste, d'une immédiateté de la jouissance qui n'est rien d'autre qu'une forme d'addiction à la possession, à « l'avoir » au détriment de « l'être ». Il serait périlleux de négliger cette tendance lourde de nos propres sociétés trop communicantes « ici et maintenant » pour savoir encore transmettre à travers les générations qui se succèdent… La transmission prendra d’autres voies, faut-il espérer !


Quant à la situation au Mali, il ne faut pas se leurrer : malgré les rodomontades de l’UNESCO et des autorités légales de ce pays, Tombouctou, « la perle de l'islam », va sans doute perdre la plupart de ses trésors architecturaux et, au-delà des tombeaux et des mosquées, l'inquiétude concerne désormais les bibliothèques et les milliers de manuscrits multiséculaires qui risquent, eux aussi, de faire les frais de la rigueur doctrinale des salafistes... Quelques uns seront sauvés, certes, et, l'histoire ne s'arrêtant jamais, d'autres seront écrits et s'ajouteront à leur tour aux trésors de l'humanité, montrant par là-même la victoire constante de la vie sur les idéologies mortifères... Il y aura aussi, comme dans le roman d'anticipation de Ray Bradbury, « Fahrenheit 451 », des hommes et des femmes qui se transmettront les trésors d'hier par le souvenir et la parole...


Mais, pour l'heure, quel désastre et quelle pitié ! Cela doit nous inciter, nous-mêmes, à cultiver notre patrimoine, à l'entretenir, à le vivre sans exclusive, au-delà des illusions et des loisirs de la société de consommation : un arbre ne monte haut sans risquer la chute lors des tempêtes que lorsque ses racines sont profondes...


Mis à jour (Jeudi, 05 Juillet 2012 23:42)

 

postheadericon Ebauche d'une stratégie royaliste : quelques pistes...

 

Samedi 30 juin se tiendra, à Versailles, la première Journée d’études du Groupe d’Action Royaliste, journée que j’animerai avec mon ami Frédéric Winckler et qui, l’après-midi, portera sur la stratégie politique des royalistes et sur les moyens de faire progresser les idées monarchistes dans notre pays. Cela annonce sans doute quelques débats intéressants, peut-être vifs, mais en tout cas nécessaires, à mon sens, à l’heure même où nombre de nos compatriotes se sentent perdus dans une mondialisation de moins en moins lisible et dans une société de plus en plus étouffante en même temps que trop fluide, trop « nomade »…

Il y a quelques semaines, « La Toile », revue de la communauté monarchiste SYLM (Support your local monarch), a publié un article que j’avais écrit sur mes propositions stratégiques pour un royalisme en période d’élection présidentielle : je le publie aujourd’hui à nouveau, désormais sur ce site, en espérant qu’il suscitera chez les royalistes de toutes les tendances quelques réflexions, propositions ou critiques constructives…


 


Etre royaliste en temps de présidentielle : ébauche et essai d’une stratégie individuelle en l’espérant, pour l’avenir, collective…


Il ne doit en rester qu'un... et il n'en reste qu'un au soir du second tour : l'élection présidentielle, « reine des élections » en France (hommage du vice à la vertu, diraient certains...), est un moment fort, sans doute le plus fort, de la vie politique française, et il serait dommage que les royalistes qui parlent tant de politique tout au long de l'année se réfugient dans une sorte d'exil intérieur en ce moment-là... Au contraire ! C'est l'occasion de réfléchir, de discuter, de proposer en tant que royalistes, et il n'est pas inintéressant de chercher les meilleurs moyens de parvenir à faire entendre la parole monarchiste au cœur de l'arène politique.


Il y a plusieurs manières de faire du royalisme en période de présidentielle : présenter un candidat sous les couleurs du royalisme ou avec le soutien d'une organisation monarchiste pour évoquer quelques thèmes qui nous sont chers. Mais la difficulté actuelle pour récolter les 500 signatures de maires obligatoires pour avoir droit de concourir a empêché toute candidature d'aboutir à la présentation effective devant le corps électoral depuis 1974 et la candidature de Bertrand Renouvin. Les vaines tentatives, justement parce qu’elles furent vaines, de M. Renouvin en 1981 puis de MM. Adeline et Villenoisy en 2007 et 2012, si elles n'ont pas été complètement inutiles, ont néanmoins, dans le cadre d'une République qui accorde tant d'importance à l'élection de son magistrat suprême, « invisibilisé » la famille monarchiste, désormais cantonnée, aux yeux des médias, aux commémorations et au folklore et, pour le pire, à des attitudes et à des expressions qui apparaissent bien fâcheuses pour l'Opinion publique...


Autre moyen de faire du royalisme : s’allier ou, plutôt au regard des forces actuelles des mouvements royalistes, se rallier à une candidature républicaine, de Droite ou de Gauche. L’inconvénient majeur est que, du coup, l’intérêt qu’autrui pourrait avoir pour le message monarchiste disparaît devant le simple choix fait du candidat et que les questions posées alors aux royalistes n’auront plus grand-chose à voir avec la singularité royaliste, ses idées ou ses propositions : triste sort des « ralliés » que de devoir défendre, du coup, des positions qui ne sont pas exactement « leurs »… La chose serait bien évidemment différente si les effectifs royalistes étaient assez important pour que ce ralliement apparaisse comme une alliance susceptible de quelque utilité pour le candidat choisi ou pour sa candidature.


Alors, en attendant mieux, le plus urgent lors d’une campagne présidentielle, c’est de… faire du royalisme, tout simplement ! Cela signifie assumer ses couleurs et son originalité politique : d’abord en abordant des sujets éminemment politiques et qui permettent, en définitive, de démontrer aussi les insuffisances de l’actuelle « Républiquarchie », trop républicaine pour ce qu’elle a de monarchique, trop monarchique pour ce qu’elle a de républicain


Justement, ce qui a été marquant dans la campagne présidentielle qui vient de s’achever, c’est l’absence de certains thèmes et le manque de visibilité de certains autres, alors que les drapeaux et les slogans, eux, flottaient au vent dans un tourbillon de couleurs destiné à occulter, sans doute, les douleurs actuelles et à venir… Or, il y aurait eu tant à dire sur les différentes formes de pauvreté et les moyens de les combattre ou d’en atténuer les effets ; sur la possibilité et la nécessité d’une « révolution doublement verte » en agriculture pour, à la fois, nourrir tout le monde et au plus proche en priorité, et pour trouver les moyens d’une agriculture respectueuse de l’environnement et de la diversité végétale comme animale ; sur l’aménagement du territoire, les questions de l’artificialisation intensive et dévastatrice des terres, et le télétravail susceptible de permettre le maintien dans les zones rurales de familles obligées aujourd’hui de s’entasser en périphérie des zones urbaines ; sur la dramatique émigration des « jeunes pousses » françaises, formées dans nos lycées et grandes écoles (entre autres) qui coûte des dizaines de milliards à la France chaque année ; sur le développement énergétique des littoraux français, entre énergie houlomotrice, marémotrice ou hydrolienne, et la fabrication des carburants à base d’algues, véritables « mines d’or » qui peuvent permettre à notre pays de résoudre sa question énergétique en moins d’une décennie si l’on veut bien se donner la peine de « lancer » les choses ; sur les questions ultramarines et la nécessité d’une vaste réforme des institutions d’Outre-mer ; tout cela sans négliger les questions européennes et les moyens de répondre aux défis de la globalisation et de cette « grande transition » aujourd’hui profitable aux nouvelles puissances émergées, et bien sûr à la difficulté du désendettement public…


En parlant de cela, en discutant et en travaillant sur des pistes concrètes et prospectives aussi, les royalistes montrent leur utilité et leur motivation à ne pas attendre la prochaine catastrophe ou le prochain millénaire pour intervenir en politique, dans le débat comme dans l’action. De plus, par l’inventivité (je n’ai pas dit l’utopie ou le délire…) ; par la volonté de trouver des solutions aux problèmes d’aujourd’hui et de demain (qui se prépare aujourd’hui, d’ailleurs : ne jamais suivre les trains, mais les précéder, ou les annoncer…) ; par le sérieux de notre travail intellectuel et la crédibilité de nos propositions, par leur capacité à répondre aux inquiétudes et aux souhaits (s’ils sont pertinents, car nous ne visons pas la seule popularité ou reconnaissance populaire, mais le Bien commun…) de nos compatriotes : nous serons à mêmes de crédibiliser et de banaliser le cœur de notre message, la question institutionnelle politique.


Car il n’y a pas à mettre notre drapeau fleurdelysé dans la poche, au contraire, mais à montrer combien ce que nous proposons aurait les meilleures chances de se réaliser dans de bonnes conditions avec un régime politique qui s’inscrirait, par son histoire et surtout par sa nature « transgénérationnelle » (du fait de la transmission héréditaire et successible) dans la durée nécessaire, comme le rappelait il y a quelques temps, le philosophe Michel Serres, à la réalisation des grandes politiques qui déterminent le cours d’une nation et d’un Etat. La démonstration monarchiste, qu’il n’est pas le lieu ici de reprendre à nouveau, trouve aussi et sans doute d’abord son meilleur carburant dans la proposition plutôt que dans l’opposition sans fond et la dispersion partisane


Etre royaliste est une chance, sans doute, mais ne doit pas se limiter à se regarder au matin dans la glace en murmurant « vive le roi », puis en se fondant dans la criaillerie anonyme de la société de consommation et de distraction… Le commentaire journalier de l’information, à l’oral comme à l’écrit, par l’imprimé comme par la toile ; la discussion quotidienne et parfois impromptue sur son lieu de travail, au café ou dans la rue, ou encore dans le métro et le magasin ; etc. sont des actes qui prennent d’autant plus de valeur et de force que nos concitoyens sont sensibilisés à la période électorale et, au-delà, à la vie sociale quotidienne qui inclut aussi la politique. Ne négligeons pas non plus la colère et la protestation lors des plans sociaux qui frappent parfois non loin de nous : celui qui resterait dans l’éther des idées et se contenterait d’avoir raison ne sera jamais entendu et sa cause sera perdue ! De la parole à l’action, de l’idée à la réalisation, voici la logique d’un royalisme vivant, et efficace…

 

Jean-Philippe Chauvin

Mis à jour (Mercredi, 27 Juin 2012 00:09)

 
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