postheadericon Année scolaire 1981-1982.

En septembre 1981, je revenais au lycée Chateaubriand pour une deuxième année de Terminale, sans aucune motivation, au point de vouloir, en ce début d’année scolaire, « quitter l’école », tentation qui resta en l’état. Ma nouvelle classe était majoritairement féminine (31 filles sur 35 élèves) et m’ennuyait malgré la présence de personnes sympathiques. Mais, revenant du Camp d’AF, la motivation militante me permit de passer l’année sans trop d’encombre : il y avait quelques élèves à convertir aux bienfaits de la Monarchie, en particulier Xavier Carrère, le fils du préfet d’Ille-et-Vilaine, ou Thierry Jamois (dont le frère aîné sera, plus tard, proche des monarchistes), joueur talentueux de tennis ; j’avais renoncé, par contre, pour Thierry Masson, qui restait viscéralement de gauche. Quant à Stéphane Ferré, toujours souriant et de bonne humeur, il n’était pas hostile à l’idée de Monarchie, peut-être par amitié pour moi plus qu’autre chose. Une lycéenne semblait plus motivée, Nathalie Barbedor, avec qui j’avais de longues discussions (pas seulement politiques) sur le chemin du lycée. Mais, n’étant pas un organisateur, les « ralliements » à la Monarchie étaient plus individuels que « militants » : j’étais assez peu enclin à proposer une « carte », préférant créer un « état d’esprit » monarchiste autour de moi et apaiser les inquiétudes autour du royalisme, le banaliser en somme…
J’avais récupéré de nombreux numéros d’Aspects de la France, mais aussi de la défunte revue étudiante « L’Action Française étudiante », et surtout de « la Nouvelle Action Française », dont le titre, peut-être parce qu’il y avait le qualificatif « nouvelle » (la néophilie n’est-elle pas une marque de la jeunesse ?) et que la NAF avait un petit côté « révolutionnaire », me plaisait bien. C’est d’ailleurs cette NAF (à laquelle je n’étais évidemment pas affilié, puisque j’étais à l’AF) qui me valut de me faire « incendier » en cours d’Histoire puisque je la lisais ostensiblement pendant que la prof, madame D., nous gavait d’ « historiquement correct »… L’ayant déjà subi l’année précédente, je ne me sentais pas l’envie de « faire semblant » ou de mener la « guérilla » que j’avais pratiqué à ses cours, et je me réfugiais dans la lecture qui me semblait plus « saine » : je fus rappelé à l’ordre et le censeur vint me réprimander devant toute la classe, sans que cela ne fasse autre chose que m’agacer un peu plus.
Le prof de philo, monsieur Barjeon (je ne garantis pas l’orthographe), était de gauche mais ne me « sabrait » pas pour autant, même si mes résultats étaient d’abord catastrophiques et semblaient me condamner à louper encore une fois le bac : moins de 4 de moyenne au premier trimestre, 6 au second, et, à sa grande surprise qu’il fit partager en me valorisant devant la classe, 11 au troisième : quelle progression ! Il n’avait jamais vu cela… Il m’arrivait de citer Maurras dans mes copies, en particulier le texte sur « l’inégalité protectrice » qui répondait aux idées néfastes ou utopiques de Jean-Jacques Rousseau.
Durant cette année scolaire, j’essayais de lancer un petit bulletin royaliste propre au lycée Chateaubriand, « L’avis de chatô », mais je ne me souviens plus, je l’avoue, si le projet fut mené ou non à bien. Ayant été élu « chef de classe » comme l’année précédente, j’arguais de cela pour démontrer « la progression des idées royalistes dans la jeunesse » ce qui, évidemment, était fort exagéré : mais j’étais persuadé que mes camarades de classe m’avait élu « en tant que royaliste », illusion qu’il me faudra attendre un peu pour m’en défaire...
Suite à l’affaire des « graffitis » de l’année précédente, j’étais évidemment « surveillé » mais, il faut l’avouer, de manière assez négligente et je poursuivais mon œuvre scripturale en me contentant de ma table du jour ou de l’heure, et en gardant principalement mes marqueurs pour les poteaux de lampadaires (d’une sorte de couleur verdâtre qui permettait une bonne visibilité des slogans noirs, bleus ou rouges…) ou les affiches qui se couvraient de fleurs de lys (surtout des « araignées » à l’époque, cela faisait plus « moderne »…). Et puis, il y avait les autocollants dont de petits reproduisant l’emblème de la Restauration Nationale et un simple « vive le roi » et de plus grands qui disaient : « Non, ce n’est pas dépassé de défendre l’honneur, la famille et la patrie » (ou quelque chose d’approchant), ce qui rappelait, tout de même, la formule « travail famille patrie » du régime de Vichy…
Il n’était pas difficile de me suivre à la trace, il suffisait de suivre les coups de marqueurs et les autocollants ; bien sûr, je variais les parcours mais toutes les routes qui reliaient la maison familiale de la rue de la Motte-brûlon au lycée Chateaubriand étaient « royalisées ».
A la fin de cette année 1981-1982, je décrochais sans gloire excessive le bac, au grand soulagement de mes parents. Je quittais ainsi ce lycée Chateaubriand où j’avais exercé mes talents (sic !) durant quatre ans. Quelques années plus tard, d’autres royalistes allaient y laisser, à leur tour, une certaine empreinte…