postheadericon Lycée Chateaubriand, année 1980-81.

L’année scolaire 1980-1981 fut l’année de mes premiers pas dans le mouvement royaliste et j’avais tout de suite pris quelques initiatives pour faire connaître le royalisme d’Action Française à mes camarades de classe pour lesquels être royaliste devait être quelque chose de baroque et de déplacé.
Ainsi, à tous les cours, je mettais sur ma table, bien en évidence, un numéro d’Aspects de la France ou des brochures d’AF et je les laissais aussi durant les intercours « à disposition » en espérant que mes collègues de classe s’en emparent… Cela donnait aussi lieu à des discussions parfois animées sur la politique, la République et, bien sûr, la Monarchie dont je vantais de façon enflammée mais sûrement maladroite les nombreux mérites. Au moins une camarade de classe, Claire L., s’avouait convaincue par mes propos et n’en faisait pas mystère, de manière un peu provocatrice : les autres restaient sceptiques, voire franchement opposés à cette Action Française, en particulier du fait de sa coloration « de droite »… Henri K. était sans doute le plus constant de mes contradicteurs, ce qui n’empêchait pas que nous étions très copains… Ses arguments, piochés dans le corpus idéologique de la Gauche marxisante, ne cherchaient pas à discréditer mais à combattre mes idées : nous en discutions longuement lors des cours de philosophie que nous écoutions d’une oreille distraite, tout comme les cours… d’Histoire, où je m’ennuyais profondément. Mes amis proches, Véronique J., Corinne R., Christine G., ou Damien F. m’écoutaient poliment, mais ils n’étaient pas vraiment convaincus, c’est le moins que l’on puisse dire : mais il est possible que certaines idées « semées » à ce moment-là aient, par la suite, germées de manière diverse… En tout cas, tous pouvaient mettre un « visage » sur le royalisme et cela le rendait moins théorique, plus proche.
Durant les cours, je traçais sur ma table quelques slogans au marqueur, frappés de la fleur de lys. Henri K. se faisait un malin plaisir de les altérer au cours suivant, s’il arrivait à prendre ma place de la veille, tandis que je me débrouillais pour, justement, occuper (et marquer, donc) une nouvelle table. J’en rajoutais lors des heures de permanence en m’enfermant dans des salles inoccupées et en décorant systématiquement les tables de slogans signés de « MRF » (pour Mouvement Royaliste Français) avec une écriture maquillée pour donner l’impression que je n’étais pas le seul militant royaliste et qu’il y avait aussi plusieurs mouvements monarchistes, ce qui ne pouvait que renforcer une impression de « ils sont partout »… Cette activité graphomaniaque me valut quelques soucis lorsque je fus convoqué par le Proviseur du lycée, M. Rannou, qui était un ami d’enfance de maman, et par l’Intendant, dont le fils était un « sale con » (c’était l’impression que j’en avais à l’époque…), élève au lycée et sorte de « socialiste hargneux » qui ne cachait pas sa détestation à mon égard à laquelle je répondais par une ironie méprisante… Après une discussion houleuse et éprouvante durant laquelle l’Intendant fut odieux et menaçant, dépassant largement la seule question comptable, je fus condamné à payer 175 francs d’amende, ce qui n’était pas négligeable au regard de mes 5 francs d’argent de poche hebdomadaire et de mes économies… Mes camarades de classe étaient scandalisés par la sanction et certains émirent l’idée de se cotiser pour me permettre de payer l’amende, malgré le refus d’Henri K. qui considérait, somme toute assez logiquement, qu’il ne pouvait être solidaire de ce qu’il combattait par ailleurs. En fait, cette idée resta lettre morte et l’amende fut payée de ma poche, sans que je me souvienne comment j’ai réussi à réunir la somme. Evidemment, si je fus plus prudent dans mes inscriptions, je ne cessai pas pour autant cette activité et, quelques années plus tard, je pris ma revanche de façon sans doute un peu exagérée mais très jouissive… : un beau matin, le lycée Chateaubriand se réveilla avec des peintures royalistes de plusieurs dizaines de mètres sur tout le long des murs intérieurs qui firent littéralement s’étrangler l’Intendant, choqué d’une telle insolence et d’un tel « attentat » contre la République…