postheadericon Graffitis royalistes, août 1981.

Après le Camp d’AF, je passais mon mois d’août 1981 à Lancieux, non loin de Dinard. Persuadé qu’il me fallait mettre en pratique tout ce que j’avais appris en juillet, autant en théorie politique qu’en militantisme, je collais de nombreux papillons autocollants un peu partout, de Lancieux à Saint-Malo, ainsi que des affiches (déjà évoquées dans une note précédente) et vendais quotidiennement Aspects de la France, avec quelques succès d’ailleurs…
D’autre part, j’étais un adepte du « marqueur » et les cabines de bain blanches de la grande plage de Lancieux (mais aussi celles de Saint-Briac, commune limitrophe) se couvraient d’inscriptions royalistes : en fait, cela n’était pas très esthétique, même si je sus rapidement dessiner correctement (et ulrarapidement…) les fleurs de lys, ce qui me déculpabilisait de « tagger » (terme qui n’existait pas alors, on parlait de « graffiter »). En fait, soyons franc, je ne ressentais absolument aucune culpabilité, la Cause étant de toute façon plus importante que tout le reste…
A posteriori, je pense que j’ai dû plus énerver que convaincre… Mais bon, tout le monde (j’exagère un peu) sur la Côte d’Emeraude (et le but principal était de toucher les très nombreux touristes venus de tout le pays) savait ainsi qu’il existait des royalistes.
D’autre part, en ce début des années 80, la politique (et l’activisme, en particulier) gardait une place, voire une aura, importante et la durée de vie des affiches, quelles qu’en soient la couleur, était fort réduite. Quant aux graffitis (appelés aussi « inscriptions »), ils étaient considérés comme un mode d’expression comme un autre, en particulier depuis Mai 68. Ainsi, je ne faisais que faire ce que faisaient les autres militants politiques !
Il me fallait tout de même ruser pour pouvoir les tracer : même si j’avais grande liberté à Lancieux et que je ne cachais pas vraiment mes activités (sauf de ma famille, qui n’était pas dupe mais, en définitive, assez conciliante malgré tout), ma mère faisait la « chasse aux marqueurs » : aussi, je devais les cacher dans une haie à l’entrée de la propriété familiale ou alors dans les vieilles cages à lapin de la volière en ruine de mon grand-père, sous la paille… Lorsque ma mère me prenait à partie sur telle ou telle inscription qu’elle avait aperçue, je niais farouchement en être l’auteur, sans la convaincre aucunement…
J’avais quelques slogans préférés : le « Vive le roi », basique, était le plus marqué (parce que le plus rapide à faire et le plus explicite, sans doute) et cela sur tous les supports possibles, avec toujours le sigle « AF » qui devait rester bien mystérieux pour de nombreuses personnes ; venait ensuite le « Monarchie populaire » qui donnait un petit air révolutionnaire au royalisme et en faisait frissonner quelques uns d’aise et de contentement parmi les militants, la référence au « peuple » étant alors très courue (on ne parlait pas encore de populisme…) et les militants d’AF le confondant volontiers avec le « pays réel » cher à Maurras… ; enfin, « Action Française » explicitait au moins les initiales AF et les remplaçait souvent avantageusement, ainsi que le publicitaire « lisez Aspects de la France ».
Je commencerai à varier les slogans dès l’année suivante, mais ce sont les années 1985-1992 qui verront, me semble-t-il, la plus grande diversité dans l’expression scripturale des idées royalistes (j’en reparlerai dans une prochaine note, sur les fameuses « nuits de bombage » sur la fac de Beaulieu, celle de Villejean et des lycées de Rennes).
C’est aussi l’année suivante (au sortir de l’été 1982) que je passerai du marqueur (que je n’abandonnerai pas pour autant) à la bombe à peinture, beaucoup plus efficace pour la « visibilité »…