postheadericon La dernière journée du Camp 1981.

Traditionnellement, le Camp Maxime Real del Sarte se terminait par une grande réunion champêtre qui rassemblait un dimanche les militants et sympathisants du coin autour d’un méchoui, héritage de la période « Algérie française » et des Camps de cette époque. La veille arrivaient des voitures de la Région parisienne, bourrées de jeunes et de moins jeunes venus passer les dernières heures au contact des campeurs : c’est ainsi que je fis connaissance avec Frédéric Poretti et avec le mythique Bébert de Maubert (devenu depuis Vicky de Sainte-Hermine…), de son vrai prénom Jean-Charles, qui était l’incarnation vivante d’un royalisme populaire et gouailleur aux accents argotiques.
La dernière nuit fut courte : sous les grandes tentes, autour du feu de camp ou près du petit château qui abritait l’intendance, les discussions allaient bon train et, malgré le nombre de bouteilles vidées, restaient éminemment politiques. Etant encore un « nouveau » malgré mes quinze jours passés au Camp, les Parisiens fraîchement débarqués de l’après-midi ne m’avaient pas invité à leurs conciliabules, craignant sans doute que je ne saisisse pas toutes les subtilités de leurs propos ou que je ne sois pas « sûr »… Ces préventions tomberont dès les mois suivants et j’en eus la preuve au Camp suivant, dans les Landes.
Tôt levés le dimanche matin, il nous fallut préparer le méchoui malgré un temps hésitant : nous avions creusé la veille de véritables tranchées pour accueillir les braises et faire tourner les moutons entiers au-dessus d’elles, sous l’œil vigilant de Tabary et de Garban. C’était épuisant car il fallait alimenter sans cesse le feu qui menaçait, si on y prenait garde, de s’éteindre. Pendant ce temps, d’autres militants préparaient l’estrade pour les discours de l’après-midi, la décorant de drapeaux fleurdelysés (y compris celui du Québec) et des provinces de France. Les apéritifs avaient été, en attendant la distribution de ceux-ci aux participants, placés sur un grand billard français dans ce qui avait été un salon et n’était plus qu’une salle sombre marquée sur ses murs par l’humidité, preuve de la dégradation de lieux impossibles à entretenir financièrement par le propriétaire…
Tout au long de la matinée arrivèrent les « invités » comme nous les appelions et les voitures se garaient comme elles pouvaient dans un champ contigu au Camp et le long des allées qui y menaient. J’étais à l’entrée du domaine, sous des pancartes immémoriales qui avaient dû servir depuis les années 50 tout comme les couvercles de poubelles en ferraille qui étaient recouverts de peinture blanche et sur laquelle se découpait une fleur-de-lys bleue. Des kilomètres alentours, des peintures sur la route et des petites flèches en bois, là encore ornées de l’emblème royal, indiquaient la bonne direction pour qui voulaient nous rejoindre. Apparemment, ce fléchage était efficace…
Des « anciens » de l’Action Française de la « grande époque » se retrouvaient et se congratulaient. Louis Garban, comme d’autres jeunes militants, portaient une plaque de Camelot du Roi : un vieux monsieur, l’apercevant, lui tendit immédiatement la main en le tutoyant, « entre Camelots »… Peu importait les différences sociales ou provinciales, que l’on se connaisse ou pas, être « Camelot », c’était faire partie d’une sorte de « bande » avec ses rites, ses codes, et ses amitiés…
Avec mon petit appareil photo, j’ « immortalisais » cette journée, ce qui me permets de me rappeler que les orateurs étaient Guy Steinbach, Pierre Pujo, Bernard Pascaud ou encore l’avocat Benoît Dakin, de Rouen. Les auditeurs étaient peut-être une centaine, assis sagement sur les bancs placés devant l’estrade, tandis que les militants étaient étendus sur l’herbe, écoutant distraitement les discours ou somnolant pour rattraper les heures de sommeil perdues de la nuit précédente…
Vint l’heure de mon départ vers Nantes, puis vers Rennes : le Camp 1981 s’achevait pour moi, mais il m’avait conforté dans mon militantisme et donné quelques raisons supplémentaires d’être royaliste… J’allais, dès les jours suivants, en faire « bon usage »…