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postheadericon 2018

postheadericon La base paysanne et ouvrière de la Monarchie. Partie 1 : La base paysanne, une utopie ?

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Dans un de ses premiers textes politiques, le comte de Paris (1908-1999) écrivait : « Je ne conçois la Monarchie qu'avec une base ouvrière et paysanne » (1). Or, le propos peut sembler, aujourd'hui, fort anachronique : le monde agricole est un secteur de l'économie qui n'emploie plus directement que 700.000 personnes environ (soit 3 % des actifs en France) quand il en comptait encore 6 % en 1995 et 40 % il y a un siècle (et un tiers de la population active dans les années trente, au moment du propos cité), et la civilisation paysanne a disparu dans les années 1950-1970, comme le souligne Henri Mendras dans son livre célèbre « La fin des paysans », publié en 1967 ; quant au monde ouvrier, alors qu'il compte environ 5 millions de salariés et d'entrepreneurs, il est devenu quasiment invisible dans la société médiatique, si ce n'est au moment de fermetures d'usines, souvent délocalisées pour des raisons spéculatives, et lorsque les « jetés à la rue » se rebiffent en brisant quelques ordinateurs ou en séquestrant quelques liquidateurs. Une base plutôt fragile pour une hypothétique Monarchie, pourrait-on ironiser...


Et pourtant ! Le propos ancien du comte de Paris ne me semble pas à jeter aux oubliettes mais bien plutôt à repenser et à réactualiser, sans céder ni à la nostalgie ni à la survalorisation « classiste » comme celle que faisaient les maoïstes des années 60-70.



Le monde agricole contemporain travaille sur la moitié environ de la superficie de la métropole, ce qui n'est pas rien, et qui mérite l'attention et le respect. Mais l'exploitation des terres agricoles est trop souvent le fait d'une agriculture intensive et productiviste, avec peu de main-d’œuvre, et qui oublie plus qu'elle ne les maîtrise les cycles naturels, au risque de dégrader les sols et les paysages pour maintenir une compétitivité exigée par la mondialisation des échanges et une société de consommation toujours aussi vorace, encore excitée par la Grande distribution. De plus, nombre d'exploitants agricoles n'ont plus qu'un rapport distancié à la terre et à l'animal, ce qui marque une rupture avec les équilibres anciens, aussi bien naturels que domestiques, et certains rejettent même le qualificatif, pourtant noble, de paysan, qu'ils considèrent comme trop daté ou trop « nostalgique ». Cela paraît donc démentir la possibilité de réalisation de la formule du comte de Paris.


En fait, cette « base paysanne » que voulait le prétendant existe toujours, même si elle peut sembler fragile ou minoritaire, y compris au sein des exploitants agricoles, et il s'agit désormais de l'élargir, ce que propose intelligemment Silvia Pérez-Vitoria dans son dernier ouvrage, le « Manifeste pour un XXIe siècle paysan », paru en 2015, et qui appelle, au-delà d'une lecture attentive et parfois critique, une action politique et sociale active en faveur d'une nouvelle condition paysanne, d'une refondation d'une « classe paysanne » et d'une civilisation rurale ordonnée à la nature des espèces, des paysages comme des hommes, dignes de ce beau nom de paysannerie.


Oui, la Monarchie royale doit participer à la consolidation et à cette refondation proprement paysanne, non pour revenir aux temps anciens d'un Moyen âge ou pour tomber dans une utopie ruraliste (mais tout ruralisme n'est pas forcément utopie...), mais pour engager un véritable retournement des habitudes et des politiques, retournement qui privilégie les équilibres entre les éléments d'une nature domestiquée sans être esclave ni mutilée et les activités et intérêts humains, qu'ils soient nourriciers, sociaux ou psychologiques. Comme l'écrit Mme Pérez-Vitoria, « Il faut rompre avec les élucubrations sorties de modèles mathématiques dégurgitées par les ordinateurs des économètres (…). Il n'y aura pas de solutions si l'on ne redonne pas aux paysans et aux paysannes des terres pour produire leur nourriture et celle du reste de l'humanité. Dans la plupart des cas ils sauront trouver des pratiques culturales adaptées aux conditions locales et produire les denrées vivrières nécessaires, pour peu qu'on leur laisse les moyens de le faire. Ils pourront en vivre et nous faire vivre. » Cela ne signifie pas qu'il faille exproprier ou diviser tous les grands domaines, mais juste reconnaître que, selon la plupart des études agronomiques indépendantes récentes, « l'efficacité des petites fermes est plus grande que celle des grandes (…). Non seulement l'agriculture paysanne à petite échelle peut nourrir les habitants de la planète mais elle fait beaucoup mieux quand il s'agit de travail, de biodiversité, de pollution et d'émission de gaz à effet de serre, que l'agriculture conventionnelle. ». Voilà des faits qui méritent réflexion, et action, mais aussi décision(s) politique(s).



Cette motivation politique sur la question agricole explique pourquoi les royalistes prêtent attention et soutien à l'agriculture biologique plutôt qu'à l'agro-industrie productiviste, et qu'ils militent pour une agriculture paysanne appropriée aux terroirs et paysages de France, dans toutes leurs variétés et qualités, sans en méconnaître les difficultés et, parfois, les rudesses. Et, au-delà de l'activité productrice des travailleurs de la terre, c'est toute une vie rurale qu'il s'agit de refonder sur des valeurs qui ne soient pas que financières : le travail, le respect de l'environnement, l'entraide, l'autonomie de la vie communale... Des valeurs qui, aujourd'hui, semblent faire défaut à nos sociétés technophiles et individualistes, énergivores et démesurées, consommatoristes et globalitaires, et des valeurs qui sont, non un simple changement, mais, là encore, un véritable « retournement », civilisationnel cette fois, nécessaire pour assurer la pérennité et la transmission de ce qui fait la France, et qui la définit au regard de l'histoire longue...


C'est bien en cela que la Monarchie royale peut revendiquer cette « base paysanne » qui, si elle n'est pas la seule base possible et nécessaire de la Monarchie refondée, plonge ses racines autant dans le passé que dans l'avenir, comme ce chêne de Vincennes cher au roi saint Louis et à ses successeurs...


 



Notes : (1) : Cette déclaration a été faite au moins deux fois dans la presse française : dans Le Petit Journal, le 28 novembre 1934, et dans la revue Le Mois d'avril 1936.

 


(à suivre : Comment assurer et assumer le redéploiement paysan ? ; la Monarchie et le monde ouvrier)

 

 


 

postheadericon Les agriculteurs français : de nouveaux serfs ?

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Chaque année, à la fin du mois de février, les médias se mettent à parler du monde agricole, de ses difficultés et des défis qu'il doit relever, tandis que les hommes politiques, du président au conseiller général, se préparent au marathon de quelques heures qu'ils vont effectuer au Salon de l'Agriculture. Chaque année, c'est donc le même rituel, les mêmes déplorations, les mêmes coups de menton, et cette année ne rompt pas avec cette tradition qu'il conviendrait pourtant de critiquer et d'amender, car chaque année, la situation globale des agriculteurs semble bien empirer et les campagnes paysannes poursuivre leur lent et inexorable mouvement de désertification et d'uniformisation paysagère... La surface agricole utile ne cesse de diminuer et, désormais, elle est bien en dessous de la moitié de la superficie totale de la métropole, ce qui peut, légitimement, inquiéter quand on sait que la population française, elle, poursuit sa progression numérique. Dans le même temps, la surface des exploitations, de moins en moins nombreuses, continue à grossir, et les projets d'agriculture intensive de type « ferme des mille vaches » se multiplient, au nom de la « nécessaire compétitivité », et suivant le modèle développé en Allemagne et aux Pays-Bas, modèle qui leur a permis de dépasser la France au rang des pays exportateurs de produits agricoles : la quantité, mais pas forcément la qualité, paraît privilégiée quand les statistiques sont en jeu.



Ainsi, le « pétrole vert » de la France semble-t-il s'épuiser, et le désespoir des agriculteurs n'est pas feint, même s'il semble vain au regard des mécanismes contemporains d'une société de consommation dont la mondialisation a aggravé encore les effets délétères sur le monde paysan, condamné à devenir le serf du Marché mondial et de la Grande Distribution, comme des désirs qu'elle suscite pour s'assurer encore de meilleurs profits sans, pour autant, vouloir les partager avec les producteurs agricoles de base. Bien sûr, tous les agriculteurs français ne sont pas logés à même enseigne, et quelques grands exploitants tirent très bien leur épingle du jeu quand les moyens et petits agriculteurs conventionnels sont trop étranglés par les dettes et les contraintes administratives pour pouvoir, à long terme, survivre dans ce monde concurrentiel. Que les produits agricoles du Mercosur (Marché commun du Sud, constitué de cinq pays d'Amérique du Sud, dont l'Argentine et le Brésil) arrivent bientôt sur les marchés européens et risquent de fragiliser un peu plus le monde agricole français, n'est que la conséquence d'un libre-échangisme que l'Union européenne a, depuis ses origines, favorisé et qu'elle ne remettra pas en cause, malgré les déclarations impérieuses du président Macron : ce dernier, qu'il le veuille ou non, reste et restera coincé par les mécanismes européens et leur logique « libéraliste » qui empêchent toute mesure « protectionniste » de nos marchés comme de nos producteurs. Et l'on entendra le chœur des pleureuses qui, après coup, viendra nous expliquer que tout cela est fort regrettable mais qu'il faut bien se résoudre à accepter cette règle générale pour ne pas faire le jeu des « populismes », bien plus dangereux (selon eux...) que les grandes firmes agro-industrielles mondialisées qui asservissent les agriculteurs à leur ordre maudit ! C'est d'ailleurs toujours le même processus et le même discours depuis quatre décennies au moins, et, pendant ce temps-là, le nombre d'agriculteurs diminue, encore et toujours, suivant la logique Mansholt qui visait, effectivement, à cette diminution : c'était aussi un moyen efficace de faire disparaître une opposition paysanne qui a toujours fait peur aux féodalités urbaines... Moins de paysans, donc moins de « fourches levées », pensait-on dans les couloirs de Bruxelles et des palais de la République !


Et si ce calcul ne fonctionnait plus ? Si de nouveaux paysans « reprenaient la terre » plutôt que de la laisser « partir » entre les mains d'investisseurs spéculateurs chinois ou coréens, entre autres ? Si le monde agricole se « réinventait » en retrouvant le sens et la cause de la terre ? Si le « redéploiement rural » devenait réalité ?



Puisque la République est impuissante à protéger les terres et les agriculteurs de notre pays, non par manque de moyens mais par manque de volonté et de perspective à long terme, il n'est pas interdit de se poser la question d'une Monarchie royale dont le comte de Paris disait qu'elle devait reposer sur des bases paysannes et des bases ouvrières, et qui pourrait mener une nouvelle politique de réenracinement agricole, mieux adaptée au besoin d'équilibre et de partage de nos sociétés contemporaines. Utopie ruraliste, doublée d'une utopie monarchiste ? Si l'on se contente de quelques écrits sans conséquences, sans doute. Mais si l'on pense un nouveau projet de société sans oublier les réalités du présent, réalités qu'il s'agit, non seulement de changer, mais de bouleverser par une autre manière d'imaginer l'avenir et ses racines, et si l'on permet aux idées de s'incarner dans des projets multiples à l'échelle du pays et selon la grande diversité de ses particularités, tout devient, en ce domaine, possible... même le meilleur ! Encore faut-il le vouloir, et que la magistrature suprême de l’État le veuille aussi, ou le permette en rétablissant son autorité politique, autorité nécessaire et légitime sur les féodalités économiques et financières qui ne doivent plus imposer à notre société et à ses producteurs agricoles leurs dogmes et leur « règne d'or et de boue »... A la boue putride des scandales agro-alimentaires, nous préférerons toujours cette terre vivante et créatrice qui ennoblit les travailleurs des champs, et qui est source de « vraies richesses », de celles qui ne sont pas toutes économiques...

 

 


 

postheadericon La forêt de Bure, nouveau terrain de contestation ?

 

Ainsi, le bois de Bure a été évacué de ses occupants, qui étaient à 6 heures du matin au nombre d'une quinzaine quand les forces de l'ordre, des gendarmes en l'occurrence, étaient... cinq cents ! La surprise pour les habitants sylvestres a été totale, semble-t-il, et leur résistance de faible intensité : il est vrai que le déséquilibre des forces en présence était trop flagrant pour laisser le moindre doute sur l'issue de l'opération d'évacuation. « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », affirme Corneille, et cette citation s'applique évidemment à une République qui est plus forte pour déloger quinze dormeurs au petit matin que pour faire respecter la loi dans ses nombreux « territoires perdus » qui, selon certaines enquêtes de terrain, dépasseraient le nombre de 900, nombre qui mériterait sans doute une plus grande précision et formule qui appellerait quelques définitions complémentaires. Mais le ministre de l'Intérieur est ravi de son effet et engrange une victoire pour l’État qui est, pour l'heure, presque totale : « Force reste à la loi », peuvent claironner ceux qui la font, et l'appliquent, parfois plus aux autres qu'à eux-mêmes...



En fait, le message du gouvernement est clair : il s'agit de ne plus laisser s'enraciner de points de fixation ou de nouveaux territoires de « résistance aux grands travaux », et de briser dans l’œuf toute velléité de cristallisation d'oppositions pour éviter de nouveaux « Notre-Dame-des-Landes », ce dernier nom étant devenu le cauchemar de la République dont elle ne s'est éveillé que par l'intelligente (et controversée) renonciation à ce projet d'aéroport prévu, à l'origine, pour… le Concorde ! Cela suffira-t-il à décourager de nouvelles contestations ? J'en doute, certes, et cela démontre aussi que, dans ces débats autour de l'aménagement du territoire par de grandes structures d'équipement ou de loisirs, c'est le rapport de forces qui compte, plus en tout cas que la raison ou la seule discussion argumentée : on peut s'en désoler, mais c'est ainsi ! C'est l'opposition musclée des paysans de Notre-Dame-des-Landes et de ceux qui les ont rejoints, leur résistance sur le site comme les manifestations, parfois violentes et souvent destructrices, dans les villes voisines (Nantes et Rennes), mais aussi la crainte de probables débordements de la part des « zadistes » (et de leurs alliés conjoncturels) en cas d'obstination à vouloir « faire » l'aéroport, et le risque d'un drame humain, qui ont poussé le gouvernement à susciter une nouvelle réflexion à partir d'une commission « indépendante » d'experts et à enterrer un projet désormais trop coûteux, au moins politiquement parlant. Mais, en renonçant au projet d'installations aéroportuaires, le gouvernement, s'il s'ôtait une épine dans le pied, savait qu'il ne fallait plus laisser « pourrir une situation » et qu'il fallait faire preuve d'autorité, voire d'autoritarisme, dans les autres dossiers en cours ou à venir : une stratégie à laquelle, logiquement et sans aucune surprise, il se tient, et veut se tenir dans le futur.


La victoire de la République à Bure n'est pourtant pas totale, et une image, similaire sans être identique, m'est revenue quand j'ai entendu les réactions ministérielles : celle d'un Georges W. Bush qui, sur un porte-avions des États-Unis, annonçait la victoire de sa coalition contre Saddam Hussein et la fin de la guerre en Irak... C'était en 2003, et la guerre n'a plus jamais cessé dans cette malheureuse contrée qui ne voit pas, à échelle humaine, la possibilité de la paix et de l'entente entre les communautés. La Fontaine nous en a bien prévenus : « il ne faut jamais vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre », et le gouvernement ferait bien de se garder de tout triomphalisme. Si la situation à Bure, Dieu merci, n'a pas grand-chose à voir avec la tragédie irakienne, elle a en commun avec elle de ne pas être achevée parce que le gouvernement l'aurait décrétée telle et, réactivée par une intervention un peu démesurée au regard du nombre d'opposants dormant dans le bois, l'opposition à l'implantation d'une décharge nucléaire souterraine sous le bois de Bure pourrait bien jouer le rôle d'un nouveau « Notre-Dame-des-Landes », d'une nouvelle contestation fédératrice de toutes les contestations environnementales, plus vives et motivées aujourd'hui que les contestations sociales urbaines, dont l'automne dernier a montré la vanité désespérante pour qui y voyait un « troisième tour social ».



Ainsi, le prochain champ de bataille pourrait bien être, à nouveau, « rural », rejouant une sorte de chouannerie comme cela s'est fait jadis à Plogoff et, plus près de nous, dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes, celui-là même qui, en 1793, s'était soulevé contre la République aux cris de « Vive le Roi ! »... Après tout, ne s'agit-il pas, là aussi, d'une défense de « notre terre », comme le disait ce jeudi sur les ondes un habitant de Bure, inquiet (légitimement) de ce que l'on voulait y enterrer ? Le royaliste enraciné que je suis n'est pas indifférent à ce langage, ni à ce combat...

 

 


 

postheadericon Quelques souvenirs d'une jeunesse royaliste rennaise...

 

Les déménagements sont toujours des épreuves et des redécouvertes, et j'en fais à nouveau l'expérience teintée d'amertume et de nostalgie : la maison familiale, celle qui a entendu nos cris d'enfants et abrité notre jeunesse, avec ce jardin dans lequel nous avons tant joué, bercés par les aboiements joyeux d'Indienne, l'épagneule fidèle, n'est plus qu'une demeure en sursis que nous vidons de cinquante ans de souvenirs et de plus d'un siècle de mémoires accumulées, et ce depuis les années de la pharmacie du Progrès de mon grand-père Lechaptois, après la Première guerre mondiale. C'est aussi l'occasion de récupérer et de sauver (mais qui cela intéressera-t-il après moi ? Peut-être quelque jeune chouan pas encore né...) des morceaux de ma propre histoire politique, depuis la deuxième moitié des années 1970 : certes, je n'ai pas retrouvé le premier « journal » politique que j'avais rédigé sur la mort du général Franco, ce dictateur espagnol qui avait eu la bonne (et la seule bonne ?) idée de restaurer la Monarchie avant de mourir en ce mois de novembre 1975 ; mais les correspondances politiques, en un temps où le courrier ne se faisait pas à l'ordinateur, sont là, rangées dans un carton, tandis que les coupures de presse, les collections des revues royalistes (parfois un peu désordonnées et incomplètes) ou les petites marges blanches découpées du quotidien Ouest-France sur lesquelles j'inscrivais des slogans royalistes avant de les glisser dans des livres ou des journaux de la Documentation du lycée Chateaubriand, débordent de sacs plastiques dont certains sont siglés de « La Restauration Nationale » (nom officiel du mouvement royaliste maurrassien d'A.F. depuis 1955). Dans un autre grenier, non loin de là, s'entassent des collections d'Aspects de la France des années 1950 à 1980, mais aussi de La Revue Universelle des années 1920-1940 et des exemplaires de La Nation Française, l'hebdomadaire de Pierre Boutang et de Michel Vivier, et d'autres publications monarchistes, sans oublier les affichettes royalistes locales, parfois simples photocopies de slogans et de dessins fleurdelysés, souvent signées du Cercle Jacques Bainville de Rennes-2 : en somme, une véritable caverne d'Ali Baba royaliste !


Tout cela me ramène à mes premières années militantes, à la fin de la décennie 70, lorsque les ordinateurs n'existaient que pour quelques entreprises ou administrations et n'avaient pas encore envahi notre quotidien, et que les téléphones mobiles n'étaient qu'un phantasme d'auteurs de science-fiction. La politique se faisait autour de soi, dans son milieu scolaire ou professionnel, dans la rue et au cœur des familles, par le tract, la brochure et la parole, et les cafés avoisinant les lycées et les facultés retentissaient constamment des débats enflammés qui suivaient les cours d'histoire ou de français, qui étaient alors très marqués par les discours dominants de l'après-Mai 68. Au lycée Jean-Macé, les panneaux d'affichage des étages étaient couverts d'affiches des différents groupes qui s’entre-déchiraient furieusement, de l'extrême-gauche trotskiste à l'extrême-droite du Front de la Jeunesse et de l'Eurodroite, de l'UNCAL communiste au Cercle Charles Maurras local, ce dernier tenant quelques réunions (autorisées par l'administration du lycée) dans une salle du rez-de-chaussée destinée aux activités d'études ou syndicales, ou de club de la presse, je crois... Mais c'est au lycée Chateaubriand que j'ai vraiment commencé à militer politiquement, et c'était encore la grande époque du militantisme, même si cet établissement, moins central que Jean-Macé, apparaissait aussi moins politisé. Si ma mère m'avait offert pour mes quinze ans les « Œuvres capitales » de Maurras, gros volume à la couverture d'un bel orange vif, c'est à « Chatô » que j'ai vraiment découvert le royalisme par le biais de l'hebdomadaire Aspects de la France, mais aussi du mensuel L'Action Française étudiante, alors vendu en kiosque au carrefour de la rue de Fougères (aujourd'hui Jean Guéhenno et rue du Général Guillaudot), du boulevard Sévigné et de la rue de La Borderie.



Le temps a passé, et la politique est beaucoup moins prégnante dans notre société, sa place étant désormais parfois occupée par la religion, et surtout par une logique économique de la société de consommation qui ne pousse pas vraiment à réfléchir ni à s'engager dans la Cité : d'ailleurs, que d'anciennes ministres comme Mmes Vallaud-Belkacem et Kosciusko-Morizet annoncent renoncer à la politique, ne serait-ce que pour un temps, après Mme Fleur Pellerin, la plus catastrophique ministre de la Culture de M. Hollande, et cela pour rejoindre de grandes entreprises en profitant de confortables émoluments, est tristement révélateur de l'état d'esprit des élites républicaines contemporaines, état d'esprit qui, au-delà des personnes, condamne sans doute la République elle-même, en tant qu'idéologie et institutions sans pour autant porter atteinte au noble sens du mot, la Res Publica, que l'on peut traduire par « la Chose publique » et qui reste aussi la raison d'être de la Monarchie royale en France.


Le temps a passé, mais la nostalgie qui parfois m'envahit de sa douce amertume, ne doit pas et, d'ailleurs, ne peut pas fonder une politique pour notre temps : on ne construit rien sur le « C'était mieux avant », mais il s'agit bien plutôt d'appliquer une forme d'empirisme que l'on pourrait qualifier (au-delà du qualificatif habituel d'organisateur que Maurras a popularisé) d'ordonnateur, en tirant des expériences passées ce qui peut permettre le meilleur (ou le moins pire...) pour les générations présentes et à venir. En ce sens, et au regard de l'histoire, la Monarchie royale reste, qu'on le veuille ou non, la formule institutionnelle la plus souple et, sans doute, la plus socialement juste dans sa volonté de préserver l’État des pressions des puissances féodales, politiques comme économiques et financières, comme nous le rappellent les exemples fameux de Jacques Cœur et de Nicolas Fouquet qui en ont fait les frais... Une Monarchie qui ne soit pas figée sur ses représentations de 1830 ou de 1848, mais se projette en 2018 et dans les années d'après, sans oublier ce qu'elle a été et sans négliger ce qui a été depuis qu'elle n'est plus, et en préparant ce qu'elle sera et devra être pour durer.



En quittant une dernière fois ce grenier de la Motte Brûlon qui fut ma chambre durant de longues et heureuses années, et en franchissant le portail d'une propriété qui a cessé d'être nôtre, j'ai vieilli, d'un seul coup. Nous ne sommes pas encore en Monarchie, et ma jeunesse est définitivement morte, le 12 février de cette année 2018, mais il reste l'avenir, toujours à fonder comme la Monarchie est, elle, à refonder : c'est encore assez pour poursuivre les combats de ma jeunesse, en cette vieillesse qui s'annonce...

 

 


 

postheadericon Mon royalisme : "politique d'abord" et sentiment.

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Lorsque le royalisme est évoqué, rarement, dans les médias, il est ramené à quelques noms, soit issus du monde des artistes, soit tirés de l'histoire et, souvent, de la polémique autour des années trente et de la guerre de 39-45 : ce n'est pas exactement satisfaisant, même si Lorant Deutsch et Stéphane Bern me sont tous deux fort sympathiques et qu'ils banalisent (dans le bon sens du terme) l'idée de Monarchie, quand l'évocation de Maurras se fait plus grinçante et moins paisible... Mais limiter le royalisme à l'histoire ou à la popularité simplement médiatique me semble vain, ou insuffisant pour mener à la ré-instauration royale que je souhaite et pour laquelle je milite, année après année, en espérant bien « vivre en Monarchie, et non pas mourir royaliste en République »...


Mais alors, comment définir le royalisme, et présenter sa pratique ? Il y a plusieurs approches possibles, et j'en privilégie une double, à la fois politique et « populaire » : un royalisme « politique d'abord », et un royalisme plus « sentimental », et c'est cette prise en compte des deux aspects qui me semble la plus efficace et la mieux compréhensible de nos concitoyens qu'il s'agit bien de convaincre ou, du moins, d'amadouer. Car, je le redis ici, si l'établissement d'institutions royales en France est bien nécessaire pour relever les défis contemporains dans les meilleures conditions, et qu'il peut être mené par un petit nombre, une « minorité énergique » qui sait ce qu'elle veut et où elle va, il n'est viable et crédible que si une part significative de la population civique française accepte et, même, désire cette « refondation » : pour s'enraciner, il faudra bien que la Monarchie royale soit, ou devienne, populaire près des Français.


S'il est possible que cette popularité vienne après l'établissement royal, il ne faudrait pas, néanmoins, qu'elle tarde trop. Considérons qu'un délai maximal d'une décennie est raisonnable, et l'exemple espagnol peut nous renseigner sur ce point : le roi Juan Carlos, « enfant de Franco », a réussi en moins de six ans cette délicate opération de popularisation de la Monarchie, en jouant sur plusieurs terrains à la fois et en actionnant des leviers que seule sa position arbitrale pouvait lui assurer. La rédaction et la promotion d'une nouvelle Constitution démocratique, en 1978, puis son très bref discours d'une minute, en février 1981, pour condamner la tentative de coup d’État de quelques généraux égarés, ont « fait » la Monarchie aux yeux d'Espagnols encore largement sceptiques au sortir de quatre décennies de régime autoritaire. Comme l'expliquait le général de Gaulle, pour faire l'histoire, il faut « l'homme et l'événement », mais le roi Juan Carlos a aussi profité de cette position particulière qui était, comme roi, la sienne : héritier de la dictature, il n'en était pas le dépositaire, et, roi, il devait l'être de toute l'histoire comme de tous les Espagnols, même républicains. Il incarnait à la fois l’État et la nation, avec toutes leurs contradictions et tous leurs désirs et conflits : comme le résumait l'écrivain Marcel Jullian de façon poétique, il n'était pas « l'aile droite ni l'aile gauche, il était l'oiseau », tout simplement...



Pour en revenir au royalisme, je le définis en « politique d'abord », et cela signifie que je n'en fais pas une cause religieuse, ni même la condition d'un hypothétique renouveau catholique, par exemple. Cela ne signifie pas que je sois indifférent à la question religieuse mais simplement qu'il ne faut pas attendre un miracle divin pour que la Monarchie s'accomplisse : en fait, c'est l'action politique, les hommes, les événements qui feront la Monarchie, et, peut-être, un peu de chance que les croyants pourront voir comme un signe de la Providence. D'autre part, la Monarchie royale est politique, avant tout, même si elle ne doit pas négliger une nécessaire « verticalité » et une forme de sacralité qui aident, l'une et l'autre, à sa légitimation sans en être, à mon sens, la légitimité même.


Mais, au-delà de la dimension politique du royalisme, il lui faut une dimension sentimentale, de celle qui fait vibrer les cœurs et les âmes : Alexandre Dumas, au travers de ses mousquetaires et de leur fidélité au roi, a bien montré la force du sentiment qui permet à l'autorité exécutive de mobiliser les énergies pour elle, et pour le service de l’État et du pays. Que la Monarchie soit une affaire familiale marque aussi la particularité d'un régime qui se perpétue par « les voies naturelles » et qui vit au rythme de l'existence des êtres, de la naissance à la mort, entre événements joyeux et drames, mariages et deuils, rires et larmes...



Ainsi, le royalisme doit s'adresser à la raison tout autant qu'au sentiment : s'il ne s'adressait qu'à la raison, il ne serait qu'une sèche doctrine ; s'il ne parlait qu'au sentiment, il ne serait qu'un doux phantasme. Toute « l'alchimie » monarchiste, avant que d'être monarchique le jour venu, tient dans cette subtile combinaison entre les forces du sentiment et les nécessités du politique...

 

 


 
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