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postheadericon 2017

postheadericon Proudhon vu par les royalistes (partie 2) : différences et points d'accord.

 

Je poursuis ici ma réponse sur P.-J. Proudhon et sur ce qui peut intéresser les royalistes dans sa pensée. Rappelons qu’il ne s’agit évidemment pas d’annexer Proudhon ou d’en faire un royaliste qu’il n’a jamais été : ce qui n’empêche pas d’en parler avec toute la liberté possible et sans préjugé. Certains voudraient que les frontières politiques soient infranchissables et prônent, d’une manière certaine, une forme de repli sur les positions déjà établies : le royalisme contemporain tel que je l’envisage ne doit pas avoir de telles attitudes de fermeture intolérante et, en définitive contreproductives. Pour autant, il n’est pas question non plus de céder aux facilités intellectuelles d’un conformisme qui ne peut rien apporter de bon au combat royaliste, qui est un combat d’exigence… La rigueur dans la pensée permet la véritable discussion, celle qui fonde le débat intellectuel et l’action politique.


 


Proudhon était hostile à l’Église, ce qui n'est pas forcément notre cas, même si notre position politique est celle de l'indépendance de l’État à son égard, ce que peut comprendre un lecteur attentif de Proudhon qui constatera que ce dernier n'est pas, en soi, un anticatholique et qu'il la rejoint même sur la lutte pour la préservation du repos dominical, comme le montre son texte «  De la célébration du dimanche »...


Il était aussi hostile au Pouvoir de l’État, et n'a eu de cesse de dénoncer la Révolution en ce qu'elle avait marqué un renforcement du Pouvoir par la centralisation et, pire encore, par le centralisme symbolisé par le jacobinisme, idéologique comme étatique. En cela, il rencontre une écoute attentive des monarchistes contre-révolutionnaires, et particulièrement aux XXe et XXIe siècles : dans les années 1910, quelques intellectuels royalistes sociaux fonderont, avec le soutien de Charles Maurras et de Georges Sorel (socialiste fervent et antiparlementaire), le « Cercle Proudhon », tandis que la pensée de Proudhon sera enseignée, avec des commentaires et des critiques mais sans acrimonie, par les monarchistes, de la revue « L'Ordre français » aux militants engagés dans la Nouvelle Action Française des années 1970. Loin d'en faire un maître, les royalistes voient en Proudhon une référence intéressante, un « socialiste français » dont nombre d'idées peuvent s'accorder à un royalisme « de combat » contre le système du Pouvoir-Moloch républicain. Sa défiance à l'égard du rousseauisme est aussi un élément que les royalistes considèrent favorablement.



Proudhon n'est pas corporatiste mais les corporations d'Ancien régime sont une manifestation professionnelle de la subsidiarité nécessaire, selon les monarchistes, à une organisation équilibrée des territoires de France. De plus, Proudhon, sans être royaliste, reconnaît quelques qualités à la Monarchie, comme cette citation le révèle : «  Un homme qui travaille à assurer sa dynastie, qui bâtit pour l'éternité est moins à craindre que des parvenus pressés de s'enrichir et de signaler leur passage par quelque action d'éclat. » Alors, pourquoi n'en ferions-nous pas état ? Nous ne sommes pas sectaires et nous prenons aussi notre bonheur là où il se trouve, chez Proudhon l'anarchiste comme chez Orwell ou Brassens !


Le révolutionnaire Blanqui, lui aussi, aurait beaucoup à apporter à notre réflexion, malgré son anti-monarchisme virulent. Mais Proudhon nous apporte plus, et plus immédiatement. Quant à la Commune de mai 1871 et à son terrible châtiment, il suffit de relire Georges Bernanos, ce royaliste colérique et si ardent qu'il brûle encore la République aux doigts, pour bien saisir combien le « sinistre Thiers », celui-là même qui établira la République bourgeoise en empêchant la restauration d'un roi (le comte de Chambord considéré comme « trop socialiste » par les élites financières de l'époque), n'a rien de royaliste ! Qu'il ait été ministre sous Louis-Philippe, bien avant la Commune, n'y change rien, car il apparaît, pour les historiens comme pour les monarchistes (y compris du XIXe siècle), comme l'incarnation même de la « bourgeoisie égoïste et sans cœur », celle qui a trouvé en la République son meilleur moyen institutionnel de domination et de répression. Signalons en passant que la République sera moins avare du sang ouvrier que la Monarchie, dont les trois derniers rois déchus se refuseront, en tant que « père du peuple », à faire tirer sur les manifestants, et préféreront y perdre, non leur honneur, mais leur trône... « Le droit du Prince naît du besoin du Peuple », comme le rappelait Pierre Boutang.



Dans la fin de votre propos, vous vous en prenez à Pierre Bécat, bien à tort quand on connaît son œuvre et son état d'esprit, d'une grande générosité et ouverture intellectuelle. Qu'il soit royaliste est indéniable et il en était fier, comme nous sommes fiers de le lire, de le commenter et de le republier.  La lecture de « L'anarchiste Proudhon, apôtre du progrès social » montre toute la complexité d'une pensée proudhonienne qui mérite mieux que la répétition de quelques formules toutes faites et de préjugés tenaces mais, en définitive, faux : Bécat évite quelques écueils de la « pensée facile » qui n'est rien d'autre, le plus souvent, qu'une « pensée paresseuse ».


Une dernière remarque : pour mon compte personnel, ce n'est pas à l'école de la République que j'ai rencontré Proudhon, jamais évoqué durant ma quinzaine d'années de scolarité obligatoire par cette école qui se dit publique. C'est, au début des années 1980, lors d'une université d'été royaliste, le Camp Maxime Real del Sarte, que, pour la première fois, j'ai entendu parler de Proudhon autrement que comme un simple nom perdu dans un dictionnaire : est-ce, au regard de ce qui a été écrit ci-dessus, si étonnant que cela ?

 


 

postheadericon Proudhon vu par les royalistes (partie 1) : La question de la propriété.

 

Sur l’un des sites du Groupe d’Action Royaliste qui propose un texte sur Proudhon tiré d’un livre de Pierre Bécat, historien qui ne cachait pas ses opinions monarchistes, un contradicteur nous a fait part de sa réaction, dont je reproduis ici quelques extraits, suivis de la réponse que je lui ai faite, en toute courtoisie. Cette réponse, ici présentée en deux parties pour en faciliter la lecture, est évidemment trop courte et incomplète, et il y faudrait même plus de références et de commentaires, mais elle me semble apporter quelques éclaircissements sur l’intérêt que la pensée de P.-J. Proudhon peut avoir pour la réflexion politique des royalistes, au-delà des raccourcis et des préjugés…


Le commentaire du contradicteur :


« Vous voir dévoyer à ce point là pensée de Proudhon me ferait éclater de rire si je n'étais pas trop impressionné par l'aplomb avec lequel vous le faites ; encore un petit effort et vous arriverez à nous faire croire que la terre est ronde. "La propriété c'est le vol" : la monarchie s'accompagnerait donc d'une abolition de la propriété ? Dans "De la justice dans la révolution et dans l'église", il s'oppose radicalement à cette dernière. Je cite encore Proudhon "L'anarchie c'est l'ordre sans le pouvoir" comment pouvez vous prétendre concilier la monarchie avec cela, là où un roi est placé au dessus du commun des pauvres mortels que nous sommes (c'est d'ailleurs ce qui fait de lui un roi).


« De plus les "corporations" auquel votre document renvoie nous parleraient de la pensée fédéraliste de Proudhon qui ne peut en aucun cas, encore une fois, aller de pair avec le système monarchique auquel la hiérarchie est inhérente et qui reste donc incompatible avec L'anarchie.


« Comble de l'offense, vous citez pour clore, "Lettre à Blanqui", ce dernier était un communard et un révolutionnaire, il s'est opposé toute sa vie à la monarchie contre Charles X puis Louis Philippe, il a créé "Ni dieu ni maitre" (tout est dans le titre), il a lutté jusqu'à la fin de sa vie pour l'amnistie de ses camarades retenus par le gouvernement Thiers. Ce dernier est un monarchiste et il a déclaré à propos de la commune "qu'on la fusille" ; cette dernière se battait pourtant pour l'égalité sociale réelle et encore un fois vous tirez sur le peuple. J'aurais sans doute encore beaucoup de choses à vous dire mais au fond de moi je pense que vous êtes de ceux incapables de changer d'avis même si mon côté positif se dit que vous pourriez reconnaître qu'effectivement citer Proudhon n'était pas très pertinent pas plus qu'une référence Blanqui à la fin. La quasi totalité de votre travail est basé sur les interprétations très objectives (ironie) de Pierre Bécat un idéologue, oh quel hasard, à tendance royaliste/extrême droite réactionnaire.


« P.S: J'ai pris le temps de lire votre propagande et de taper ce pavé incomplet, j'espère très naïvement que vous renoncerez à nous faire croire que Proudhon était royaliste car c'est une imposture intellectuelle parmi tant d'autres… »

 


Ma réponse :



Bonjour et merci de votre commentaire qui va nous permettre de préciser quelques points :


Tout d'abord, et si vous nous lisez attentivement, vous pourrez constater qu'il n'est pas dans notre intention ni dans celle de Pierre Bécat de faire de Proudhon un royaliste mais de traiter de ce qu'il a écrit et pensé, et des liens forts que cette pensée, vaste et complexe, peut avoir avec les réflexions faites par les royalistes, au-delà, donc, des seuls positionnements ou étiquettes politiques. Il se trouve que Proudhon défend des valeurs familiales, des traditions professionnelles et les libertés provinciales qui sont, il me semble difficile de le nier, indissociables des valeurs traditionnelles de l'ancienne Monarchie et de celles défendues aujourd'hui par les royalistes... D'autant plus au regard des évolutions d'une société de consommation individualiste qui a tendance à morceler les sociétés et à détruire tous les fondements de ce qui fait société dans notre vieux pays, évolutions qui ne plairaient guère à Proudhon s'il vivait encore.


« La propriété c'est le vol » n'est pas une formule de la Monarchie, bien évidemment, mais ne faîtes pas dire à Proudhon ce qu'il n'a pas dit, sur ce sujet comme sur d'autres : le relire dans le texte est souvent le meilleur moyen de dépasser la seule surprise et le « scandale » que cette citation pourrait, aujourd'hui plus qu'hier, provoquer. De plus, dans l'ouvrage de référence « Histoire des idées sociales en France » (tome 2, « De Babeuf à Tocqueville »), de Maxime Leroy, celui-ci précise : « Ce n'est pas la propriété en soi que rejette Proudhon ; c'est la propriété en tant qu'elle représente un revenu sans travail. » (page 470). « Proudhon admet un mode de propriété, qu'il appelle possession, une propriété justifiée vraiment par le travail. (…) Une propriété accotée au travail ; une propriété qui, pour parler comme Proudhon, a cessé d'être une « somme d'abus ». (…) Proudhon eût voulu que des droits de propriété fussent accordés à tous les producteurs, c'est-à-dire des moyens sur quoi appuyer leur liberté, et la faire durer. » (pp. 421-422).



Si la Monarchie n'est pas « proudhonienne », cela n'empêche pas celle-ci de s'intéresser à cette forme de propriété fondée sur le travail que met en avant Proudhon, mais en ne la limitant pas, loin de là, à cette conception : il s'agit surtout, pour les royalistes et au-delà de Proudhon, de dénoncer ou de prévenir les dangers d'une « appropriation » illimitée, qu'elle soit le fait de l’État (collectivisme communiste, que rejette absolument Proudhon) ou de particuliers (libéralisme sans bornes, des féodalités nouvelles comme des « individus individualistes »). On peut aussi reconnaître là cette lutte contre « l’hubris » (la démesure) qui est l’une des caractéristiques du combat royaliste et, plus généralement, de la pratique de la Monarchie en France, anti- et post-féodaliste, et soucieuse de diminuer la force des « trop-puissants » : le roi Louis XIV le démontrera largement et publiquement en faisant emprisonner l’homme le plus riche du royaume, Nicolas Fouquet, tout en invitant à la table royale celui qui moquait les prétentieux et les « bourgeois gentilshommes », et, parfois, dont il tenait (ou inspirait) même parfois la plume, Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière…


De plus, la Monarchie ne remettra pas globalement en cause toute forme de propriété d’usage (pourtant dénoncée par une bourgeoisie urbaine et « progressiste » comme une « perte économique scandaleuse »), forme de propriété qui se confond parfois avec la fameuse « vaine pâture » qui permettait aux plus pauvres des paysans d’aller faire paître leur bétail sur ces terres communes à tous au village, ou ouvertes à tous après les moissons, et que le mouvement de « privatisation des terres » accélérée et surtout légalisée par la Révolution française, si peu sociale et si oublieuse des intérêts des plus faibles, finira par sérieusement compromettre au nom de la « propriété privée », cette dernière inscrite sous le seul vocable synthétique de « propriété » dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen d’août 1789.


D’ailleurs, n’est-ce pas cette « propriété privée abusive » que condamne, d’abord, Proudhon, ne serait-ce que parce qu’elle prive les travailleurs de la terre de cette possibilité d’exploiter ces espaces productifs agricoles que, pourtant, ils contribuent à entretenir et à faire fructifier, y compris, comme un juste retour des choses, à leur propre bénéfice, même si celui-ci reste bien minime ? Dans cette affaire, Proudhon est plus proche des droits et revendications des paysans rappelés par les cahiers de doléances de 1789 et garantis par la Monarchie d’Ancien régime que de la Révolution française qui les met à bas au profit de ceux qui détiennent l’argent et les moyens pour s’acheter des terres désormais clôturées au nom de la « propriété privée »…

 


(à suivre)

 


 

postheadericon La République impuissante face aux plans sociaux.

 

Pendant la campagne présidentielle, les plans sociaux (si mal nommés) continuent... Un fort intéressant article du Figaro (en ses pages économie) du lundi 30 janvier 2017, signé d'Ivan Letessier, aborde ce dossier peu traité jusqu'à présent dans la presse ni même dans les médias militants, plus intéressés par les affrontements politiciens et les affaires de M. Fillon que par les difficultés du Pays réel industriel : « Personne n'a relevé la provocation. Mardi (24 janvier), à trois mois du premier tour de la présidentielle (…), le leader français de l'habillement Vivarte a annoncé 702 suppressions de postes, et Whirlpool la fermeture de sa dernière usine de l'hexagone, qui emploie 290 salariés et fait travailler 250 intérimaires et 100 employés d'un sous-traitant. » Ce genre de plans sociaux paraissait jadis impossible à un tel moment électoral, surtout si les colères sociales menaçaient de se traduire en poussée « populiste » ou « gauchiste » : il ne fallait pas, pensait-on alors dans les milieux financiers, tenter le diable... L'ambiance a visiblement changé, pour le plus grand malheur des ouvriers qui n'auront même pas droit à ce sursis, à cette grâce (temporaire) électorale sur laquelle la République jouait aussi pour donner l'impression qu'elle avait encore du pouvoir sur les forces économiques de la mondialisation.


 


Ainsi, les fermetures d'usines semblent même s'accélérer, dans une grande indifférence et sans beaucoup d'éclats pour l'heure, et les manifestations des ouvriers n'ont même pas les honneurs des médias : l'abandon des travailleurs par la grande presse, la classe politique et la République de M. Hollande, est terrifiant, et je ne m'y habitue pas. M. Letessier l'explique ainsi : « En 2017, une digue a sauté. (…) Les annonces de restructuration en campagne prouvent aussi le divorce entre le monde de l'entreprise et le pouvoir politique, et un manque de respect croissant du premier envers le second. » Oui, vous avez bien lu : le monde de l'entreprise ne respecte plus le pouvoir politique, ce qui signifie que l’Économique s'émancipe de plus en plus du Politique en France et que les féodalités financières et industrielles se sentent assez fortes pour ne plus craindre l’État. Cela signale, à l'inverse, la faiblesse d'un État que l'on peut qualifier, comme le faisait le philosophe royaliste Pierre Boutang, de « Semble-État ».


J'entends certains me dire : « jamais la Gauche ne laissera faire ! ». La courte mémoire peut excuser le propos de mes interlocuteurs, mais elle n'efface pas les réalités, de Mitterrand et la sidérurgie à Hollande et Arcelor-Mittal, en passant par le fatalisme de Lionel Jospin qui lui a coûté si cher près de l'électorat populaire. Mais la Droite n'a guère mieux fait depuis Giscard d'Estaing, malgré quelques exceptions, et le gouvernement Fillon n'a pas vraiment brillé en ce domaine, persuadé alors que la mondialisation était une « fatalité nécessaire » et qu'il fallait « moderniser » l'économie : l'on mesure le (mauvais) résultat social !


 


Si la tradition de la Gauche (mais de quoi parle-t-on exactement ? La réponse est plus complexe que le singulier...) paraissait accorder plus d'importance à la défense de l'emploi que celle de la Droite libérale (qui n'est pas toute la Droite, comme nous le rappellent Albert de Mun et le général de Gaulle), le dépérissement du Politique et la « nécessité d'être de son temps » (l'idéal de la feuille morte au fil de l'eau, pourrait-on ironiser), conjugués aux expériences (et aux défaites) gouvernementales récentes, semblent avoir eu raison d'elle : « Si la gauche est si discrète, c'est que ses cris d'orfraie seraient un aveu de son impuissance et de l'inefficacité de sa politique économique. Or, aucun des deux ex-ministres de François Hollande candidat à sa succession ne veut assumer le bilan du président. De plus, ils savent le poids des promesses intenables.


« En 2012, le candidat Hollande avait assuré aux salariés d'Arcelor-Mittal qu'il empêcherait la fermeture des hauts fourneaux de Florange, et à ceux de l'usine Fralib, dont la fermeture était actée, qu'il forcerait Unilever à leur céder la marque Éléphant. En vain à chaque fois. » Ces déconvenues de M. Hollande sont-elles autre chose que les conséquences de l'absence d'une « puissance d’État » capable de s'imposer aux forces économiques ?


C'est bien là que se joue la question des « plans sociaux », et la réponse est, d'abord, politique : un État qui veut est un État qui peut, mais encore faut-il qu'il y ait la volonté politique au sein de l’État et que l’État soit assuré d'une continuité et, mieux, d'une permanence en sa magistrature suprême et d'une indépendance par essence qui lui permette de s'imposer aux nouvelles féodalités financières et économiques.


 


La République a laissé l’Économique s'imposer au détriment du Social et du Politique, et cela n'est pas sain. La Monarchie « à la française », active et sociale (l'un ne devant pas aller sans l'autre), est la condition de la mise au pas des féodalités, quelles qu'elles soient : c'est ce processus qui, jadis, a permis leur dépassement et la constitution, avec le soutien du roi, de Métiers et Franchises (ce que l'on nommera ensuite corporations et libertés) qui protégeaient les travailleurs dans leur emploi comme dans leur travail. L'expérience peut servir, en s'adaptant aux réalités nouvelles, mais sans se laisser forcément commander par elles.


La mondialisation ne doit pas être l'alibi de l'impuissance de l’État, et, s'il ne faut pas la négliger, il s'agit bien de « faire rentrer le fleuve dans son cours », c'est-à-dire la maîtriser, au bénéfice des nations et des travailleurs, tout en permettant la vie des entreprises mais aussi le rappel de leurs devoirs sociaux et environnementaux.

 


 

postheadericon Le problème de l'abstention étudiante aux élections universitaires.

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Quand j'étais étudiant, il y a une bonne trentaine d'années, en particulier à l'Université de Haute-Bretagne (Rennes-2), les syndicats jouaient un rôle important, voire majeur dans la vie et dans l'encadrement des revendications et des jeunes qui fréquentaient les amphis et le campus. Il y avait alors deux UNEF qui dominaient l'université, parfois de manière peu tolérante ni tolérable pour qui est attaché à la liberté d'expression : l'une dite AGEUR tenue par les communistes, l'autre dite ID contrôlée par les trotskistes et antichambre d'une carrière au Parti socialiste. A droite, l'UNI était considérée comme la branche étudiante du RPR de M. Chirac tandis que le CELF regroupait les giscardiens et le GUD les « nationalistes », souvent plus anticommunistes et antigauchistes qu'autre chose. Et puis, il y avait des syndicats locaux, souvent « corpos » ou régionalistes. Sans oublier le Cercle Jacques Bainville (CJB pour les intimes...), émanation rennaise des royalistes d'Action Française qui s'inspirait un peu de celui de Paris (à la faculté d'Assas) et surtout de l'Action Française Etudiante de Dijon : j'en étais le fondateur et le dirigeant, sans qu'il n'y ait jamais eu, en fait, d'organigramme officiel.


Le grand hall de Rennes-2 était alors le lieu de passage, de débats et parfois d'affrontements des différents groupes, et les affiches décoraient parfois les baies vitrées, tandis que quelques fleurs de lys, sur les murs (intérieurs comme extérieurs), rivalisaient avec les A cerclés et les slogans divers et variés, mais généralement très politisés. Sur les bancs et les machines à café, plusieurs couches d'autocollants recouvraient celles des générations précédentes, et sur les piliers, les tracts du CJB répondaient à ceux de la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire), tandis que le sacré-cœur chouan ou « l'araignée » (nom que nous donnions parfois à la fleur de lys -très- stylisée) concurrençait la faucille et le marteau...



Tout cela pourrait paraître baroque aujourd'hui, mais « la fac vivait » et nous étions, chacun à notre manière, son sang vif.


Les élections étaient aussi un moment important de la vie universitaire : les tracts volaient, les coups aussi, mais c'était l'occasion de présenter, en particulier pour les organisations minoritaires, les idées et les projets, parfois les conceptions mêmes de la vie en société et de son organisation, au-delà du seul monde des amphis et des cours. L'université ou le CROUS offrait le tirage des professions de foi aux différentes listes concurrentes, et, dans le cas du CJB ou de l'union électorale des royalistes du moment, c'était une véritable aubaine ! Ce qui ne nous empêchait pas de coller quelques affiches qui déclaraient péremptoirement « élections, pièges à cons » pour dénoncer un système qui nous semblait devoir favoriser toujours les mêmes, empêchant ainsi toute remise en cause (et en ordre) de l'Université et de la société.


Mais aujourd'hui, les élections universitaires n'attirent plus grand-monde et l'UNEF, désormais réunifiée et jadis dominante, recule à chaque scrutin, laissant sa première place d'antan à la FAGE, moins politisée ou plus discrète, selon le point de vue des uns et des autres. Ce qui n'empêchera pas une plus grande visibilité de l'UNEF lorsque les universités seront à nouveau en ébullition sur tel ou tel projet gouvernemental, et que les « anciens » de ce syndicat feront jouer, comme d'habitude, leurs relations et réseaux de pouvoir. Mais cette nouvelle donne électorale en cache une autre, plus inquiétante sans doute pour qui croit en une représentation syndicale nécessaire dans les structures de l'Université : c'est l'abstention qui, désormais, dépasse les 90 % aux élections des 28 Conseils régionaux des œuvres universitaires et scolaires, plus connus sous le nom de CROUS. Selon Le Monde (jeudi 2 février 2017), en novembre dernier, « seuls 183.000 étudiants se sont déplacés, soit un taux de participation de 7,51 %, encore plus faible que les 9,1 % de 2014. « C'est le signe du fossé qui se creuse entre les étudiants et les pouvoirs publics. Le vote étudiant n'apparaît plus comme un outil d'action pour être entendu près de l’État pour améliorer nos conditions d'études », décrit sa présidente [de l'UNEF], Lilâ Le Bas. »



Ce n'est pas la défaite de l'UNEF qui me navre, loin de là, et j'y vois plutôt l'occasion de redistribuer les cartes de la représentation étudiante, dans le sens d'une plus grande diversité et indépendance à l'égard des partis « de gouvernement », ces féodalités partisanes qui, aujourd'hui, sont aussi en difficulté dans la course électorale, présidentielle avant celle des législatives. Ce qui est préoccupant, c'est bien plutôt la désaffection des électeurs étudiants et leur désintérêt pour la vie et l'organisation des lieux d'études, car l'abstention, qui peut parfois se comprendre au regard des listes en présence, n'est pas forcément une bonne chose : elle délégitime, d'une certaine manière, les institutions universitaires sans, pour autant, pousser à leur nécessaire réforme.


Les royalistes, tout au long de leur histoire politique, ont toujours accordé une grande importance aux questions universitaires et scolaires : la réactivation, par les étudiants monarchistes eux-mêmes et les professeurs de même obédience, d'une large réflexion d'ensemble sur le rôle et l'organisation de l'Université mais aussi du Lycée et du Collège et leurs institutions, s'impose !

 



(à suivre : quelle place pour les professeurs, les personnels non-enseignants et les étudiants dans une organisation « corporative » des universités ?)

 


 

postheadericon Le royalisme doit sortir de la spirale du déclin.

 

Dans les années 1920-1930, l'Action Française organisait des rassemblements qui pouvaient réunir plusieurs dizaines de milliers de royalistes, comme au Mont des Alouettes, en Vendée (en 1926), ou à Lyon, ou encore en Provence. Après-guerre et jusqu'aux années 1980, les réunions et les banquets monarchistes, de l'AF traditionnelle à la Nouvelle Action Royaliste, en passant par l'Union Royaliste Provençale ou l'Union Royaliste de Bretagne et Vendée Militaire, pouvaient encore déplacer et retenir plusieurs milliers de partisans de la Monarchie autour d'orateurs parfois fort convaincants. Qu'on le regrette ou non, cette période est désormais révolue et les « masses » ne sont plus au rendez-vous quand les différentes associations monarchistes décident de se montrer au grand jour dans les salles parisiennes ou aux Baux de Provence...



Bien sûr, l'on nous objectera que la politique se fait aujourd'hui sur les réseaux sociaux et au fond des urnes, et que les (petits) cercles de réflexion sont plus efficaces que les grands mouvements sans colonne vertébrale : peut-être, mais devons-nous nous satisfaire de ce qui ressemble plus à une excuse qu'à une véritable analyse stratégique ? Personnellement, je ne le pense pas, et je n'y crois pas, tout simplement.


La vision, ces derniers jours, des grandes réunions des candidats à la présidentielle, en particulier à Lyon, me laisse songeur : la ferveur des auditeurs, la visibilité médiatique, le poids politique que cela confirme ou révèle au bénéfice de tel ou tel candidat, sont autant d'éléments qui, a contrario, semblent marginaliser un peu plus les monarchistes, condamnés à suivre de loin la campagne électorale sans pouvoir (sans vouloir, pour certains ?) peser d'une influence quelconque sur telle ou telle partie de l'opinion publique, et parfois fascinés par ce qu'ils disent, en public, rejeter... D'ailleurs, ne reconnaît-on pas, au fil des images diffusées par les grands médias, des têtes jadis croisées dans les instances royalistes ? Le traditionnel argument de « l'efficacité en politique », mille fois entendu depuis que je suis rentré en royalisme, n'est pas inaudible mais il me semble fort controuvé, en définitive, et ne sert pas, ou plus, la cause monarchique qui s'est bien affaiblie aussi par ce transfert continu de nombre de ses propres partisans vers des partis républicains « assimilateurs »...


Doit-on se contenter de ce constat et tomber dans un fatalisme qui nous ferait abandonner tout sens politique et toute volonté royaliste ? Non, bien sûr, et même bien au contraire !


« Faire de la force » : ce mot d'ordre de Maurras au début de l'Action Française reste d'actualité, et plus encore aujourd'hui que les royalistes sont faibles, au moins numériquement. S'il faut bien se contenter d'un nombre restreint de militants en ces années de « vaches maigres », il paraît néanmoins nécessaire de renouer avec une stratégie de conquête des esprits comme des cœurs, et celle-ci passe forcément par une mobilisation autour de thèmes porteurs pour le royalisme, à la fois traditionnels et contemporains, avec la valorisation motivée des grands axes qui fondent la définition du royalisme historique et politique.



Oui, il faut travailler à faire un royalisme qui pèse, et ce poids en politique passe aussi, qu'on le veuille ou non, par un nombre qui ne soit pas seulement « symbolique » (sic !) et insignifiant. Ce n'est certes pas une tâche facile mais il me semble que le but à atteindre vaut bien quelques (et un peu plus) efforts, et que les mouvements qui se réclament de l'idéal monarchique, dans leur variété et leurs particularités, peuvent et doivent assumer leur rôle politique qui est de préparer le recours à la Monarchie pour la France.


Quand certains parlent de Sixième République, il nous faut en appeler à une Nouvelle Monarchie : celle-ci ne naîtra pas ex nihilo, et elle ne pourra être et s'affirmer politiquement et institutionnellement que si une part importante de nos concitoyens en acceptent le pari et sa réalisation dans les faits.


 

 


(à suivre : comment « faire de la force » royaliste dans les années prochaines ? Quelques propositions pour un royalisme politique qui pèse et des royalistes qui comptent...)

 


 
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