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postheadericon La France ne peut rester inactive en Irak.

 

Depuis le mois de juin, la République commémore, non sans quelques bonnes raisons, des événements guerriers, du débarquement allié en Normandie de juin 1944 à la déclaration de guerre d’août 1914 en passant par l’assassinat de Jaurès à Paris le 31 juillet d’il y a un siècle, et c’est l’occasion pour le président Hollande d’en appeler au devoir de mémoire, à la paix éternelle et aux grands principes démocratiques, parfois sans beaucoup de respect pour l’histoire elle-même, beaucoup plus complexe que ne le laissent supposer les discours officiels. Il n’est pas inutile de se rappeler l’histoire mais cela ne doit pas être dans le même temps l’alibi ou la couverture pour ne rien voir ou ne rien faire au présent : l’histoire n’est pas un champ de ruines ou de gloire, elle est aussi ce vaste champ d’expériences qui devraient nous inciter à la prudence ou, au contraire, à l’audace ; elle est ce livre des hommes et de leurs combats, de leurs passions et de leurs injustices, du pire comme du meilleur ; elle est aussi cette vie des espaces politiques, des sociétés et des hommes qui les composent, cette vie qui peut s’avérer mortelle pour les uns comme pour les autres… L’histoire est cruelle et elle se joue souvent des bons sentiments et de la justice !


Au début des années 1990, certains néoconservateurs états-uniens annonçaient la fin de l’histoire : après la chute du communisme, le monde, pris dans le grand mouvement d’une globalisation désormais sans limites, accédait au stade final de son évolution qui ne pouvait être que la démocratie sur le modèle anglosaxon, les Droits de l’homme étendus à la planète bientôt « une et indivisible » et le libre-marché obligatoire avec son corollaire, le libéralisme mâtiné d’un esprit libertaire et consumériste dans lequel on pouvait « jouir sans entraves »… Le 11 septembre 2001 mit un terme à cette illusion millénariste, et pourrait être évoqué comme la naissance d’une guerre de cent ans, même s’il me semble que c’est l’invasion occidentale de l’Irak baassiste de 2003 (alors refusée avec panache par la France de MM. Chirac et Villepin, dans une posture capétienne et gaullienne…) qui ouvre véritablement une boîte de Pandore apparemment impossible à refermer aujourd’hui.


Jacques Bainville, cet "historien de l'avenir" qui n'oubliait rien et voyait loin...


L’invasion menée par les Etats-Unis de M. Bush et ses alliés au début de 2003 a détruit une dictature laïque qui, malgré ses aspects terribles (la politique de terreur à l’égard des opposants politiques et des Kurdes indépendantistes) et ses injustices flagrantes, avait au moins le mérite de maintenir une certaine paix civile entre des communautés fort différentes (musulmanes sunnites et chiites, chrétiennes, etc.), obligées de s’entendre dans le cadre politique d’un nationalisme d’Etat qui sublimait les différences en un seul corps national. La logique démocratique a permis aux diverses communautés d’exercer une forme de « principes des nationalités » qui s’avère destructrice de la nature de l’Etat, le « vote ethno-religieux » prenant le pas sur le « vote politique » et assurant la « revanche » de la majorité chiite sur la minorité sunnite, provoquant en retour une radicalisation extra-électorale des perdants, celle-là même qui va favoriser, aujourd’hui, le ralliement d’une part importante de la population sunnite locale à l’Etat islamique nouveau qui se proclame califat… Dans cette affaire, les Etats-Unis ont commis les mêmes erreurs qu’en 1917-1919 en Europe, au nom des mêmes principes que la Révolution française et ses années républicaines comme impériales avaient mis en avant… avec les mêmes et sanglants résultats, comme sur notre continent quelques années seulement après les traités de paix de Versailles et des environs ! L’histoire oubliée ou négligée se venge durement de ceux qui ont cru pouvoir la modeler ou la contourner sans la respecter ou, du moins, l’écouter et en tirer les leçons…


Mais le drame des minorités chrétiennes, des yézidis ou des Chabaks en Irak ne doit pas être regardé de loin, avec quelques larmes de crocodile versées par ceux-là mêmes qui sont responsables de cette situation tragique, ou avec la bonne conscience de « ceux qui savent mais ne font rien pour ne pas aggraver les choses »… : au-delà de la bienvenue aide alimentaire et de l’accueil des plus faibles, la France peut agir aussi par une aide militaire appropriée qu’elle apporterait aux combattants kurdes et aux chrétiens désireux de protéger leurs terres et leurs familles, mais surtout en armant et entraînant les armées libanaise et jordanienne avant que les choses n’empirent et que les « califistes » ne déstabilisent toute la région par leurs violences et leurs offensives. Encore faudrait-il que la France ait une stratégie claire et sur le long terme, et une véritable politique étrangère qui ne soit pas dépendante des seuls choix états-uniens ou « européens » (l’Union européenne, d’ailleurs, brillant par son absence totale d’engagement sur ces questions orientales alors même que le Califat compte de nombreux combattants venant de celle-ci et, donc, « de citoyenneté européenne »…) : mais, au regard des hésitations et des revirements fréquents de la diplomatie hexagonale ces dernières années, on peut s’inquiéter de l’actualité tragique de la formule d’Anatole France qui, il y a un siècle déjà, expliquait en quelques mots que la République, par principe, n’avait pas et, surtout, ne pouvait pas avoir de politique étrangère digne de ce nom et inscrite dans la durée et dans l’histoire…


Le symbole des Nazaréens persécutés : la lettre arabe peinte sur les portes des chrétiens de Mossoul par les islamistes du Califat comme un signe de stigmatisation.


Sans doute serait-il utile d’engager quelques Rafales dans la bataille pour desserrer l’étreinte des troupes du Califat et protéger les minorités persécutées désormais réfugiées dans les montagnes du Sinjar ou dans la capitale du Kurdistan irakien : après tout, M. Hollande n’a pas hésité à lancer les troupes françaises contre les islamistes au Mali ou en Centrafrique, ce qui a évité au premier de ces pays et à ses voisins de connaître le sort que connaît aujourd’hui l’Irak ! De plus, la France, dans son histoire, a toujours été la protectrice des chrétiens d’Orient : en cette période de commémorations, comment pourrait-elle l’oublier ?


Pour l’heure, la France apparaît bien timide dans sa réaction à ce que de nombreux observateurs signalent comme un génocide des minorités chrétiennes, yézides, chabakes ou chiites turcomanes, et à la disparition programmée, après deux millénaires d’existence, de la présence et du patrimoine chrétiens, destinés à finir en gravats et cadavres par les califistes. Sans doute faut-il y voir aussi une des conséquences du « désarmement français » initié il y a déjà quelques années pour des raisons budgétaires mais aussi au nom de principes généreux mais bien imprudents, des raisons et des principes qui risquent bien, si l’on y prend garde, de mener à de nouveaux « Mai 1940 »…

 


 

postheadericon La question sociale en France aujourd'hui.

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Voici la réactualisation d’un article écrit il y a déjà quelques années sur la question sociale en France et qu’il me semble utile de republier avec ces quelques aménagements qui n’en changent pas le sens général…

 


En cet été 2014, le chômage dépasse les 5 millions de victimes, les délocalisations continuent et les plans dits « sociaux » (sic !) frappent de plus en plus durement les travailleurs français, nous rappelant que la mondialisation n’est pas vraiment heureuse quand elle n’est plus que la recherche du profit immédiat, par l’achat (pour les consommateurs) ou par la spéculation (pour les financiers ou les actionnaires)… La crise qui perdure et s’aggrave dans notre pays comme elle s’enracine chez nos voisins du sud de l’Europe, fait donc resurgir de plus en plus la question sociale que les gouvernements et les institutions européennes proclamaient, il y a quelques années, « éteinte »… Une tromperie ou, dans le meilleur des cas, une illusion…



En fait, la question sociale n’a pas disparu (comme certains l’espéraient) avec la société de consommation et la prospérité indéniable des Trente Glorieuses ni même avec la mondialisation présentée comme la panacée universelle, censée donner à tous les moyens de vivre dignement et « selon ses besoins ».


Bien sûr, dans le cas français, le niveau de vie des ouvriers tout comme leurs conditions de travail d’aujourd’hui (du moins pour ceux qui en ont un…) n’ont plus rien à voir avec ceux du début du XXe siècle, et c’est tant mieux. Mais la question sociale ne s’est évidemment pas éteinte pour autant, et la globalisation (mot plus exact et explicite que celui de « mondialisation »), en rebattant les cartes de l’économie et des puissances, a entraîné, au sein même de notre société, des remises en cause douloureuses et des interrogations sur la nature des rapports sociaux, sur leur territorialisation ou sur leurs formes. Globalisation rime aujourd’hui, pour les travailleurs français, avec délocalisations tandis que l’Union européenne évoque, elle, le terme de libéralisation en insistant sur son caractère de nécessité absolue, sans prendre en compte les exigences de la justice sociale et du bien-être moral des populations laborieuses des pays d’Europe, mais en appliquant des règles peu compatibles avec l’intérêt des industries fabriquant localement en France pour vendre aux Français, par exemple : la récente mise en garde de la Commission européenne contre le « protectionnisme » de M. Montebourg, et surtout les arguments mis en avant par celle-ci, le prouvent à l’envi. Doit-on, même, évoquer l’actuelle crise de la zone euro (qui traîne depuis déjà cinq ans) dont les victimes expiatoires semblent être aujourd’hui les Grecs, les Irlandais, les Espagnols et les Portugais avant, demain peut-être, les Français ? Les banques, il y a quelques années, ont eu droit à plus de sollicitude de la part de la Commission européenne et des gouvernements…


Ainsi, avec la crise et la sempiternelle épée de Damoclès du financement des retraites, mais aussi avec la question d’une dette publique devenue incontrôlable en France, la question sociale revient au cœur des problématiques françaises, comme le souligne Emmanuel Todd avec un ton peu amène à l’égard des institutions financières et des capitalistes internationaux. Bien sûr, le « nouveau prolétariat » évoqué par l’hebdomadaire Marianne n’est plus celui de 1900, mais, au-delà de ses difficultés présentes, sa nature reste la même ; c’est-à-dire une masse de travailleurs interchangeables sans autre lien avec le Travail que celui que les détenteurs de l’Argent veulent et voudront bien lui allouer, à titre temporaire, pour en tirer des profits substantiels sans être obligés de les redistribuer à ceux qui en sont les producteurs « de base », mais plutôt et seulement aux actionnaires ou aux cadres dirigeants, les uns se confondant parfois avec les autres : c’est d’ailleurs là un des éléments forts du « scandale social » qui voit d’immenses fortunes se bâtir sur de simples jeux boursiers (mais aussi sur quelques coups de pied heureux…) et non plus sur la qualité du travail effectué en tant que telle.



Le « nouveau prolétariat » comme l’ancien se caractérise par la « dépossession » : aujourd’hui, les ouvriers ou les artisans sont condamnés par une logique comptable qui fait qu’il est plus simple de fabriquer à grande échelle et à moindre coût dans des pays lointains où les règles sociales et environnementales sont peu contraignantes voire inexistantes, que dans notre pays attaché à une certaine qualité du travail et à la préservation des travailleurs. Ainsi, de nombreux métiers et savoir-faire disparaissent-ils, dans l’indifférence générale, puisque le consommateur ne regarde le plus souvent que le prix de l’étiquette sans penser au deuxième coût, beaucoup plus élevé, le coût social : ne pas acheter français quand on en a l’occasion sous le prétexte, fort compréhensible d’ailleurs, que le « même » produit fabriqué en Chine est moins cher, est, à plus ou moins long terme, suicidaire, comme le signalent certains économistes et l’ont rappelé, durant la dernière campagne présidentielle, des candidats aussi différents que M. Bayrou et M. Mélenchon (malheureusement pour des raisons souvent plus politiciennes que véritablement sociales)… Car, à trop dépendre des productions étrangères, que pourra-t-on vendre demain à des sociétés à qui nous aurions abandonné toutes nos technologies, nos méthodes de travail et pour qui nous aurions sacrifié nos propres outils de production ? Le cas récent d’Airbus est, à ce sujet, tristement éclairant : désormais des dizaines d’avions seront construits à l’étranger, en Asie, tandis que la Chine, à qui la société EADS a « transféré » les technologies de ses appareils, se targue de bientôt vendre à la France et à l’Europe des… Airbus, chinois bien sûr, y compris sous un autre nom…


Devant cette nouvelle donne qui voit le capitalisme libéral sacrifier les travailleurs de France sur l’autel de la rentabilité, gémir ne sert à rien : il faut désormais « repenser la question sociale », sans vaine illusion ni désespérance, et chercher des pistes alternatives à ce jeu malsain qui se moque des frontières comme des personnes, des familles ou des traditions. Les royalistes, fidèles à la méthode maurrassienne de l’empirisme organisateur et conscients des enjeux, ne feront pas « la politique du pire qui est la pire des politiques » comme l’affirmait avec raison Charles Maurras. Ils ne doivent pas chercher à créer des utopies mais à imaginer, à inventer de nouveaux modèles économiques et sociaux, sans perdre de vue qu’il s’agit, malgré la difficulté, de remettre « l’économie au service des hommes » et non l’inverse.


Il leur revient de rappeler que la nation est la première protection sociale, que c’est le plus vaste des cercles communautaires à mesure humaine et historique et qu’il offre des solidarités fortes en son sein, en son espace souverain, au-delà des différences professionnelles ou culturelles.



Aussi, la question sociale est une question éminemment politique, et, là encore, le « Politique d’abord » doit être compris comme la nécessité d’utiliser ce moyen pour limiter les excès de la globalisation ; susciter une véritable impulsion de l’Etat pour les grandes réformes sociales (et pas seulement en vue d’équilibrer les comptes publics) qui sont urgentes et son arbitrage pour les conflits de « légitimité sociale » entre les divers « décideurs » et les « acteurs du travail », et cela sans tomber dans l’étatisme ou le dirigisme ; permettre et accompagner un véritable aménagement du territoire qui ouvre la voie à une relocalisation de nombreuses activités et à une prise en compte véritable du « souci environnemental » ; etc.


Aujourd’hui, traiter la question sociale signifie « ne plus laisser faire la seule loi du Marché » (dont on voit les ravages dans la crise grecque, toujours pas réglée, dans cette crise qui, désormais, touche de plus en plus de pays de l’Union européenne malgré les propos rassurants de la Commission) mais redonner au Politique des moyens de pression sur l’Economique : si l’on veut inscrire cette démarche dans la durée et l’indépendance, l’Etat doit lui-même disposer de la durée et de l’indépendance, et être respecté à l’intérieur comme à l’extérieur. Au regard de l’Histoire comme de la réflexion et de la pratique politiques, il n’en est qu’un qui, en refusant de sacrifier les hommes à une logique totalitaire ou marchande, soit possible et souhaitable : la Monarchie à transmission héréditaire, politique et sociale à la fois.  Une Monarchie sociale et active, « à la française », décisionniste et volontariste, au-delà des préjugés ou des timidités. Voilà, en fait, la meilleure réponse à une « économie sauvage » dont les seules valeurs sont financières : pour retrouver, demain, le sens de la mesure et de la justice sociale que la République des Hollande, Proglio et autres Tapie foule aux pieds…

 


 

postheadericon 800 ans après : les leçons du dimanche de Bouvines.

 

C’était un dimanche et c’est celui qui, d’une certaine manière, va fonder la France, non pas seulement comme entité géopolitique mais aussi et surtout comme un sentiment, celui qui est à la base du vivre-ensemble et qui unit les vivants du moment mais plus encore ceux à venir, au-delà du présent et de génération en génération : n’est-ce pas, en définitive, ce qui forme ce que nous nommons la nation, bien plus mémoire et transmission d’un ensemble d’us et coutumes, de sentiments et d’affinités, que seulement terre des pères, la patrie ?


Ainsi, il y a exactement huit siècles, sur le champ de bataille de Bouvines, non loin de Lille, le roi Philippe Auguste, qui était grand-père depuis le printemps d’un petit Louis qui serait, bien plus tard, roi et saint, battait les troupes impériales d’Otton IV, unissant autour de ses étendards et de l’oriflamme de Saint-Denis les grands féodaux et les milices communales dans une sorte de fédération qui n’a rien, sur le plan symbolique, à envier à la fête du 14 juillet 1790… C’est d’ailleurs ce que remarque l’historien Jean-Philippe Genet (L’Histoire, mai 2014) : « Tous les observateurs, Georges Duby le premier, l’ont noté : si l’armée de Philippe Auguste est encore une armée féodale, c’est déjà une armée française (au moins du Nord). Les contingents des évêchés royaux et les milices urbaines complètent les levées vassaliques. » Désormais, le sentiment d’appartenance à un royaume n’est plus simplement une question d’allégeance féodale mais d’appartenance à un ensemble politique et territorial qui dépasse le duché ou l’ethnie, c’est-à-dire l’Etat national : à partir de ce moment-là, même si les contemporains n’en auront pas encore l’exacte conscience, la nation est une réalité qui dépasse aussi les contemporains et les barrières féodales. La définition de la France que donne Jacques Bainville sept siècles après prend alors tout son sens : « Le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation. »



Cela explique aussi le changement de statut du souverain lui-même, changement intervenu auparavant mais expliqué et confirmé, d’une certaine manière, par la bataille du 27 juillet 1214 : « Régulièrement à partir de 1190, et pour toujours à partir de 1204, Philippe Auguste remplace son titre de rex Francorum (roi des Francs) par celui de rex Francie (roi de France). Ce qui compte est désormais plus le territoire que les hommes. » (Jean-Philippe Genet, article cité). Devenant roi de France et pas des seuls Francs (ou supposés tels…), il élargit le champ d’action et de reconnaissance de l’Etat qui, en même temps, participe à la construction d’une nation qui ne repose pas sur les seuls « vifs » mais sur l’ensemble qui leur donne une appartenance civique, une « Cité » au sens politique du terme : ainsi, être sujet du roi de France c’est être Français et reconnu comme tel, quelles que soient les appartenances communautaires préexistantes. Le royaume de France est ainsi reconnu comme une « polis » (cité, en grec ancien) qui transcende les différences ethniques, linguistiques et permet leur dépassement (qui n’est pas leur abolition…) au travers d’un Roi-Etat qui, par lui-même, est ce « tout » qui assemble les parties sans les nier et sans en méconnaître les particularités propres : en somme, le roi incarne l’unité qui permet aux diversités d’exister encore et de durer au-delà de leur union avec d’autres au sein de l’ensemble, « union, et non confusion ».


Désormais, la France fonde un modèle original d’Etat et de nation, qui sublime et intègre tout à la fois les différences et évite, dans le même temps, l’empire, autre nom de l’hubris en politique comme en géopolitique quand il se veut « universel » ou théocratique, au détriment de l’histoire et du politique…


La date du 27 juillet 1214 aurait mérité un grand éclat officiel et, en ce temps qui adore les commémorations, un rappel historique et médiatique qui n’a pas eu lieu : en soi, cette indifférence de la République à Bouvines est éminemment révélatrice, ne serait-ce que parce que la République est gênée par sa propre logique qui voudrait que la France soit née en 1789 et non avant… Or, malgré les discours d’un gouvernement qui oublie le passé ou le réécrit pour mieux l’instrumentaliser, il faut rappeler que, pour qu’il y ait « Révolution française », encore faut-il qu’il y ait, tout simplement, une France et un sentiment national qui n’est pas une idéologie mais qui s’incarne, non en un seul homme, mais dans une famille, une lignée d’Etat, une dynastie politique.



En ces temps de désunion nationale, de doute sur la nature historique et politique de la France elle-même, la leçon de Bouvines, 800 ans après, peut être méditée : l’Etat doit être conscient de lui-même et incarné pour que la nation soit sûre de sa légitimité et de sa pérennité. Maurras, dans une formule abrupte mais qui n’est pas incompréhensible pour autant, rappelait que si l’on voulait la France, il y fallait le Roi : il semble bien, au regard des événements récents et des inquiétudes françaises, qu’il avait raison, et qu’il y a forte légitimité à rappeler ce qui paraît (et qui est, sans doute) désormais, pour qui étudie l’histoire et l’actualité sans œillères, une évidence…

 


 

postheadericon Une ébauche de définition du globalitarisme.

 

Je profite des vacances estivales pour ranger un peu mes archives et préparer les travaux d’études historiques sur le royalisme français que j’entends mener ces prochaines années sur la période qui court de la fin du Second empire à nos jours : vaste projet, difficile sans doute mais exaltant ! En ouvrant les nombreuses boîtes qui renferment des documents fort divers dans leurs formes comme dans leurs contenus et dans leurs provenances, je me rends compte à nouveau de la richesse du patrimoine politique des royalistes, richesse dont ces derniers n’ont pas toujours conscience, ne serait-ce que parce que la mémoire royaliste de ce pays a été, à dessein, sous-évaluée et, surtout, négligée au point de la rendre invisible aux yeux de nos contemporains, quand elle n’a pas été, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, tout simplement condamnée ou diffamée, sachant que certains monarchistes eux-mêmes ont parfois contribué au discrédit des idées qu’ils étaient censés servir…


Je retrouve aussi mes propres archives personnelles, non celles que j’ai constituées au fur et à mesure de mes recherches et de mes achats, mais celles que j’ai produites au long de ma vie militante (pas encore achevée bien sûr !), depuis les années 1980 : tracts, maquettes d’affiches et d’autocollants, photographies, correspondances et « courriers des lecteurs », articles, etc. A relire certains de mes textes, je suis parfois surpris de ma propension, en particulier dans les années 1990-2000, à vouloir ouvrir de nouvelles pistes de réflexion idéologiques sans avoir, malheureusement, poussé plus loin dans certains cas, ce qui est, avec du recul, bien regrettable. Ainsi, la notion de « globalitarisme » que j’avais commencé à théoriser et à diffuser dès le début des années 1990… J’ai retrouvé quelques feuilles bien raturées sur lesquelles j’ai tracé des schémas et aligné des idées et des concepts, mais aussi quelques articles destinés à faire connaître, de façon très succincte, mes réflexions politiques et idéologiques.



Ainsi, cet article publié dans L’Action française en 1997 qui tente une définition de ce fameux globalitarisme et évoque sa « naissance » rennaise et royaliste, et que je reproduis ci-dessous, article qui mériterait une suite et un approfondissement car la dernière décennie a apporté beaucoup d’eau à mon moulin, et il serait dommage de ne pas l’exploiter…

 


Pour définir le globalitarisme

 


Le globalitarisme, c’est la mondialisation et la globalisation économique. C’est aussi la démocratie « individualiste de masse ».


Au printemps 1990, quelques mois après la chute du mur de Berlin, un groupe d’étudiants d’Action française ressentait la nécessité de qualifier cet autre totalitarisme, celui qui, après avoir conquis l’Europe occidentale, menaçait à son tour les anciens pays communistes. Fort différent dans ses formes, ou plutôt dans ses apparences, sa finalité idéologique n’était, dans la réalité, pas si éloignée des totalitarismes abrupts (nazisme et communisme) puisqu’il s’agissait toujours de finir l’histoire (pensons à la thèse de l’Américain Francis Fukuyama) par la création d’un homme nouveau.


Un texte d’Aldous Huxley résumait notre état d’esprit et nos inquiétudes succédant à la joie causée par l’effondrement du totalitarisme communiste : « Les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques – élections, parlements, hautes cours de justice – demeureront, mais la substance sous-jacente sera une nouvelle forme de totalitarisme non-violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu’ils étaient au bon vieux temps, la démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions radiodiffusées et de tous les éditoriaux (…) Entretemps, l’oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs mentaux mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera. » (1) Conjugué à une lecture attentive de L’avenir de l’intelligence de Maurras qui annonçait le « règne de l’Or » et à sa réflexion inquiète sur le triomphe possible – et final – de la démocratie dans la fameuse lettre de Pierre Boutang de 1951, ce texte nous incitait à approfondir les mécanismes du nouvel asservissement mondial.



Cette recherche sur l’autre totalitarisme que certains nommaient « soft totalitarisme » (en référence au livre de F.B. Huyghe intitulé La soft idéologie) ou « totalitarisme mou », notion en définitive ambiguë car elle obérait la logique finale de tout totalitarisme, nous a amenés tout naturellement à créer un nouveau terme. A travers sa formation et sa composition sémantique même, il nous semblait le mieux qualifier cette réalité idéologique qui prenait le monde entier, dans tous ses aspects et recoins (qu’elle voulait d’ailleurs éliminer, au nom de la « transparence » qui est surtout la disparition, voire l’interdiction, du secret, du mystère, du rêve même), dans toutes ses sphères, comme une globalité dont il devenait impossible de se démarquer, de s’échapper, sans courir le risque d’être politiquement, intellectuellement, économiquement, socialement, « exclu »… Ce mot nouveau, c’était le globalitarisme.


Ce terme, issu de notre petit cénacle maurrassien rennais, vient de bénéficier d’une reconnaissance imprévue (et bienvenue) sous la plume d’Ignacio Ramonet, dans Le Monde diplomatique de janvier 1997. Sous le titre Régimes globalitaires, l’éditorialiste du mensuel évoque la mondialisation économique et les régimes qui s’y plient, appliquant ainsi une politique libérale peu respectueuse des droits nationaux et sociaux : « Reposant sur les dogmes de la globalisation et de la pensée unique, ils (les régimes globalitaires) n’admettent aucune autre politique économique, subordonnent les droits sociaux du citoyen à la raison compétitive, et abandonnent aux marchés financiers la direction totale des activités de la société dominée. Dans nos sociétés déboussolées, nul n’ignore la puissance de ce nouveau totalitarisme (…) »



Mais Ignacio Ramonet limite la définition du régime globalitaire, bien qu’il ait eu la même intuition de base que les maurrassiens. Nous n’avons pas de ces timidités, maladroites mais compréhensibles pour un intellectuel qui a peur d’aboutir à des évidences si peu conformistes qu’elles risqueraient de lui aliéner une partie de son public habituel. Il faudra bien un jour écrire sur la force du tabou, c’est-à-dire sur la fonction paralysante (pour la pensée) de l’idéologie démocratique…


Notre définition du globalitarisme dépasse le simple cadre économique et social. C’est une définition politique pour un phénomène idéologique total. Si l’un des aspects du globalitarisme est la mondialisation et la globalisation économique, ce n’est qu’un aspect. Le globalitarisme, c’est aussi l’idéologie qui sous-tend ces aspects, c’est-à-dire la démocratie individualiste de masse elle-même – cette forme (qui se veut unique et seule tolérable) idéologique qui ne conçoit le monde que dans une perspective monohumaniste, c’est-à-dire globale : n’est-ce pas la conclusion logique de l’égalitarisme, de l’indifférentialisme démocratique ? « Un homme, une voix » débouche sur un monde unique et transposable (imposable même) à toutes les communautés humaines. George Orwell parlait d’ailleurs du « One World »…


Le rôle de l’Action française, rôle historique au sens intellectuel du terme, est de former l’armature intellectuelle de la résistance à ce processus liberticide : ainsi, notre nationalisme, raisonnable car raisonné, est-il la reconnaissance des besoins sociaux des hommes. Ceux-ci s’incarnent dans la famille, le quartier, la commune, la région, et, cadre protecteur, le « plus vaste des cercles communautaires humains », la nation.


Dénoncer le globalitarisme c’est préparer, sous de bons auspices, la nécessaire post-démocratie.

 


(1) Aldous Huxley : Retour au meilleur des mondes, 1958.

 


Post-scriptum : à l’époque, je militais à l’Action Française, et Pierre Pujo me laissait « libre plume » dans les colonnes du journal monarchiste. Aujourd’hui, c’est au sein du Groupe d’Action Royaliste que je développe mes réflexions dans le même esprit, toujours royaliste mais pas seulement maurrassien…



 

postheadericon La République toujours sourde à la Bretagne...

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Ainsi, au regard de l’actuel débat parlementaire sur la réforme territoriale, la Bretagne ne sera pas réunifiée et Nantes pourrait même, selon certains projets en discussion, se retrouver dans une grande région comprenant Pays de la Loire et Centre, cette dernière se déployant jusqu’à Dreux, ville royale certes mais fort éloignée de l’Armorique… Tout cela montre bien que la République se moque ou plutôt se méfie de l’histoire et des désirs des populations ancrées, et qu’elle procède par idéologie jacobine et pratique technocratique, avec l’argument seulement économiste de « l’efficacité » et de « la bonne dimension européenne » : ce qui n’était pas si évident que cela à l’origine est désormais visible et assumé, élections européennes passées et colère électorale marginalisée, et c’est bien un découpage « européen » ou plutôt « européiste » qui s’impose.


La carte de Bretagne qui aurait été la plus heureuse pour une vraie réforme territoriale, loin du charcutage du redécoupage républicain d'aujourd'hui...


Les régionalistes qui croyaient que l’Union européenne leur permettrait de voir advenir la reconnaissance des particularités, qu’elles soient bretonnes, alsaciennes ou basques, en sont pour leurs frais et commencent à comprendre que cette Europe-là remplace le jacobinisme parisien par un autre jacobinisme encore plus lointain qui trouve son siège à Bruxelles ou à Francfort. D’ailleurs, j’entends déjà la colère en Bretagne et je constate l’amertume des Bretons qui, au soir du 14 janvier, lorsque M. Hollande annonçait qu’il allait lancer une refonte de la carte des régions, se disaient que le temps de l’injustice historique allait enfin être réparée : il suffit de relire les articles et les déclarations de l’époque (jusqu’à la déconvenue de juin lors de la publication de la « nouvelle » carte) pour constater que tout le monde pensait alors (parfois en le craignant, comme le sinistre Ayrault, grand féodal nantais opposé à la réunification bretonne depuis toujours…) que, enfin, Nantes retrouverait sa place en Bretagne, ce qui apparaissait le plus logique et, surtout, le plus historiquement juste… Quelle déception, quelle amertume, quelle colère !


Le langage des artisans de ce découpage absurde, qu’ils soient gouvernementaux ou parlementaires socialistes, est révélateur : pas d’évocation de l’histoire, des traditions, des cultures, des habitudes du vivre-ensemble, mais seulement les termes de compétitivité, de budget, de rationalité, de « régions européennes »… Cette même histoire que le gouvernement convoque à l’occasion des multiples commémorations de l’année sur les événements guerriers du XXe siècle est rejetée dès lors qu’il s’agit de l’organisation territoriale, de cet avenir institutionnel à construire qui, en définitive, ne peut vraiment fonctionner que si l’on y ajoute, justement, une part de mémoire et que l’on y inclut une dose plus ou moins forte de sentiment. Mais la République ne veut rien entendre de ce qui sort des profondeurs de la nation multiple qu’est la France : le pays légal est sourd aux appels et aux sentiments du pays réel, de ce pays ancré qui est, par lui-même, diversité et qui voudrait bien, en vain, que la République le comprenne…


Entendez-vous monter la colère bretonne ? La République pourrait bien en faire les frais...


En tout cas, maintenant, pour ceux qui en doutaient encore, les choses sont claires : la République est toujours la même, et son idéologie profonde reste son principe de base édicté dès ses prémisses, « Une et indivisible »… Les régions, qu’elle a consenti à créer un siècle et demi après la destruction des provinces et leur remplacement par les départements, ne seront jamais rien d’autre qu’une autre forme, plus subtile et moins voyante, de centralisation politique et, surtout, de centralisme idéologique par le biais des grands partis, et particulièrement du Parti socialiste…


Alors, décidément non, par amour de la Bretagne, de la France et de sa diversité, je ne serai jamais républicain !

 


 
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