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postheadericon Les mausolées de Tombouctou.

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La destruction par des salafistes maliens des mausolées et des anciennes mosquées de Tombouctou soulève l'indignation en France comme dans de nombreux pays africains et musulmans, et beaucoup y voient une marque d'obscurantisme, ce qu'elle est indéniablement, sans aller plus loin ni dans la mémoire ni dans la réflexion. Or, pratiquement au même moment, des promoteurs, pour « débloquer » un chantier gêné par des recherches archéologiques, faisaient détruire à coup de bulldozers les vestiges du port phénicien de Beyrouth, au Liban, ce qui n'a guère provoqué de débat et a juste coûté à l'entreprise dévastatrice une amende équivalente à environ 50.000 euros, somme absolument dérisoire au regard de celles engagées pour le chantier des promoteurs et de ce que va leur rapporter, par mètre carré, le lieu ainsi « libéré » d'une histoire encombrante... Que valent 3.000 ans d'histoire face aux centaines de millions d'euros que va rapporter ce chantier aux financiers et aux constructeurs ? Ainsi, l'avidité libérale peut être aussi vandalisatrice que la fureur islamiste !


Un article fort intéressant paru dans Libération, mardi 3 juillet 2012, tente d'expliquer les motivations des destructeurs de Tombouctou et rappelle qu'elles sont identiques à celles des talibans qui, en mars 2001, ont détruit à l'explosif les bouddhas de Bamiyan et brûlé environ 55.000 livres rares à Kaboul : « ce crime [ en Afghanistan] ne résulte nullement d'un coup de folie. Il avait été totalement prémédité, ayant même fait l'objet de discussions au sein de la Choura (grand conseil) qui regroupe les chefs du mouvement. (...) La destruction des bouddhas de Bamiyan s'inscrit dans la droite ligne d'un courant iconoclaste qui existe depuis la naissance de l'islam. Il se fonde notamment sur une sourate du Coran exhortant les fidèles à guerroyer les statues, assimilées à des idoles. (...) En Afghanistan, les mausolées des saints avaient été ostracisés par les talibans mais pas détruits. A Tombouctou, Ansar ed-Dine les a détruits purement et simplement, le culte des saints étant assimilé à de la superstition. » La destruction des tombeaux et la dispersion des ossements par les fondamentalistes apparaît, aux yeux des salafistes, comme un acte profondément religieux de « purification » et, au-delà, de volonté de rompre avec un « passé impie », avec ce qui représente pour eux une hérésie inacceptable au regard de la foi qu'ils prétendent incarner le plus concrètement possible...


La porte sacrée d'une des mosquées de Tombouctou a été détruite par les salafistes qui veulent éliminer toute trace des cultures locales trop "païennes" à leur sinistre goût...


Ce n'est pas une attitude réservée aux fondamentalistes salafistes, et l'histoire même de notre pays nous le confirme aisément, comme ces propos du républicain révolutionnaire Rabaut Saint-Etienne qui déclarait « Notre histoire n'est pas notre code » et ajoutait, comme l'a rappelé Alain Finkielkraut devant les élèves de Polytechnique à l'automne 2011 : « Tous les établissements en France couronnent le malheur du peuple. Pour le rendre heureux, il faut le renouveler, changer ses idées, changer ses lois, changer ses mœurs, changer les hommes, changer les choses, changer les mots... Tout détruire ; oui, tout détruire puisque tout est à recréer. ». Cette double politique de la purification et de l'amnésie organisée, au nom du monde à construire et de la pureté, révolutionnaire ou religieuse, est effectivement et forcément destructrice, et porte en elle ce que nous appelons vandalisme : la Révolution française, d’ailleurs, fut sans doute la période la plus iconoclaste de toute l'histoire de France du dernier millénaire, voire au-delà, et notre patrimoine en porte encore les stigmates. ou en rapporte le souvenir à travers son étude... Lorsque la République, par la voie de la Convention, décide de s'en prendre aux tombeaux des rois à Saint-Denis ou que les sans-culottes de Quimper dévastent la cathédrale Saint-Corentin tout en profanant les tombes qui s'y trouvent et en brandissant les crânes ainsi découverts au bout de piques, c'est toujours la même logique qui est à l’œuvre !



Mais aujourd'hui, nos pays, pourtant éloignés des fureurs maliennes, sont-ils à l'abri d'une telle politique dévastatrice ? Au regard des programmes scolaires et des manuels d'histoire, mais aussi d'une idéologie dominante qui impose une sorte de repentance permanente et ne raisonne plus qu'en termes de « droits de l'homme » au risque de ne pas comprendre notre histoire réelle, nos nations, aussi anciennes soient-elles, risquent l'amnésie et sont menacées de voir s'effacer des pans entiers de ce qui forme, en définitive, notre « vivre-ensemble ». Le risque n'est pas moindre que celui des destructions de Tombouctou : il s'agit ici, avec une société de consommation qui réduit tout à la marchandise ou indexe la liberté individuelle à la valeur financière, d'un effacement silencieux de nos « mausolées de la mémoire » au profit d'un individualisme consumériste, d'une immédiateté de la jouissance qui n'est rien d'autre qu'une forme d'addiction à la possession, à « l'avoir » au détriment de « l'être ». Il serait périlleux de négliger cette tendance lourde de nos propres sociétés trop communicantes « ici et maintenant » pour savoir encore transmettre à travers les générations qui se succèdent… La transmission prendra d’autres voies, faut-il espérer !


Quant à la situation au Mali, il ne faut pas se leurrer : malgré les rodomontades de l’UNESCO et des autorités légales de ce pays, Tombouctou, « la perle de l'islam », va sans doute perdre la plupart de ses trésors architecturaux et, au-delà des tombeaux et des mosquées, l'inquiétude concerne désormais les bibliothèques et les milliers de manuscrits multiséculaires qui risquent, eux aussi, de faire les frais de la rigueur doctrinale des salafistes... Quelques uns seront sauvés, certes, et, l'histoire ne s'arrêtant jamais, d'autres seront écrits et s'ajouteront à leur tour aux trésors de l'humanité, montrant par là-même la victoire constante de la vie sur les idéologies mortifères... Il y aura aussi, comme dans le roman d'anticipation de Ray Bradbury, « Fahrenheit 451 », des hommes et des femmes qui se transmettront les trésors d'hier par le souvenir et la parole...


Mais, pour l'heure, quel désastre et quelle pitié ! Cela doit nous inciter, nous-mêmes, à cultiver notre patrimoine, à l'entretenir, à le vivre sans exclusive, au-delà des illusions et des loisirs de la société de consommation : un arbre ne monte haut sans risquer la chute lors des tempêtes que lorsque ses racines sont profondes...


Mis à jour (Jeudi, 05 Juillet 2012 23:42)

 

postheadericon Ebauche d'une stratégie royaliste : quelques pistes...

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Samedi 30 juin se tiendra, à Versailles, la première Journée d’études du Groupe d’Action Royaliste, journée que j’animerai avec mon ami Frédéric Winckler et qui, l’après-midi, portera sur la stratégie politique des royalistes et sur les moyens de faire progresser les idées monarchistes dans notre pays. Cela annonce sans doute quelques débats intéressants, peut-être vifs, mais en tout cas nécessaires, à mon sens, à l’heure même où nombre de nos compatriotes se sentent perdus dans une mondialisation de moins en moins lisible et dans une société de plus en plus étouffante en même temps que trop fluide, trop « nomade »…

Il y a quelques semaines, « La Toile », revue de la communauté monarchiste SYLM (Support your local monarch), a publié un article que j’avais écrit sur mes propositions stratégiques pour un royalisme en période d’élection présidentielle : je le publie aujourd’hui à nouveau, désormais sur ce site, en espérant qu’il suscitera chez les royalistes de toutes les tendances quelques réflexions, propositions ou critiques constructives…


 


Etre royaliste en temps de présidentielle : ébauche et essai d’une stratégie individuelle en l’espérant, pour l’avenir, collective…


Il ne doit en rester qu'un... et il n'en reste qu'un au soir du second tour : l'élection présidentielle, « reine des élections » en France (hommage du vice à la vertu, diraient certains...), est un moment fort, sans doute le plus fort, de la vie politique française, et il serait dommage que les royalistes qui parlent tant de politique tout au long de l'année se réfugient dans une sorte d'exil intérieur en ce moment-là... Au contraire ! C'est l'occasion de réfléchir, de discuter, de proposer en tant que royalistes, et il n'est pas inintéressant de chercher les meilleurs moyens de parvenir à faire entendre la parole monarchiste au cœur de l'arène politique.


Il y a plusieurs manières de faire du royalisme en période de présidentielle : présenter un candidat sous les couleurs du royalisme ou avec le soutien d'une organisation monarchiste pour évoquer quelques thèmes qui nous sont chers. Mais la difficulté actuelle pour récolter les 500 signatures de maires obligatoires pour avoir droit de concourir a empêché toute candidature d'aboutir à la présentation effective devant le corps électoral depuis 1974 et la candidature de Bertrand Renouvin. Les vaines tentatives, justement parce qu’elles furent vaines, de M. Renouvin en 1981 puis de MM. Adeline et Villenoisy en 2007 et 2012, si elles n'ont pas été complètement inutiles, ont néanmoins, dans le cadre d'une République qui accorde tant d'importance à l'élection de son magistrat suprême, « invisibilisé » la famille monarchiste, désormais cantonnée, aux yeux des médias, aux commémorations et au folklore et, pour le pire, à des attitudes et à des expressions qui apparaissent bien fâcheuses pour l'Opinion publique...


Autre moyen de faire du royalisme : s’allier ou, plutôt au regard des forces actuelles des mouvements royalistes, se rallier à une candidature républicaine, de Droite ou de Gauche. L’inconvénient majeur est que, du coup, l’intérêt qu’autrui pourrait avoir pour le message monarchiste disparaît devant le simple choix fait du candidat et que les questions posées alors aux royalistes n’auront plus grand-chose à voir avec la singularité royaliste, ses idées ou ses propositions : triste sort des « ralliés » que de devoir défendre, du coup, des positions qui ne sont pas exactement « leurs »… La chose serait bien évidemment différente si les effectifs royalistes étaient assez important pour que ce ralliement apparaisse comme une alliance susceptible de quelque utilité pour le candidat choisi ou pour sa candidature.


Alors, en attendant mieux, le plus urgent lors d’une campagne présidentielle, c’est de… faire du royalisme, tout simplement ! Cela signifie assumer ses couleurs et son originalité politique : d’abord en abordant des sujets éminemment politiques et qui permettent, en définitive, de démontrer aussi les insuffisances de l’actuelle « Républiquarchie », trop républicaine pour ce qu’elle a de monarchique, trop monarchique pour ce qu’elle a de républicain


Justement, ce qui a été marquant dans la campagne présidentielle qui vient de s’achever, c’est l’absence de certains thèmes et le manque de visibilité de certains autres, alors que les drapeaux et les slogans, eux, flottaient au vent dans un tourbillon de couleurs destiné à occulter, sans doute, les douleurs actuelles et à venir… Or, il y aurait eu tant à dire sur les différentes formes de pauvreté et les moyens de les combattre ou d’en atténuer les effets ; sur la possibilité et la nécessité d’une « révolution doublement verte » en agriculture pour, à la fois, nourrir tout le monde et au plus proche en priorité, et pour trouver les moyens d’une agriculture respectueuse de l’environnement et de la diversité végétale comme animale ; sur l’aménagement du territoire, les questions de l’artificialisation intensive et dévastatrice des terres, et le télétravail susceptible de permettre le maintien dans les zones rurales de familles obligées aujourd’hui de s’entasser en périphérie des zones urbaines ; sur la dramatique émigration des « jeunes pousses » françaises, formées dans nos lycées et grandes écoles (entre autres) qui coûte des dizaines de milliards à la France chaque année ; sur le développement énergétique des littoraux français, entre énergie houlomotrice, marémotrice ou hydrolienne, et la fabrication des carburants à base d’algues, véritables « mines d’or » qui peuvent permettre à notre pays de résoudre sa question énergétique en moins d’une décennie si l’on veut bien se donner la peine de « lancer » les choses ; sur les questions ultramarines et la nécessité d’une vaste réforme des institutions d’Outre-mer ; tout cela sans négliger les questions européennes et les moyens de répondre aux défis de la globalisation et de cette « grande transition » aujourd’hui profitable aux nouvelles puissances émergées, et bien sûr à la difficulté du désendettement public…


En parlant de cela, en discutant et en travaillant sur des pistes concrètes et prospectives aussi, les royalistes montrent leur utilité et leur motivation à ne pas attendre la prochaine catastrophe ou le prochain millénaire pour intervenir en politique, dans le débat comme dans l’action. De plus, par l’inventivité (je n’ai pas dit l’utopie ou le délire…) ; par la volonté de trouver des solutions aux problèmes d’aujourd’hui et de demain (qui se prépare aujourd’hui, d’ailleurs : ne jamais suivre les trains, mais les précéder, ou les annoncer…) ; par le sérieux de notre travail intellectuel et la crédibilité de nos propositions, par leur capacité à répondre aux inquiétudes et aux souhaits (s’ils sont pertinents, car nous ne visons pas la seule popularité ou reconnaissance populaire, mais le Bien commun…) de nos compatriotes : nous serons à mêmes de crédibiliser et de banaliser le cœur de notre message, la question institutionnelle politique.


Car il n’y a pas à mettre notre drapeau fleurdelysé dans la poche, au contraire, mais à montrer combien ce que nous proposons aurait les meilleures chances de se réaliser dans de bonnes conditions avec un régime politique qui s’inscrirait, par son histoire et surtout par sa nature « transgénérationnelle » (du fait de la transmission héréditaire et successible) dans la durée nécessaire, comme le rappelait il y a quelques temps, le philosophe Michel Serres, à la réalisation des grandes politiques qui déterminent le cours d’une nation et d’un Etat. La démonstration monarchiste, qu’il n’est pas le lieu ici de reprendre à nouveau, trouve aussi et sans doute d’abord son meilleur carburant dans la proposition plutôt que dans l’opposition sans fond et la dispersion partisane


Etre royaliste est une chance, sans doute, mais ne doit pas se limiter à se regarder au matin dans la glace en murmurant « vive le roi », puis en se fondant dans la criaillerie anonyme de la société de consommation et de distraction… Le commentaire journalier de l’information, à l’oral comme à l’écrit, par l’imprimé comme par la toile ; la discussion quotidienne et parfois impromptue sur son lieu de travail, au café ou dans la rue, ou encore dans le métro et le magasin ; etc. sont des actes qui prennent d’autant plus de valeur et de force que nos concitoyens sont sensibilisés à la période électorale et, au-delà, à la vie sociale quotidienne qui inclut aussi la politique. Ne négligeons pas non plus la colère et la protestation lors des plans sociaux qui frappent parfois non loin de nous : celui qui resterait dans l’éther des idées et se contenterait d’avoir raison ne sera jamais entendu et sa cause sera perdue ! De la parole à l’action, de l’idée à la réalisation, voici la logique d’un royalisme vivant, et efficace…

 

Jean-Philippe Chauvin

Mis à jour (Mercredi, 27 Juin 2012 00:09)

 

postheadericon La retraite à 67 ans pour tous ? Non, encore et toujours !

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La question de l'âge du départ à la retraite risque de tourner à l'affrontement entre la France et l'Allemagne, si l'on comprend bien l'article du Figaro paru dans ses pages économiques du jeudi 14 juin 2012: en effet, « le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, estime que la décision de François Hollande de revenir à la retraite à 60 ans pour certains salariés n'est pas conforme aux choix européens »... Certains pourront être surpris de cette réaction allemande et y voir une scandaleuse intervention d'un Etat étranger dans la politique française dont la maîtrise, normalement, ne devrait appartenir qu'à elle-même, la France. Mais c'est oublier la logique actuelle de la Construction européenne, une logique de plus en plus fédérale et, en définitive, « à l'allemande » pour ce qui est du domaine économique.


Sur ce blogue, j'évoquais dès janvier 2011 la proposition du gouvernement allemand de généraliser l'âge de départ à la retraite à 67 ans pour toute la zone euro, voire l'Union européenne, au nom de « la nécessaire harmonisation européenne », information rapportée par Le Figaro du 19 janvier 2011 et reprise et développée par Jean Quatremer, spécialiste de l'Union européenne, sur son blogue (hébergé par Libération) le 28 janvier de la même année. Ce dernier expliquait un peu rudement mais fort honnêtement que « ce recul de l'âge de la retraite va concerner non seulement les Français, mais l'ensemble des Européens afin d'alléger les contraintes pesant sur les budgets de l'Union. C'est le prix à payer pour la solidarité financière que la zone euro a été obligée d'instaurer sous les coups de boutoir des marchés inquiets des dérives des finances publiques (…). L'Allemagne, la plus réticente face à cette véritable révolution de la gouvernance de la zone euro, s'est résolue à payer pour venir en aide aux États les plus fragiles, mais à condition qu'ils restaurent leur compétitivité, ce qui passe par une harmonisation sociale (par le bas, faute de moyens) et fiscale (afin de supprimer la concurrence fiscale). Un document interne du gouvernement allemand révélé aujourd'hui [28 janvier 2011] par l'agence de presse Reuters prône l'instauration d'un « pacte » qui imposerait, outre l'obligation constitutionnelle de l'équilibre budgétaire, un recul de l'âge de la retraite. « Vous ne pouvez avoir une monnaie unique et des systèmes sociaux complètement divergents », a martelé tout à l'heure au forum de Davos, la chancelière allemande Angela Merkel. ». C'était il y a plus d'un an, et l'Allemagne n'a pas reculé sur ce point, malgré l'isolement croissant de Madame Merkel en Europe. Au contraire, depuis l’article de Jean Quatremer, plusieurs pays ont adopté, par la voie parlementaire, la règle de la retraite légale à 67 ans : l’Espagne, la Grèce… et, plus récemment encore (à la fin mai 2012), la Pologne, pourtant pas encore dans la zone euro, tandis que l’Italie montait à… 69 ans !



La France apparaît désormais, avec sa retraite à 62 ans mise progressivement en place depuis l’automne 2010, comme une « exception » et même, pour certains, comme un scandale : autant dire que l’annonce d’un retour partiel à la retraite à 60 ans pour un certain nombre de personnes ayant travaillé tôt et cotisé plus d’une quarantaine d’années, avec, en prime, un petit coup de pouce pour les mères de famille, a provoqué l’ire d’un patronat de moins en moins social et, parfois, de plus en plus apatride et avide, prêt à délocaliser pour échapper à ses devoirs fiscaux et sociaux.


Mais ce recul exigé par Berlin, et soutenu par l’OCDE, n’est qu’une solution à courte vue, et déjà les industriels et économistes allemands réclament un relèvement encore plus important, parfois jusqu’à 69 ou 70 ans pour tous les pays de l’Union européenne… Jusqu’où ira-t-on, dans cette véritable fuite en avant qui risque de ne plus s’arrêter si l’on suit la double logique démographique (vieillissement des populations européennes) et économique (financement de plus en plus difficile d’un nombre grandissant de retraités), au moment même où l’on apprend que, si l’espérance de vie moyenne progresse encore un peu, celle d’une espérance de vie en « bonne santé », elle, diminue irrémédiablement (aujourd’hui, 62 ans en France) ?


Il ne s’agit pas, à l’inverse des oukases allemands, de forcer les salariés à s’arrêter de travailler avant 67 ans, et il faut permettre à ceux qui le souhaitent de poursuivre une activité professionnelle, y compris au-delà de l’âge légal officiel, en particulier dans le secteur public (ce qui est aujourd’hui impossible dans la fonction publique, dans les domaines de la Recherche et de l’Enseignement, au grand dam de nombreux professeurs et chercheurs).


Mais il faut refuser l’obligation de travailler jusqu’à 67 ans pour tous, mesure inéquitable et qui ne prend guère en compte la pénibilité fort différente des métiers et semble oublier que, aujourd’hui, l’espérance de vie d’un ouvrier de l’industrie est inférieure de 10 ans à celle d’un enseignant ou d’un cadre supérieur


Au lieu d’imposer cette absurde règle de l’âge minimal obligatoire de 67 ans pour le départ à la retraite, il vaudrait mieux travailler à diminuer le nombre de chômeurs et à initier de nouveaux modes de calcul des retraites, par exemple par un système « à points » socialement équitable et économiquement viable : un chantier à ouvrir, d’urgence, mais en prenant le temps de la réflexion et de la négociation constructive.


Mis à jour (Lundi, 18 Juin 2012 23:38)

 

postheadericon L'agriculture biologique en France, en 2012.

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Une information rendue publique la semaine dernière est passée quasiment inaperçue, sans doute à cause des débats électoraux entre UMP et PS pour le contrôle de l'Assemblée nationale : il est vrai que les législatives, comme les présidentielles, ont tendance à cannibaliser tous les débats et toutes les communications autres que celles des élections, et c'est parfois bien dommage...


Ainsi, on a appris que, comme le signale La Croix dans son édition du lundi 4 juin dernier que « le seuil du million d'hectares consacré à l'agriculture bio est dépassé en 2012 » : et même si « les objectifs fixés par le Grenelle de l'environnement ne sont pas atteints, (...) la tendance s'enracine. ».


« Le nombre de fermes bio a doublé en quatre ans : 11 978 exploitations fin 2007, 24 000 en mai 2012.

Car la demande est là. Entre 2010 et 2011, le chiffre d'affaires du marché alimentaire bio a augmenté de 11 %, à près de 4 milliards d'euros. En parallèle, les prix sont restés stables. Pour Élisabeth Mercier, directrice de l'Agence Bio, « plus il y a de produits bio disponibles et de points de vente, plus la demande augmente ». Et il y a de la marge : pour les jeunes générations, consommer bio est courant. Cette année, 57 % des cantines scolaires proposent des produits bio, alors qu'elles n'étaient que 4 % avant 2006. »


Ces différents éléments prouvent qu'il n'y a pas de fatalité en ce domaine comme en d'autres : quand quelques royalistes achetaient des produits issus de l'agriculture biologique il y a une vingtaine d'années déjà sur le marché des Lices à Rennes ou dans la région parisienne, qu'ils participaient à la rédaction du mensuel « Le Paysan biologiste » comme mon ami Frédéric Batz (Frédéric Winckler, aujourd'hui président du Groupe d'Action Royaliste), cela paraissait exotique et curieux, et nous étions bien seuls, car même les écologistes autoproclamés, les « Verts », ne s'intéressaient pas beaucoup au sujet... Après tout, à quoi bon, pensait-on alors dans l'Opinion publique, persuadée que les problèmes alimentaires étaient d'abord liés au non-traitement des fruits et légumes et non l'inverse !


Aux législatives de juin 2012, une candidate explicitement royaliste prônait l'agriculture biologique sur ses affiches de campagne : une tradition royaliste qui vient de loin !


Oh, bien sûr, il y avait la viande aux hormones, et même la « vache folle », mais on ne faisait pas attention à tous ces produits sous cellophane dont personne ne semblait s'étonner que, issus de la terre, ils soient si propres, si verts, si semblables parfois : la standardisation des produits agricoles, d'ailleurs de plus en plus consommés sous forme de « produits transformés » ou de plats surgelés, a fait disparaître quelques formes bizarres que la nature donnait, dans sa malice, aux pommes de terre ou aux tomates...


Aujourd'hui, les consommateurs redécouvrent ce que nos parents connaissaient déjà, et c'est une lente reconquête des esprits et des palais gourmands, malgré les pressions de la Grande distribution qui, le plus souvent, utilise les produits issus de l'agriculture biologique comme d'un produit d'appel mais ne renonce pas pour autant à poursuivre sa standardisation des produits alimentaires...


Dans ce domaine comme en tant d'autres, le rôle de l’État peut ne pas être insignifiant : s'il ne s'agit pas d'imposer à tout prix des règles qui détruirait tout esprit d'entreprise (je ne suis pas étatiste, juste colbertiste !), il conviendrait que les pouvoirs publics soutiennent plus ardemment le développement de l'agriculture bio qui n'est autre que l'agriculture respectueuse de la première règle de toute agriculture et de toute activité humaine en rapport avec le vivant : « on ne commande à la nature qu'en lui obéissant ». Voici l'une des tâches prioritaires du nouveau ministre de l'Agriculture, M. Stéphane Le Foll, s'il veut entamer, ou accélérer, la grande transition de l'Agriculture française et enrayer aussi la déprise des territoires agricoles ! Vaste chantier !


D'autant plus que les objectifs du Grenelle de l'environnement n'ont pas encore été atteints : la France ne compte en 2012 que 3,5 % de terres bio sur toute la Surface agricole utile (SAU), ce qui est bien en-deçà des promesses de 2007.


De plus, comme le souligne l'article, l'agriculture bio peut être une bonne solution pour des agriculteurs aujourd'hui dépités par un système agro-alimentaire trop mondialisé et marchandisé, à la fois trop artificiel et trop peu respectueux du travail paysan : « « Surtout, les exploitants remettent en cause le système agricole actuel. Ils ne gagnent pas bien leur vie et souffrent d'un manque de considération. Le bio permet d'augmenter les marges tout en revenant aux valeurs de la terre », estime François Thiéry, président de l'Agence Bio et producteur laitier dans les Vosges. »


Revenir aux valeurs de la terre, dont on sait que le système agro-alimentaire la fait aussi bien mentir que le reste... Cette expression d'un retour nécessaire ne s'adresse pas qu'aux agriculteurs, mais aussi aux consommateurs, pour mieux manger, plus sain et plus savoureux, et pour mieux vivre, aussi... Sans tomber dans un ruralisme nostalgique et parfois un peu niais, cette expression peut donner quelques envies et quelques pistes de réflexion à qui veut sortir du cycle infernal de la Société de consommation qui nous consume plus sûrement qu'elle nous nourrit...


Mis à jour (Lundi, 17 Février 2014 19:09)

 

postheadericon Des plans sociaux à la Monarchie...

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La vague des plans sociaux post-présidentielles que j'évoquais dans mes conférences et sur ce blogue bien avant l'élection elle-même a commencé à dérouler ses annonces et ses effets, au point d'alarmer la presse parisienne, bien après la presse économique et celle des provinces, cette dernière plus réactive car plus directement au contact d'un « pays réel » des travailleurs qui n'est pas négligeable même s'il est moins valorisé par les médias que les classes moyennes issues du secteur tertiaire. Il faut bien avouer que le réveil, après le temps des promesses et des espérances (ces dernières qu'il ne faut jamais moquer, au risque de les voir se muer en monstres de désespérance dont on ne connaît jamais à l'avance le destin...), est rude ! A en croire Le Figaro de ce lundi, ce sont 45.000 emplois qui sont directement menacés pour les semaines à venir, que cela soit dans le secteur automobile, dans la métallurgie et la sidérurgie, dans l'agro-alimentaire, etc.


Dans son édition du vendredi 25 mai, Libération consacre plusieurs pages à ce qui risque vite de devenir un incendie social dévastateur si l'Etat (entre autres) n'y prête garde ou ne sait comment arrêter la contagion des plans sociaux. Nicolas Demorand, dans son éditorial, trouve les mots justes pour résumer une situation complexe et, à terme, explosive : tout son article serait à citer, qui oscille entre dégoût et colère, mais surtout qui, à défaut de donner quelque réponse institutionnelle qui soit, pose quelques bonnes questions et remarques...

« Ils existaient donc bien, ces plans sociaux mis sous le tapis le temps de la présidentielle. Notons juste le cynisme des entreprises concernées, effrayées à l'idée d'affronter la polémique publique en plein chaudron électoral. Reste aujourd'hui, pour les salariés sur le carreau, une immense souffrance. » Il faut bien dire que la souffrance ouvrière n'est pas ce qui empêche de dormir la plupart des dirigeants des grands groupes ou de ces économistes qui parlent de la « nécessaire adaptation à la mondialisation » sans voir le coût humain de celle-ci... Si tel était le cas, ils placeraient l'équité sociale et humaine au coeur de leurs discours, ce qui n'est guère leur habitude, malgré quelques efforts de... communication !


« Pour la gauche, nouvellement au pouvoir, [reste] un défi d'ampleur : sauver, dans l'urgence, ce et ceux qui peuvent l'être ; faire que chacun assume ses responsabilités, à commencer par les « grands » patrons qui le plus souvent échappent au sort qu'ils infligent à leurs salariés » : il est vrai qu'il est particulièrement choquant de voir quelques uns de ces grands entrepreneurs s'augmenter leur propre salaire au motif qu'il faudrait « rattraper » les rémunérations de leurs homologues anglo-saxons, au moment même où les salaires des fonctionnaires sont gelés pour deux ans et que les multinationales se livrent de plus en plus à un chantage sur leurs ouvriers en menaçant de délocaliser si les salariés n'acceptent pas une réduction de leur paye...



Pour arriver à sauver les emplois et à responsabiliser les patrons, entre autres, Nicolas Demorand souligne qu'il faut donc « un Etat stratège, inventif, capable de s'abstraire de l'actualité pour identifier les futurs gisements de richesse et planifier, au sens le plus fort du terme, les moyens de les conquérir. Longtemps la puissance publique  fut ainsi à l'initiative de ce qui déboucherait sur les fusées Ariane, les avions d'Airbus, les TGV, pour ne citer que les exemples les plus visibles. Avec, en amont, une vraie politique de recherche, fondamentale et appliquée » Oui, il faut bien cela pour sortir de l'ornière dans laquelle un libéralisme excessif a mis la France, au nom, parfois, de règles européennes de non-concurrence et du fantasme d'une « mondialisation heureuse » (sic !)... Il est intéressant de noter, au passage, que M. Demorand égratigne l'argument habituel des européistes sur les « réalisations européennes » en rappelant que les grands projets dont se targue l'Union européenne doivent d'avoir leur existence et leur réussite à la puissance publique, c'est-à-dire à l'Etat de notre pays !


Nicolas Demorand poursuit, dans une sorte de « révélation gaulliste » (certains diraient « coming out » en langue globale...) : « Et, en parallèle, un consensus qui considérait ces sujets comme relevant de la continuité de l'Etat et de son intérêt supérieur. Toute cette mécanique s'est profondément déréglée. Il faudra du temps pour la reconstruire. Or l'incapacité à se projeter dans le temps est aussi ce qui caractérise la politique moderne. » La politique moderne ? Peut-être, mais surtout le principe d'une République qui fait reposer la légitimité de sa magistrature suprême sur le jeu des partis et des politiciens, et de leur course quinquennale au pouvoir, cette « présidentielle permanente » qui empêche souvent de voir au-delà des prochaines échéances électorales... Oui, c'est bien la question du temps qui est centrale dans cette refondation d'un Etat stratège, efficace et décidé, voire, par moments si nécessaire, volontariste ! Un Etat qui peut penser en termes de générations, et non du seul calendrier électoral !


Encore un effort, M. Demorand, pour conclure ! Sans doute vous faudra-t-il du temps, à vous aussi, pour reconnaître que l'Etat que vous appelez de vos voeux porte ce nom, souvent tabou en France, de Monarchie... Mais si vous voulez que la question sociale ne soit plus, comme en ce moment, cette longue litanie d'ouvriers sacrifiés, il faudra bien vous y résoudre, et ne pas hésiter à le faire savoir...


Mis à jour (Lundi, 28 Mai 2012 22:28)

 
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