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Souvenirs politiques
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postheadericon Peintures royalistes.

J’avais appris à me servir d’une bombe à peinture au Camp Maxime Real del Sarte de 1982 et, dès le mois de septembre, j’allais mettre à profit cette nouvelle pratique. J’achetais une peinture de couleur orange fluo et, après être allé au cinéma voir « l’honneur d’un capitaine » (un film de Pierre Schoendorffer avec Nicole Garcia et Jacques Perrin qui a pour toile de fond la guerre d’Algérie), je traçais un grand « AF » siglé d’une fleur de lys (araignée… ou stylisée, diraient certains…) non loin de la grande dalle du Colombier ; puis j’allais faire de même sous les arcades du Palais du commerce et sur les murs de la poste qu’il abritait. Dès le lendemain, les peintures de la poste étaient toutes effacées, sauf une, assez étrangement, qui du coup allait survivre ainsi plusieurs années.
Quelques mois après, je trouvais dans un magasin de produits déstockés situé rue de Saint-Malo des bombes à peinture de toutes les couleurs à des prix défiant toute concurrence et j’en fis immédiatement grande provision. En quelques nuits, je devins un véritable champion de la peinture, autant en rapidité qu’en audace (j’étais jeune, je ne me rendais pas toujours compte des risques, sans doute…) et je fis vite concurrence aux groupes de tout poil (et ils étaient nombreux) qui se servaient aussi des murs comme supports privilégiés des slogans politiques.
La rue Jean-Macé était ainsi décorée d’un bout à l’autre : sur le long mur du lycée fleurissaient les lys et les « AF » tandis qu’un poste EDF d’en face était gratifié du nom, peint en noir et à la verticale, de « Maurras ». Sur la fac de Droit, j’y allais plus mollo puisque l’AF y avait une activité tout à fait officielle, mais ce n’était qu’une « exception » de circonstance.
Dans un premier temps, les slogans étaient très basiques : « vive le roi » ; « Action Française » ; ainsi que de multiples « AF » et des « araignées ». Le but était, d’abord, de faire connaître le sigle et de faire en sorte que, lorsque les gens verraient la marque « AF », ils sauraient de suite qu’ils avaient devant eux un message royaliste. Et puis, il s’agissait de marquer « notre territoire » : la peinture, tant qu’elle n’était pas effacée, était visible, « vivante », et elle nous assurait une présence permanente au-delà de nos petites personnes.
Lorsque je commençais cette campagne de peintures, il y avait encore des marques de la génération monarchiste des années 60-70 : des grands « AF » noirs, antérieurs à 1971 (avant la scission de la Nouvelle Action Française, la NAF de Bertrand Renouvin), se remarquaient près de la rue de Chateaudun, non loin du local de la NAR, anciennement propriété de l’AF. Certains s’accompagnaient d’un « vaincra » péremptoire. Mais c’était surtout les graffitis de la NAF qui étaient les plus nombreux, tracés au milieu des années 70 : il y en avait des centaines en Bretagne, et en particulier à Rennes et ses environs jusqu’à la Côte d’Emeraude, surtout des fleurs de lys de la NAF tracées à l’aide d’un pochoir sur les grands panneaux indicateurs et sur les murs des bâtiments administratifs, les facs, etc. Deux couleurs dominaient pour ces lys nafistes, le bleu et le rouge. Je me rappelle qu’il y avait, à l’entrée du quartier de Maurepas, non loin de la maison familiale, un mur « nafisé » : lys rouges, slogan « monarchie populaire » et immenses « NAF ». Près de la caserne située non loin de l’hôpital Pontchaillou, mêmes peintures avec, en plus, un slogan « monarchie = anarchie + 1 » et un autre contre la conscription (une grande campagne de la NAF des débuts).
En somme, par mes propres peintures, je ne faisais que prendre la suite (ou la relève) des militants royalistes qui m’avaient précédés…

 

postheadericon Rentrée 1982.

A la rentrée 1982, je débutais des études de Droit à l’université de Rennes I, malgré mon désir de faire de l’Histoire, désir contrarié par ma mère qui, au regard de ma réputation de militant royaliste, préférait me voir loin de l’université de Rennes II (Villejean) où elle enseignait… Et puis, elle considérait qu’il y avait assez de profs d’Histoire dans la famille pour ne pas en rajouter !
Quoiqu’il en soit, j’allais profiter de mes deux années en cette fac de droit pour tenter d’implanter et développer l’Action Française : le terrain pouvait sembler favorable, puisque les mouvements de Droite y jouissaient d’une réelle liberté d’expression, ce qui n’était pas le cas à Villejean, contrôlée par l’extrême gauche. Olivier M. et moi-même y avions bien fait, un matin, une intrusion en ce bastion des « révolutionnaires », des affiches sous le bras et le seau de colle à la main, et nous avions couvert plusieurs panneaux d’affichage mais aussi des baies vitrées de la fac d’affiches d’AF, sous les yeux étonnés de quelques étudiants. Nous avions été interrompus par l’arrivée, fort prudente, de personnels d’entretien qui nous avaient déconseillé de telles pratiques au motif de la « transparence » des vitres, mais aussi par l’intervention moins paisible d’un militant de la Ligue Communiste Révolutionnaire, Bruno Darrien, qui avait décollé et déchiré rageusement une de nos affiches en nous menaçant, mais sans plus… Nous apprîmes quelques heures après qu’une rumeur avait couru dans la fac de Villejean qu’un « commando », forcément « fasciste » (c’était le terme pour désigner tous ceux qui n’étaient pas de gauche…) avait fait une intrusion « victorieusement repoussée » par les « étudiants »… Mythomanie et paranoïa des militants d’extrême gauche…
La fac de Droit était beaucoup plus calme, bien sûr, et il y avait déjà nos affiches collées sur deux panneaux d’affichage depuis l’année précédente, sans oublier les autocollants « Aspects de la France » qui ornaient, comme les fleurs de lys faites au marqueur, les lampadaires et les panneaux de stop, voire les parcmètres des environs. La rue Jean-Macé était un de nos « terrains de jeux » et c’est là que l’on comptait peut-être le plus d’inscriptions royalistes au mètre carré !
Mais comment agir efficacement avec si peu de moyens et un trop petit nombre de militants ? C’était une question qui ne nous préoccupait pas vraiment car nous militions en pensant que « le reste suivrait », c’est-à-dire que notre volonté suffirait à pallier nos insuffisances : ce n’était pas entièrement faux, d’ailleurs…

 

postheadericon Militantisme royaliste et Camp d'Action Française 1982.

Le Camp des Landes n’était pas très éloigné de Dax et Mimizan, et ce sont ces villes qui étaient les cibles principales de nos activités militantes. Bien sûr, il y avait les ventes et je me souviens d’être parti à plusieurs reprises dans la voiture de Jean-Robert Tron (c’était d’ailleurs la grande attraction du Camp), jouant du mégaphone à notre passage dans les villages. Il y eut beaucoup de surprise devant cette voiture militante et nos slogans, parfois aussi de l’agacement, mais cela ne dégénéra jamais vraiment.
Ce qui motivait encore plus les militants lillois ou rouennais, c’était les affichages et, mieux encore, les « peintures » ou les « bombages », et c’est d’ailleurs à ce camp que je m’initiais à ces pratiques ou, plutôt, que je les observais. Les Lillois, autour des Théry, étaient les spécialistes du « blanc d’Espagne » et des grandes inscriptions signées d’araignées censées représenter des fleurs de lys. Les Rouennais et les Parisiens y ajoutaient les graffitis plus rapides à faire à l’aide de bombes à peinture… Frédéric R. était l’inspirateur des slogans « made in Rouen », souvent originaux et qui avaient le mérite de susciter la curiosité comme la citation signée du poète Baudelaire : « Je suis républicain comme je suis syphilitique »… C’est d’ailleurs à la suite de ce camp que je me lançais moi-même dans les bombages à Rennes et sur la Côte d’Emeraude, l’intérêt de ce genre d’activités étant de marquer notre présence, voire notre « territoire », à une époque où les graffitis politiques n’avaient pas été remplacés par les tags des « tribus urbaines » comme les appellent les sociologues.
Durant ce camp comme pour les autres, il y avait une journée consacrée à la découverte du patrimoine de la région : aussi, nous nous rendîmes à Lourdes (sous la pluie) et je fus choqué de voir tous ces « marchands du temple » qui vendaient de multiples « gadgets », souvent très laids, reproduisant la Vierge Marie. Je n’étais pas le seul à réagir ainsi dans le groupe, constitué majoritairement de catholiques traditionnels.
Dans un café de la ville, je m’amusais à décorer le pantalon de jean d’une des sœurs Hollender, de Montpellier, de belles fleurs de lys faites au marqueur… Sans doute était-ce pour tromper notre frustration de ne pouvoir exhiber nos beaux ticheurtes de couleur bleue marine « Vive le roi » dont nous étions très fiers.
A Pau, où la pluie avait cessé et où je reviendrai quinze ans après (Camp de 1997), nous fîmes honneur au « bon roi Henri » en entonnant, devant sa statue, ce qui fut le chant traditionnel des royalistes avant « La Royale », le « Vive Henri IV », cela avant de visiter le château dont le seul souvenir que je garde est la chambre dans laquelle on pouvait admirer la grande carapace de tortue qui servit de berceau au Béarnais.
Au retour, notre grand jeu fut de compter les peintures « Théry » qui agrémentaient les murs tout au long du trajet…

 

postheadericon Les articles d'Aspects de la France, source d'informations sur les Camps Maxime Real del Sarte.

Les collections d’Aspects de la France sont parfois bien utiles pour compléter les souvenirs des Camps Maxime Real del Sarte, en particulier sur les dates, les lieux mais aussi les personnes et les conférences. Ainsi, on trouve deux comptes-rendus, l’un dans un numéro de la fin juillet, l’autre, plus complet, dans celui du 2 septembre 1982.
Dans le premier, trois photos :
la première est ainsi légendée « S’instruire pour vaincre » et montre quelques étudiants studieux prenant des notes lors d’une conférence. On y voit Louis Garban, mais aussi Denis D. et Elisabeth Baston ;
la deuxième montre l’estrade des orateurs d’AF lors du chant de « La Royale », le 25 juillet, jour du traditionnel méchoui (mais limité à des morceaux de moutons et de poulets cuits en cuisine, les feux de plein air étant interdits dans les Landes) : on y reconnaît Guy Steinbach, alors secrétaire général de la Restauration Nationale ; Bernard Bonnaves ; Jean Dupin ; Pierre Pujo et Pierre Gagemon, alors jeune rédacteur à Aspects de la France ;
la troisième est un plan large du rassemblement des couleurs, deux moments importants (puisqu'il y a le lever des couleurs le matin et le baisser le soir...) dans le « rituel » du Camp d’AF : cette photo est d’autant plus intéressante qu’à l’époque les photos n’étaient pas « floutées », ce qui permet de mieux identifier les participants. Il est vrai aussi que la paranoïa n’avait pas encore fait des ravages parmi les militants, et que chacun était ravi de se retrouver en photo dans le journal… Sur celle-ci, sur laquelle j’apparais avec un long imper et un foulard blanc (en fait, une écharpe indienne achetée dans un magasin « baba cool »…), je suis devant mon équipe, l’équipe « Pierre Juhel » je crois, à laquelle appartenaient Thierry Jeannau (Montpellier), Odile Théry (Lille), etc. A côté de moi, un militant parisien, Aristote Morvan, qui quittera l’AF quelques mois après. Je reconnais aussi Hélène Rochefort (Angers), membre d’une grande famille d’AF (Péan de Ponfilly) ; Marie Perrault, sœur de Jeanne ; Serge Rouquet, de la section « Banlieue-Sud » de Frédéric P. ; etc.
Dans le numéro de septembre, un grand article signé d’Elisabeth Baston résume aussi, de façon plus précise que celui de juillet, le Camp 1982. Cinq photos l’accompagnent où j’aperçois aussi François Tabary, Bernard Pascaud (directeur des études), les frères Beaune (Nantes), les sœurs Sanchez, Benoît Dakin et tant d’autres dont j’ai malheureusement oublié les noms…
A lire ces articles de 1982 et ceux des années précédentes et suivantes, il est amusant de constater comment ils se ressemblent tous : bien sûr, le Camp a été une réussite, les étudiants ont été studieux et sont repartis chez eux pleins d’ardeur pour vaincre, et la prochaine année militante s’annonce prometteuse… Le plus souvent rédigés par un des campeurs (il me semble l’avoir moi-même fait au milieu des années 80…) ou par un certain Jacques Cepoy (pseudonyme de Pierre Pujo), les comptes-rendus ont vocation militante : il s’agit de montrer combien l’AF est « vivante » et qu’elle sait attirer et former de jeunes intelligences. Et il est tout à fait vrai que les Camps sont de véritables universités d’été royalistes dans lesquelles la priorité est donnée à la formation doctrinale mais aussi à la pratique militante. J’y ai d’ailleurs beaucoup appris et je garde de ces Camps Maxime Real del Sarte de bons souvenirs, certains meilleurs que d’autres… Mais, comme dans toute communauté humaine (et d’autant plus qu’elle est politique), il y a aussi des discussions qui tournent à la dispute, des querelles personnelles qui se parent d’arguments politiques (en particulier stratégiques…) et des conflits entre des conceptions différentes du nationalisme ou de la Monarchie. « Humain, trop humain »…

 

postheadericon L'ambiance du Camp 1982.

Le Camp Maxime Real del Sarte 1982 se tenait dans les Landes : pas question, donc, de faire des feux de camps comme l’année précédente en Vendée. Mais cela ne nuisait pas vraiment à l’ambiance et les repas étaient toujours aussi animés : chants royalistes ou traditionnels, agrémentés parfois de productions « locales », voire de parodies. On ajoutait souvent de nouveaux couplets au chant des camelots en y intégrant les noms de responsables ou de militants : c’était parfois très potache…
Les grandes planches de bois qui servaient de tables de conférence comme de restauration étaient recouvertes de graffitis, chacun indiquant son lieu et sa section : de véritables catalogues complétés par des slogans « guerriers » ou humoristiques, ces derniers étant la spécialité des Rouennais et, en particulier, de Frédéric Rouvillois. Les lavages de fin de camp abîmaient à peine ces œuvres militantes et, en 1982, on apercevait encore les traces de militants depuis devenus « dissidents »…
Les tentes des garçons étaient évidemment séparées de celles des filles : nous étions installés en contrebas d’un grand champ que surplombaient les tentes de conférences, en lisière d’un sous-bois, et, la nuit, les conciliabules y allaient bon train. C’est là que j’entendis évoquer pour la première fois les prémisses d’une possible ou d’une future dissidence : il s’agissait de refaire, comme toujours, une « grande AF », rêve partagé par de nombreuses générations successives de jeunes militants. Dans ces nuits de juillet 1982, certains évoquaient un nom de revue ou de groupe, comme « le lys noir », titre qui ne me semblait pas le meilleur : mais, n’étant pas partie prenante au « complot », je ne suivais pas toutes les discussions du petit groupe. Sous toutes les tentes, on parlait politique et les stratégies s’affrontaient, mais personne ne doutait que, tôt ou tard, viendrait « l’heure de l’Action Française ».
Nous parlions aussi politique sous les grandes tentes de conférences avec les conférenciers, cadres ou invités : Bernard Pascaud, Bernard Bonnaves ou Michel Fromentoux, par exemple, étaient mes interlocuteurs habituels et je les écoutais répondre à mes questions avec un grand respect.
Parfois, quelques discussions dégénéraient en disputes, voire en « excommunications » : ainsi, les frères Théry (mais leur sœur Odile était là aussi), venus en nombre de Lille avec quelques militants comme Paul Bernard, quinquagénaire la pipe toujours vissée au bec, étaient en butte à l’hostilité de Jean Dupin et, suite à un incident pourtant sans importance, ils furent exclus du Camp qu’ils quittèrent tout en restant dans la région. Du coup, ils profitèrent de cette exclusion pour aller peindre au blanc d’Espagne de grands slogans monarchistes, de Lourdes à Pau, en fait sur tout le parcours que nous devions prendre le jour de l’excursion dans le « pays »… D’ailleurs, cela nous réjouissait fort de voir ces marques de la présence monarchiste, mais Jean Dupin ne partageait évidemment pas notre enthousiasme.
De plus, les Théry, lors de leur départ, avaient fait éclater de nombreux pétards pour ne partir discrètement, ce qui avait plongé Jean Dupin dans une colère noire.
A part cet affrontement, l’ambiance restait bonne et détendue, et les campeurs studieux, même si la trop longue conférence d’Etienne Malnoux (près de deux heures d’un discours prononcé d’une voix forte mais d’un ton monocorde) avait provoqué, la chaleur aidant, l’assoupissement de nombre d’entre nous… Le directeur de « La Revue Universelle » rallié à l’AF après la réunion de la FURF avec la RN ne s’en formalisa pas, du moins devant nous…
Il est vrai que la chaleur pouvait servir, comme le vin local, d’alibi à certaines fatigues…

 
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