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Souvenirs politiques
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postheadericon Bac raté et politique...

L’année scolaire 1980-81 fut à la fois l’année de mon éveil au royalisme et de mon échec au bac, contre toute attente d’ailleurs. Sans doute mon devoir d’Histoire dont le sujet portait sur la Droite en France dans les années 30 n’avait-il pas été apprécié à sa juste mesure, eu égard à la note fort basse que j’obtins à cette épreuve, à ma grande surprise : j’avais pourtant fait un devoir fort documenté, trop peut-être, en signalant dès l’introduction que mon étude porterait principalement sur les groupes et mouvements qui se démarquaient du parlementarisme classique, c’est-à-dire principalement les « ligues ». Evidemment, avec le recul, cette approche, trop limitative, m’apparaît comme fort malhabile et inappropriée au sujet posé, puisque je ne citais que l’Action Française, les Jeunesses Patriotes, la Solidarité Française et les Croix-de-Feu, devenus Parti Social Français en 1936… Mais je connaissais ces mouvements comme peu de profs devaient les connaître, ce qui a du, en définitive, me desservir…
Je fus recalé au bac dès les écrits et je n’étais même pas admissible aux oraux : quelle claque ! Si cela me valut l’amitié de quelques jeunes filles, qui vinrent « fêter » à la maison mon échec pourtant peu glorieux, cela fragilisait ma crédibilité et je craignais que mon message royaliste n’en fasse les frais. En fait, ce ne fut pas le cas, comme si mes camarades de classe distinguait la validité du discours politique de la qualité de mes études…
En fait, même mes parents considéraient qu’il y avait maldonne et maman, contre toute attente, m’inscrit quand même au Camp Maxime Real del Sarte qu’elle m’avait précédemment promis si j’avais mon bac. Car, quand d’autres demandaient comme récompense de passer le permis ou d’avoir une moto, j’avais juste demandé d’être admis à participer à l’Université d’été de l’Action Française. L’année suivante, je demandais une ronéo pour imprimer les tracts… Et si, en 1982, je décrochai le fameux sésame pour entrer en fac, maman refusa d’honorer cette demande, arguant que c’était peu compatible avec des études futures ! J’eus beau tempêter (« Tu m’avais promis ! »), rien n’y fit et je dus continuer à faire imprimer mes tracts à Paris et à multiplier les photocopies pour les afficher sur un panneau d’affichage (sans doute squatté, à moins qu’Olivier M. eut obtenu l’autorisation requise par l’administration…) de la Fac de Droit de Rennes.

 

postheadericon Livres et revues d'Action Française chez les bouquinistes.

Fils d’universitaires historiens, j’ai très vite commencé à collectionner les livres et revues monarchistes et, au-delà, tout document qui avait un lien avec le royalisme : ainsi, j’acquis en quelques mois de l’année 1981, des lots de revues que j’achetais dans une librairie de vieux bouquins située à l’entrée de la rue St-Georges pour des sommes, certes dérisoires, mais qui me semblaient, pour moi qui n’avait que peu d’argent de poche (50 francs par semaine, quand le café était à 2,50 francs), de véritables fortunes : combien de fois ai-je dépensé en une fois plusieurs « semaines » ?
Les premiers lots furent : une collection quasi-complète d’une revue à couverture rose foncé des années 50, dirigée par le fils de Léon Daudet et filleul de Maurras, François Daudet, intitulée « libertés françaises » ;
Une collection de quelques années (années 30) de la revue publiée à Laval par la Ligue d’Action française, puis par le Cercle Chambord après la dissolution de la Ligue en février 1936, intitulée « Le Maine » ;
Une série de livres de la bibliothèque de ce Cercle mayennais, avec une étiquette indiquant la provenance dans chacun des ouvrages et reproduisant la fleur-de-lys de la ligue d’AF sans les feuilles de chêne pour éviter, après 1936, de tomber sous le coup de la loi portant sur la « reconstitution de ligue dissoute ». Je crois me rappeler que ce dernier lot m’avait été vendu par un ami philosophe et dilettante, vivant dans une sorte de misère sociale qui convenait à son esprit bohême et anticonformiste de droite (proche de la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist), Dominique James. Je récupérais ainsi mon premier exemplaire de « Kiel et Tanger » de Maurras ; un petit livre du même Maurras sur Anatole France ; un ouvrage titré « Maurras, homme d’action » ; et une bonne douzaine d’autres ouvrages.
Je trouvais aussi un premier Almanach d’Action Française, celui de 1925, puis un deuxième, très abîmé (mais cela ne m’a pas empêché de l’acheter…), de l’année 1927.
Tous ces livres et ces revues, qui sont toujours dans ma bibliothèque, étaient les premiers d’une liste destinées à s’allonger jusqu’à ce jour et aux suivants…
En tout cas, je passais des heures à les parcourir, à les lire, à m’enivrer de ces textes théoriques ou de ces récits d’actions et de bagarres, sans beaucoup de recul à l’époque, sans doute pris par l’ambiance émanant de ces ouvrages et par « la foi du converti », toujours excessive et passionnée…

Mis à jour (Jeudi, 26 Mai 2011 09:05)

 

postheadericon Affiches d'après-Mai 1981.

Lorsque François Mitterrand fut élu président de la République, l’Action Française se plaça tout de suite dans une opposition résolue au nouveau gouvernement socialiste. Mais les affiches imprimées par Franck Joyau, un transporteur routier qui soutint quelques temps le mouvement royaliste « rebondissaient » sur la nouvelle situation créée par l’élection du 10 mai 1981 : ainsi, sur fond mauve, elles proclamaient : « Continuons le changement, rétablissons la Monarchie ». Nous les collions avec un autre modèle publié lui aussi à quelques milliers d’exemplaires, sur fond bleu ou vert : « La République se meurt, vive la France. La République se meurt, vive le Roi », affiches toutes décorées de la fleur de lys de la Restauration Nationale de l’époque. Je me souviens avoir placardé des centaines de ces affiches durant les vacances d’été 1981, parcourant les environs de Lancieux jusqu’à Dinard sur mon vieux vélo auquel j’avais accroché mon seau de colle…
Petite anecdote, plus récente : j’ai retrouvé, à l’été 2006, quelques unes des affiches « La République se meurt… » dans un grenier « militant » qu’il me reste à Rennes. Je n’ai pas résisté à la tentation d’en recoller une, au graphisme aujourd’hui un peu suranné, sur un panneau d’affichage situé à Montfort-L’Amaury et celle-ci, rescapée des années 80, est restée en place au moins une dizaine de jours, comme un clin d’œil à « jadis »…

 

postheadericon Ventes dominicales d'Aspects de la France.

Durant une douzaine d’années, de 1980 à 1992, je me suis levé tôt tous les dimanches pour aller vendre « Aspects de la France » à la sortie des églises de Rennes : c’est d’ailleurs par là que j’ai commencé les ventes de la presse royaliste, en attendant de les étendre assez rapidement aux rues de la ville et au Marché des Lices le samedi matin. Je commençais par les messes qui finissaient avant 9 heures et terminais par celles, à l’église Toussaints ou à Saint-Sauveur, qui étaient les plus tardives de la matinée. C’est d’ailleurs un midi que je rencontrais un vieux monsieur, tout courbé et appuyé sur une canne, qui était l’un des plus anciens abonnés du journal, M. Urvoy de Porzamparc, qui était ravi de voir un jeune « Camelot » crier le titre du journal, tout près de là où il résidait. Un autre jour, derrière la cathédrale, c’est une vieille demoiselle d’au moins soixante ans qui accompagnait une dame encore plus âgée, sa mère peut-être, et qui descendit de sa petite citroën couleur bordeaux pour m’acheter le journal avec une joie non feinte, m’affirmant qu’il était bien temps que « nous » soyons « de retour » à Rennes, et que c'était fort heureux… A chaque fois, ces personnes donnaient un peu plus que le prix annoncé par mes soins : cette générosité militante me payait (au sens sentimental du terme) des nombreuses heures passées pour, parfois, ne vendre que trois ou quatre numéros. Et puis, les encouragements, pour le jeune militant que j’étais, me réchauffaient le cœur et m’évitaient le découragement.
Je rentrais le midi pour un repas où nous évitions, mes parents et moi, de parler politique pour ne pas risquer le conflit… En fait, tant que mes activités semblaient se cantonner à ces ventes dominicales, mon père, dont les idées étaient de « droite modérée » républicaine, ne disait trop rien, se contentant de faire l’indifférent. Qu’en pensait-il exactement ? Je n’en ai jamais rien su de son vivant, et je regrette de ne pas en avoir vraiment parlé avec lui, mais le contact n’était pas toujours facile… Mon père était secret, parfois « obscur » même…
Après, ou avant (je ne me souviens plus exactement), je notais sur un cahier (ou des feuilles volantes ? Là encore, la mémoire me fait défaut) les résultats de mes ventes, les églises et les sous ramenés… En fait, je ne l’ai pas fait très longtemps, considérant que ce n’était pas très important, la seule chose intéressante étant le nombre final de journaux vendus. Je reversais scrupuleusement la moitié de mes « revenus » à Jean Chollet, puis dès l’année suivante au siège parisien.
En 1980, « Aspects » coûtait 6 francs, il en coûtait 20 douze ans après, prix qui, d’ailleurs, correspond aux 3 euros actuels. Mais, quel que soit le prix, je crois avoir vendu, en quelques années de ventes à la criée (jusqu’en 1997) ou de la main à la main (à la fac, par exemple), aux environs de 15.000 journaux… En fait, la régularité dans la tenue des points de vente et l’inventivité dans les « accroches », le sourire et la patience, sont des éléments qui ont permis d’enraciner le royalisme, à travers cette activité parfois ingrate, dans le paysage politique rennais pour de nombreuses années : quel dommage que cela appartienne au passé ! Mais, qui sait si, demain, de nouveaux venus au royalisme ne reprendront pas ce qui a permis les premiers succès de L’Action Française à Rennes…

 

postheadericon Mai 1981.

Lorsque M. Mitterrand remporta la victoire présidentielle, un soir de mai 1981, des incidents eurent lieu dans la nuit, à Rennes : le siège des Giscardiens, situé rue de Toulouse, fut saccagé par des groupes d’extrême-gauche, et les pauvres militants du candidat vaincu obligés de fuir piteusement, protégés par la police. Maman, qui n’aimait pas les soirées électorales et surtout celle-là, était partie se promener pour ne pas entendre les résultats dont elle s’inquiétait, assez légitimement d’ailleurs au regard des alliés du candidat socialiste, encore puissants (même si le déclin était déjà engagé…).
Le lendemain matin, les militants de Droite faisaient grise mine, et les rumeurs de la nuit n’étaient pas très rassurantes : quant à moi, je séchais les cours de la fin de matinée pour me rendre au lycée Jean-Macé où se trouvaient Pierre M. et Jean-Yves B. qui, s’ils avaient collé les affiches d’AF avec moi et m’aidaient plus ou moins ouvertement, se positionnaient surtout du côté des « vaincus », c’est-à-dire de la Droite au sens large du terme. Sans doute me comptais-je alors dans les rangs des « défaits », en particulier du fait de la crainte d’une « dictature » de Gauche, crainte qui, évidemment, ne s’est pas vérifiée mais nous ne savions pas alors, à l’AF, que Mitterrand allait « vider » le PCF et les groupes marxistes de leur substance et les forcer au « modérantisme »… Nous avions, les uns et les autres, encore en tête les discours « révolutionnaires » et les références à Marx, les poings à la rose tendus et « L’Internationale » à la fin des meetings de la Gauche, y compris socialiste, et cela ne nous rassuraient pas.
Nous allâmes voir Marc Bellay, le responsable local et militant hors-pair de l’UNI (Union Nationale Interuniversitaire, syndicat étudiant de Droite) et du RPR (Rassemblement pour la République, le parti chiraquien), et qui faisait alors figure de « leader » des étudiants de droite modérée et « antimarxistes » à Rennes, en particulier à la Fac de Droit où il poursuivait ses études. Il était logé au bout de la rue Jean-Macé chez une vieille dame fort sympathique et qui nous aimait bien : son accueil était toujours souriant, même si nous avions parfois, visiteurs réguliers de Marc, des airs de conspirateurs…
Marc, avec un air grave, nous conseilla d’être discrets et de nous tenir « prêts », « au cas où »… Bien sûr, nous nous faisions sans doute « du cinéma dans nos têtes » comme dit la formule, mais, à l’époque, nous n’en savions rien, persuadés que le danger communiste était encore bien réel : très vite, d’ailleurs, nous comprendrons que cette crainte n’avait rien de rationnel, en tout cas pour notre pays, et que le Parti Socialiste n’était même plus celui de Léon Blum et du Front Populaire…
J’étais aux côtés de la Droite à cette époque parce que je n’avais pas fini ma « mutation politique » et que l’AF, d’ailleurs, entretenait cette « peur du rouge » en nous envoyant des paquets d’autocollants, non siglés, rappelant les références marxistes de Mitterrand ou présentant des cartes signalant les pays marxistes de l’époque, tous des dictatures, qui ne pouvaient qu’être des exemples de ce qui allait forcément arriver si les socialos-communistes l’emportaient aux législatives suivant l’élection présidentielle et la dissolution décidée dans la foulée par François Mitterrand.
Bien sûr, j’expliquais aux « inquiets » de Droite que la seule solution pour lutter efficacement, intellectuellement et pratiquement, contre le marxisme était l’Action Française, « nationaliste et royaliste ». J’allais aux meetings du RPR, fleur-de-lys à la boutonnière et j’essayais de convaincre mes alliés du jour de la justesse de ma vision royaliste de la politique, sans grand succès d’ailleurs, même si j’étais toujours bien accueilli, il faut le reconnaître. Résultat politique de cette alliance avec le RPR et les autres mouvements de Droite : proche de zéro sur le plan militant car, contrairement à l’idée (qui ressort régulièrement dans les milieux politiques marginaux) que les déçus ne pouvaient se tourner « que » vers nous, ceux-ci restaient bien dans leurs partis d’origine, perdants mais « droits dans leurs bottes » comme devait le dire, en d’autres occasions et bien plus tard, un homme politique bordelais… ; par contre, cette campagne « d’accompagnement » de la Droite a eu l’intérêt de me faire connaître comme militant royaliste et de m’ouvrir quelques portes et quelques amitiés, dont certaines sont, aujourd'hui encore, toujours actives… Ainsi, même si le royalisme d’AF se limitait encore à quelques ventes de journaux, des graffitis au marqueur et quelques dizaines d’affiches collées régulièrement, quelques communiqués de presse dans « Ouest-France », édition locale de Rennes ou page « Ille-et-Vilaine », et une présence de plus en plus quotidienne dans la rue, cette campagne n’a pas été inutile. De plus, les erreurs commises, en particulier quelques illusions sur l’intelligence politique des grands partis locaux et leurs militants, ont été profitables : empirisme organisateur oblige, certaines ne seront pas refaites…
Ainsi, ma formation politique se poursuivait : elle était loin, alors, d’être achevée…

 
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