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postheadericon Affichages royalistes à Cholet, juillet 1981.

Les affichages nocturnes étaient quotidiens au Camp de 1981 : ils étaient considérés comme un bon moyen de donner une visibilité au mouvement d’Action Française et nous étions encore en un temps où les murs parlaient plus « politique » que « musique » ou « néo-tribal ». Nos affiches n’étaient pas très originales, la plupart se contentant de reprendre le titre « Aspects de la France », accompagné de la mention « dans la ligne de l’Action française », en référence au quotidien disparu en 1944 : pas vraiment efficace, comme message, et de plus en plus mystérieux pour qui n’était pas né dans les années 1920… Mais les collages créaient aussi une « ambiance » et étaient censés renforcer la cohésion des équipes d’afficheurs.
La plupart du temps, c’était « Loulou » (Louis Garban) qui menait les expéditions mais il arrivait parfois que la fourgonnette d’AF (une 4L jaune, « héritage » de la Poste…) soit conduite par d’autres militants, considérés comme des cadres sûrs. Mauléon, où se tenait le Camp, était en pleine campagne, et il fallait faire bien des kilomètres avant de trouver une ville où « coller utilement ». Un soir, lors d’un affichage auquel je participais à Cholet avec Bruno Jouan, Denis D. et quelques autres, nous fûmes, près de la gare, menacés et notre responsable de groupe, Eric Letty, frappé par une petite bande de maraudeurs dont il était difficile de connaître les vraies motivations, politiques ou purement bagarreuses. Nous cédâmes le terrain, ne voulant pas risquer un incident trop violent et inopportun parce qu’il y avait, je crois, un jeune encore mineur parmi nous.
Le lendemain, pour venger l’affront, plusieurs voitures remplies de militants, de balais télescopiques (pour coller en hauteur) et d’affiches se rendirent à Cholet…
Quelques jours après, la presse locale faisait allusion à des plaintes de la CGT et autres groupes de Gauche suite à des dégradations commises sur leurs locaux, badigeonnés de peinture tandis que des affiches d’AF recouvraient les panneaux publicitaires de la ville : le lien avait été fait par les syndicalistes entre les affiches et les dégradations, et « l’indignation » des outragés se muait en paroles vengeresses contre un mouvement considéré comme éminemment dangereux… Bien sûr, Guy Steinbach, alors présent au Camp, s’empressa de démentir « avec la plus grande vigueur » l’accusation portée contre l’AF…
Les choses en restèrent là…

 

postheadericon Une France royaliste en miniature : Camp MRDS 1981.

Lors de ce Camp 1981, il y avait une trentaine de campeurs, si mes souvenirs sont exacts : le groupe de Rouen était l’un des plus nombreux, avec ses chefs de file Rémi Landais et Frédéric Rouvillois ; celui de Paris n’était pas le moins important, autour d’Eric Letty, de Jeanne Perrault et, surtout, de Marie-Caroline Lhermitte qui était la responsable des activités étudiantes de l’AF parisienne : il comptait aussi l’Anjouanais Chahis Doiffir (l’orthographe du nom n’est pas assuré), qui représentait l’Outre-mer français au Camp, ainsi que Christophe Le Rouet, sorte de romantique celtisant qui était un peu marginalisé au sein du groupe. Louis Garban , François Tabary et, bien sûr, celui qui était la « mémoire » des Camps, qui les avaient tous faits depuis 1953, sauf un, comme il le rappelait fièrement, Pierrot Philippeau.
Lille était représenté par les membres de la fratrie Théry : François, Pascal et Jean-Marie, authentiques représentants d’un royalisme populaire attaché aux traditions du Nord et au catholicisme traditionnel, et qui pouvaient se vanter de grandes peintures murales qu’ils faisaient, au blanc d’Espagne, partout où ils passaient : les murs de Lille s’en souviennent peut-être…
Pau avait deux « délégués » à ce Camp : Jean Dupin, chez qui aurait lieu l’année suivante le Camp Maxime Real del Sarte, et Philippe Vergez, issu d’une vieille famille royaliste installée dans le Béarn.
Strasbourg brillait à travers la présence d’Astrid Decker, arrière petite-fille d’un ancien maire de Vannes.
Besançon et Bordeaux étaient surtout représentés par des adultes et cadres du mouvement, comme Bernard (et Odile) Bonnaves, Hubert Puvis de Chavannes et Bernard (et Anne) Pascaud.
Et puis, il y avait quelques « isolés » comme Arnaud du Faye, que j’allais retrouver des années après à Versailles, le plus jeune des militants et, parfois, le plus indiscipliné… Un jeune issu du Mouvement Royaliste Français et qui en restait un des cadres confirmés, Thierry Jeanneau, représentait Montpellier : c’était un intellectuel aux idées parfois un peu compliquées pour moi et j’étais à la fois fasciné et agacé par ses discours qui me semblaient un peu abscons parce que je n’avais pas encore les outils de réflexion pour les comprendre, ce qui n’adviendra que beaucoup plus tard.
Ainsi, il y avait là une « France en miniature » mais avec de grands vides dans cette carte de la France royaliste : l’Ouest n’était représenté que par Bruno Jouan (Nantes) et moi-même (Rennes) ; l’Auvergne, la Touraine, la Lorraine ou la Provence étaient absentes de ce Camp. Pourtant, il y avait des royalistes là-bas aussi, mais ils étaient intégrés à d’autres structures, souvent survivantes d’un royalisme local et enraciné, peu motivés par le « parisianisme » supposé de l’Action Française…

 

postheadericon Assiduité aux cours du Camp MRDS.

Le Camp Maxime Real del Sarte était, sur le plan des études, dirigé par Bernard Pascaud, jeune professeur d’Histoire de Bordeaux, et le programme des conférences était chargé : si je me souviens bien (je me trompe peut-être, je vais demander confirmation aux « anciens »), il y avait une grande conférence le matin, un cercle d’études en début d’après-midi (le mien était dirigé par Jean Dupin, militant de Pau, et Louis Garban), puis une nouvelle conférence. La formation était considérée comme le meilleur moyen de « fidéliser » les jeunes militants et de prévenir les risques de scission, toujours craints quelques années après la naissance de la Nouvelle Action Française (1971) et le départ de l’équipe de Xavier Garban (équipe des rédacteurs de « L’Action Française étudiante », mensuel d’AF dont j’avais d’ailleurs aperçu un exemplaire quelques années auparavant chez un marchand de journaux rennais, non loin de la Fac de Droit), équipe qui avait permis la fondation du Mouvement Royaliste Français (MRF) à Paris.
En fait, je ne suis pas certain que le Camp y suffisait et, d’ailleurs, la plupart des scissions de l’Action Française depuis les années 50 étaient, sinon nées, en tout cas méditées lors du Camp, dans des conciliabules nocturnes souvent fort animés, avec toujours le même thème : « comment réussir, refaire une grande « Action Française », préparer la prise du pouvoir… ».
Quoiqu’il en soit, pour le jeune militant fervent que j’étais, les conférences comme les cercles constituaient un véritable arsenal doctrinal qui me semblait absolument imparable pour qui pensait honnêtement, au-delà des préjugés de l’idéologie dominante : évidemment, l’enthousiasme du « nouveau converti » m’aveuglait un peu (beaucoup…), et je griffonnais consciencieusement sur mon cahier jaune des notes nombreuses que je relisais un peu fiévreusement le soir, avant le repas…
De plus, après les conférences elles-mêmes, je passais mon temps à questionner le « professeur » du jour pour approfondir mes connaissances et ma réflexion : certains en étaient visiblement ravis et je passais alors pour un « bon élève », un futur et prometteur cadre…

 

postheadericon Premier lundi du Camp d'AF, en juillet 1981.

Le premier jour officiel du Camp Maxime Real del Sarte commença par la traditionnelle cérémonie des couleurs après un petit déjeuner fort copieux. Devant le mât fut annoncée la composition des équipes : eu égard à ma qualité de (presque) « local » (l’Ouest de la France…), je fus nommé chef d’équipe, celle-ci étant sous le patronage du marquis de Lescure, un des héros de l’Armée catholique et royale de 1793, tandis que les autres reprenaient aussi les noms de combattants de la Vendée militaire ; Bruno Jouan, lui, était nommé sous-chef de camp, le « patron » du Camp 1981 étant Rémi Landais, de Rouen.
Pour prendre des notes, j’avais acheté un gros cahier jaune sur lequel j’avais dessiné quelques fleurs de lys qui ressemblaient plutôt à des sortes d’araignées malingres et collé un papillon déclarant péremptoirement « Contre l’Europe supranationale, moi je choisis la France », autocollant d’AF imprimé pour protester contre l’élection du Parlement européen au suffrage universel, ce qui semblait porter atteinte à la souveraineté nationale.
Ce cahier doit être quelque part dans mes cartons et il me serait bien utile pour préciser mes souvenirs : je crois que la première conférence fut faite par Guy Steinbach, petit bonhomme plein d’une énergie débordante et qui commençait par nous parler des Camelots du Roi en fermant les yeux et en secouant la tête. Il était, depuis la mort de Pierre Juhel, le secrétaire général de la Restauration Nationale et prenait son rôle, difficile, très au sérieux.
Une phrase qu’il prononça ce jour-là allait me marquer durablement, au point que je m’en souviens encore aujourd’hui : « En France, nous n’avons point d’ennemis, nous n’avons que des adversaires », les véritables ennemis étant les idées fausses et non les hommes, faillibles, qu’il s’agissait de combattre lorsqu’ils étaient les vecteurs de la trahison ou de l’erreur. Cette phrase devait être la meilleure garantie contre la « guerre civile froide » qu’entretenait le système démocratique ; en fait, je constatais, par la suite, qu’il y avait parfois loin entre les paroles et les actes, les réalités humaines… Néanmoins, je faisais mienne cette phrase et je crois que j’en suis toujours « imprégné », refusant de condamner absolument les personnes qui ne pensent pas comme je pense, « tolérant avec les hommes mais intransigeant sur les idées »…
Sur les bancs de cette Université d’été, je faisais connaissance, peu à peu, avec ces militants venus de Paris, Rouen ou Strasbourg (la belle Astrid Decker…) : en ce premier jour sont nées des amitiés dont certaines ne se sont pas démenties jusqu’à aujourd’hui (n’est-ce pas Eric, Frédéric, Bernard, Michel, Denis,… ?) même si nos rencontres « d’anciens combattants » sont parfois fort rares. « L’amitié d’Action française », dit-on… Ce n'est pas une vaine formule !

 

postheadericon Camp Maxime Real del Sarte 1981 : l'arrivée.

 

En juillet 1981, dans la deuxième quinzaine, je partis pour mon premier Camp Maxime Real del Sarte, l’université d’été de l’Action Française. Comme il se passait en Vendée, dans la zone d’action de Jean Chollet, je pris le train et débarquai à Nantes où m’attendaient Jean et un jeune qui s’occupait des étudiants nantais d’AF, Bruno J. C’était un dimanche et nous arrivâmes à Mauléon (le site du Camp) dans l’après-midi : après une longue allée d’arbres, un petit château nous apparut, devant lequel se garaient les voitures. En fait, deux grandes tentes bleues servaient de salles de conférences et de repas, pouvant accueillir plus de cent personnes. Des tréteaux soutenaient de grandes planches en bois couvertes de graffitis de toutes les époques, certains gravés dans le bois, d’autres encore tout frais de marqueur… Avec le recul, je regrette de ne pas avoir noté ces inscriptions car elles étaient toutes la signature d’un groupe, d’une province, d’une ville… Il y avait encore des sections un peu partout dans le pays et cela s’entendait aussi aux accents des campeurs.


Ceux qui m’accueillirent étaient déjà là depuis quelques jours, pour ce qu’ils nommaient le « précu » (sans doute l’abréviation de « précurseur » ?), c’est-à-dire le montage du camp de toile et l’organisation des lieux. Je fis la connaissance alors de François Tabary, sorte de géant à la voix de moineau, préposé aux travaux de force ; de Louis Garban, militant rondouillard d’une grande discrétion et modestie, et aussi d’une grande efficacité ; de Bernard Bonnaves, cadre du mouvement et futur secrétaire général de la « Restauration nationale » au début des années 90 : sa voiture, une CX bordeaux était décorée d’autocollants monarchistes, preuve qu’il ne faisait pas grand mystère de ses opinions à l’extérieur ; il y avait aussi Bernard Pascaud, responsable de la section de Bordeaux et dont la femme, avec Odile Bonnaves, s’occuperaient pendant les quinze jours de la cuisine et de l’intendance du Camp, lourde tâche…



Quelques autres cadres et militants étaient déjà là : Frédéric Rouvillois, dont le crâne chauve était recouvert d’un bob bleu ; Rémi Landais, qui, comme le précédent, venait de Rouen, à l’époque section modèle ; un militant du Jura venu avec sa sœur et dont l’accent était rude et typique des milieux paysans de cette région (Jeanjean ?Jean-Georges ?) ; etc.


J’entrai dans un monde rempli de royalistes, à peine un an après avoir pris contact avec « Aspects de la France », et cela était, pour moi, comme une récompense de mes efforts de l’année, toutes ces ventes dominicales y compris sous la pluie, tout cela pour quelques francs parfois péniblement récoltés après quatre heures de présence, toutes les insultes subies dans la rue, les menaces et même les coups (je m’étais retrouvé, quelques semaines auparavant, poussé dans un magasin dont la porte s’était ouverte plutôt qu’elle n’avait cédée, et frappé violemment par un petit groupe d’extrémistes de gauche sans pouvoir réagir : mais la bousculade avait été si rapide et désordonnée que je m’en étais sorti sans trop de dommage…).
Mes premières heures furent passées à serrer des mains, puis à monter une tente (moi qui n’avait jamais fait de camping, quelle expérience…) avec mon camarade nantais, tente que nous allions partager pendant quinze jours avec un cadre parisien (mais qui avait adhéré juste quelques jours avant moi, comme le prouvait le numéro de sa carte, le 13083, je crois), Eric Letty.


Le soir, ce fut le baisser des couleurs : les campeurs au garde à vous (encore une nouveauté pour moi…), le drapeau tricolore aux angles fleurdelysés fut descendu du mât, plié et rangé après qu’eut retenti « la Royale ».


Puis ce fut le premier repas sous la grande tente : tout de suite, les chants fusèrent, que j’allais vite apprendre et reprendre, chants vendéens, royalistes mais aussi militaires (nostalgie et torses bombés…). En fait, j’étais ravi, transporté par cette ambiance à la fois « combattante » et festive. C’est là, à ce premier dîner que, moi qui m’interdisait depuis mes treize ans de boire une seule goutte d’alcool (réaction débile liée à des cours mal assimilés d’éducation civique sur les dangers de l’alcool, sans doute, ou à une volonté, non moins stupide, d’embêter mon père grand connaisseur en œnologie domestique…), prit mon premier verre de vin rouge depuis des années… Décidément, ce Camp était un « monde merveilleux » où tout prenait une autre dimension, un autre sens, une autre portée : « tout est possible » devais-je penser ce soir-là, et ma foi militante ressortait de ce premier jour renforcée… Au feu de camp qui suivit, j’écoutais, émerveillé, les « exploits » des militants qui, eux aussi, refaisaient le monde en racontant comment ils avaient « fait la nique à la République », République qui prenait des apparences fort diverses, de Krivine à Chirac…


Je ne suis pas certain de m’être endormi tout de suite, la tête pleine de rêves de « Restauration » et de bannières fleurdelysées flottant au vent…

 


Mis à jour (Dimanche, 21 Août 2016 22:52)

 
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