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postheadericon 2007

postheadericon Commémorer...

Il est des moments où je suis moins attentif à l’actualité immédiate, malgré mon écoute radiophonique et ma lecture des journaux, toutes deux quotidiennes : la mort de mon vieil ami Pierre Pujo à la veille du 11 novembre, juste le lendemain de la commémoration de celle du général de Gaulle (qu’il n’appréciait guère) m’a distrait de suivre le fil des événements. Cette « suspension de l’attention » m’a permis de flâner au long des années passées, au fil d’une mémoire qui parfois se fait oublieuse ou, au contraire, douloureuse : que de souvenirs, d’espérances, de visages dont beaucoup, désormais, se perdent dans une sorte de brume qui voilent les contours ou les obscurcissent…

La commémoration de l’Armistice de 1918, en un dimanche venteux où le ciel hésitait entre le gris acier et le bleu léger, coïncidait étrangement cette année avec cette remontée des souvenirs personnels mais aussi avec la bousculade des « événements » professionnels et l’annonce d’une inspection pour le jour même, à l’heure exacte, des obsèques de Pierre Pujo : Léon Daudet y aurait sûrement vu un « intersigne » mais je ne vois pas exactement encore quel sens lui donner…

En tout cas, la cérémonie du 11 novembre, pour laquelle j’avais invité mes élèves à se motiver, par égard et reconnaissance envers ceux qui, il y a tant de décennies déjà, se sont battus, ont souffert et sont souvent morts, a été un moment fort de recueillement et de mémoire, et la présence massive de jeunes était un bel hommage à cette génération foudroyée sur les champs de bataille de la Somme ou de Champagne. Les poèmes composés et lus par des élèves du lycée Hoche étaient simples et beaux, et mon ami Sébastien Lapaque, un ancien du lycée aujourd’hui écrivain et journaliste, semble les avoir appréciés, en particulier dans leur esprit. En cette heure de commémoration, il ne s’agit pas de se laisser dominer par la seule émotion mais d’en apprécier la valeur symbolique, de mesurer combien ces moments sont aussi fondateurs pour les jeunes générations et rappellent ces liens mystérieux au-delà des temps qui nous permettent d’être ce que nous sommes, libres héritiers des héritages passés, parfois critiques (« la vraie tradition est critique », affirmait avec raison Maurras), jamais prisonniers… Ceux qui font du passé un « devoir de mémoire » en oublient le nécessaire dépassement, non pour trahir mais pour poursuivre l’histoire : notre pays a encore tant à dire…

La sonnerie aux Morts retentit et je revois quelques photos de ceux qui ne sont pas revenus : Léon de Montesquiou, Henri Lagrange, Augustin Cochin, ces royalistes « couchés froids et sanglants » évoqués par Maurras dans ce livre nécrologique que, presque rituellement, j’ai toujours dans mon sac en ce jour du Souvenir et qui s’intitule le plus simplement possible « Tombeaux » ; Charles Péguy et tous ceux que je ne connais pas ; « les miens », mon arrière grand-père, le lieutenant François Mauxion, porté disparu en 1915, l’aviateur Monnier qui a son monument à l’entrée du cimetière de Saint-Brieuc ; je pense aussi à ceux qui sont revenus : mon grand-père maternel, Marcel Lechaptois, qui a si profondément marqué ma petite enfance, l’oncle Lesaige dont j’ai encore dans l’œil le grand tableau où il pose en uniforme chamarré et qui trônait dans la pièce « coloniale » de sa maison de Rennes… Ils forment ce panthéon de ma mémoire historique, celui qui débouche, en d’autres noms et visages, sur les allées de ma propre mémoire, intime, celle qui s’éteindra avec moi mais en laissant quelques traces en d’autres panthéons intimes, en d’autres personnes. « Mort, où est ta victoire ? » : la mémoire dépasse nos vies, elle se transmet tant qu’il y a des héritiers pour la recevoir…

 

postheadericon Pierre Pujo, royaliste (1929-2007).

C’est ce samedi midi que j’ai reçu le message téléphonique m’annonçant la mort de Pierre Pujo, « l’éternel directeur » de L’Action Française : une page de l’histoire du royalisme venait, dans la nuit, de se tourner, et cette triste nouvelle faisait remonter à la surface bien des souvenirs, ceux de mes 27 ans de militantisme, de discussions et de débats acharnés, d’engueulades parfois et de désaccords certains, mais aussi d’espérances et de bons moments au sein de la « famille d’Action Française » : Pierre Pujo, s’il agaçait parfois, avait au moins cette qualité d’être fidèle à ses engagements, pour la France (et son outre-mer) et pour le Roi, et de n’en avoir pas varié, malgré les ingratitudes et les vicissitudes…

Je l’avais lu pour la première fois, perché sur mon vélo, dans une rue de Saint-Lunaire, en la fin du mois de juillet 1980, et c’était un article sur Mayotte, cette île de l’Océan indien qui avait, contre le « sens de l’Histoire », voulu rester française, envers et contre tout. Dans les années 80, certains se moqueront de cet acharnement à défendre la « France du grand large » dont il gardait tant de souvenirs dans son bureau de la rue Croix-des-petits-champs. Et pourtant ! Son amour pour la France était un amour complet et ne se limitait pas à l’hexagone ; il avait fait sienne la maxime de Jacques Bainville : « La France est un composé », ce qui lui valait les railleries des ethno-nationalistes, souvent européistes, qu’il a toujours combattu au nom d’un nationalisme qui refusait le racisme.

J’ai encore dans l’oreille les derniers échanges que nous avions eu, il y a quelques semaines, autour du souverainisme que j’avais, selon lui, tendance à sous-estimer : c’était un vendredi soir et je le vis partir des locaux de cette Action Française pour laquelle il avait donné depuis tant d’années toutes ses énergies, parfois de façon maladroite mais toujours sincère, sans penser un instant que je ne le reverrai plus vivant.

Cet après-midi, les yeux de mes vieux amis, de mes compagnons d’espérance monarchique, étaient rougis par l’émotion : Michel, Nicole, Les frères Castelluccio,… ils étaient là, dans ces bureaux du journal, d’ « Aspects » comme nous disions jadis. La relève aussi était là, discutant gravement et rédigeant les communiqués pour la presse. Etrange ambiance, tandis que les téléphones ne cessaient de sonner…

J’avais cherché en vain dans les kiosques du Quartier latin un numéro de « L’Action Française » à acheter : je voulais reproduire ce geste fait tous les jeudis de mes années de terminale, et déployer, comme une bravade ou comme une bannière, ce journal qui avait accompagné ma jeunesse. Mais j’en saisissais un exemplaire en partant des locaux de la rue Croix-des-petits-champs et arpentais les rues du Quartier avec ce trophée en main, à la grande surprise de quelques badauds pour qui le titre n’était sûrement pas inconnu… C’est à la terrasse du « Danton », ce café qui me tient lieu de QG quand je suis à Paris, que je relisais les derniers éditos de Pierre Pujo, comme un dernier hommage à ce vieux combattant de la Cause royale au cœur de ce Paris intellectuel et bruyant.

Mais la vraie fidélité à sa mémoire, c’est d’abord de ne pas cesser de clamer la nécessité de la France et des institutions susceptibles de la pérenniser. C’est une fidélité critique mais vive, en espérant, non pas seulement mourir royaliste, mais vivre, demain ou après-demain, en Monarchie, comme l’aurait souhaité Pierre.

 

postheadericon La Commission européenne contre les pêcheurs.

La Commission européenne vient de déclarer que les aides annoncées par le président Sarkozy aux pêcheurs du Guilvinec étaient « incompatibles avec la réglementation européenne » parce qu’elles seraient en contradiction avec les conditions de la libre concurrence… En somme, pas de solidarité nationale possible parce que les lois du Marché ne souffrent aucune remise en cause : ainsi, meurent les pêcheurs bretons pourvu que les règles du libéralisme économique soient respectées… Cette logique terrible, qui ne souffre visiblement aucune exception, me révolte et m’enrage : doit-on l’accepter sans coup férir ? Sûrement pas, et il ne me choque pas, de fait, que la colère des pêcheurs sacrifiés à la logique d’un libéralisme oublieux des hommes se transforme en une violence contre les symboles d’une Union Européenne qui se moque des peuples : que brûlent des drapeaux bleus étoilés, ces chiffons du « désordre établi » selon l’expression du personnaliste Emmanuel Mounier, ne serait que la réponse logique à la violence froide, légale et réglementaire d’une Commission arrogante et si peu humaine.

Mais cela ne sera qu’une vaine révolte si elle ne cherche pas une expression politique qui soit aussi « fondatrice » et pose les bases d’une nouvelle politique d’Etat, affranchie des oukases du « tout-économique » et susceptible de garantir les droits sociaux des citoyens et des travailleurs. En somme, le combat à mener est un combat tout à la fois « indépendantiste français » et « social » : il me semble que, loin d’être inutile ou retardataire, ce combat est une nécessité, tournée vers une conception de l’avenir qui ne se replie pas sur une conception étriquée et fataliste d’une Europe-carcan mais bien plutôt sur l’ambition d’une France libre au sein d’une grande Europe confédérale, de cette « maison » qui comprend aussi la Russie et ne raisonne pas en simples termes comptables… Je suis bien certain que c’est un langage que ne peuvent pas comprendre les « nains de Bruxelles », ces eurocrates pour qui j’éprouve un mépris qui n’a rien de feint…

Il y a quelques années, j’avais avancé, dans deux articles parus dans « L’Action Française », des propositions concrètes et réalistes pour assurer l’avenir et la pérennité de la pêche française : je garde espoir, aujourd’hui encore, qu’il est possible de faire vivre cette activité, en particulier sur nos côtes bretonnes. Mais il semble bien que la Commission européenne soit désormais un obstacle à cette politique de sauvegarde de la pêche artisanale… Une nouvelle chouannerie des gens de mer pourrait bien voir le jour contre une Commission européenne trop libérale pour être vraiment humaine…

 

postheadericon Essence et pouvoir d'achat.

Le prix de l’essence ne cesse d’augmenter et c’est en somme assez logique si l’on suit les règles du Marché, puisque la demande en pétrole, en particulier des puissances émergentes, continue d’exploser tandis que les découvertes de nouveaux gisements d’or noir, elles, sont insuffisantes pour assurer l’avenir des approvisionnements au-delà de quelques années.

De nombreux consommateurs français réclament la baisse des taxes de l’Etat sur les carburants ou le rétablissement de la TIPP flottante, suivis en cela par un Parti Socialiste qui cherche à récupérer les mécontentements qui montent dans le pays. Mais sans doute faudrait-il rappeler à M. Hollande que la politique n’est pas la simple satisfaction de l’Opinion consumériste mais l’art de prévoir et prévenir, d’agir aujourd’hui pour le lendemain que l’on souhaite à son pays, de ne pas céder aux tentations de la facilité pour, au contraire, montrer l’exemple aux citoyens… Non, il ne faut pas baisser les taxes, solution à court terme : ce serait donner un mauvais signal aux consommateurs en remettant à plus tard les nécessaires remises en cause de notre mode de consommation et les changements qu’il faut dès maintenant initier pour affronter l’avenir et la diminution des ressources énergétiques fossiles, non renouvelables à échelle humaine.

Pour une fois, Mme Christine Lagarde, ministre de l’économie et des finances, malgré de possibles revirements « conseillés » par le président Sarkozy, a au moins tenu des propos sensés même s’ils ne sont pas forcément populaires : « J’en appelle à l’intelligence des Français. Le postulat de départ est simple : les énergies fossiles vont devenir de plus en plus rares. Or, ce qui est rare est cher… En réponse, les Français doivent adopter des comportements et des modes de consommation différents à la fois pour préserver leur pouvoir d’achat et pour préparer l’avenir. Concrètement, il s’agit par exemple de conduire moins vite, plus souvent en sous-régime qu’en surrégime : sur autoroute, lever le pied, c’est rouler intelligent. (…)

Il faut de temps en temps oublier son véhicule au profit de ses deux jambes et de ses deux-roues. Sur des petits trajets, quand on n’est pas très chargé, pourquoi ne pas laisser la voiture au garage ? Dans les grandes agglomérations ou dans les petites villes de province, utilisons les bicyclettes. C’est parfois presque aussi rapide et plus économique. Les transports en commun sont considérés en France comme de grande qualité. » Ce sont des propos que, mes élèves le savent bien, je tiens depuis longtemps et il me plaît de les voir repris en si haut lieu…

Mais il faut aller plus loin, en particulier en repensant une politique d’aménagement du territoire qui réduise les distances entre lieu de travail et résidence ; en privilégiant, pour les branches d’activité pour lesquelles c’est possible, le « télétravail » grâce à l’ordinateur et à la Toile ; en améliorant les réseaux de transport en commun et en privilégiant le maintien et l’ouverture de lignes ferroviaires entre les petites villes de province et les métropoles régionales… Vaste programme, à l’heure où la métropolisation et la rurbanisation semblent faire fi des exigences d’économie d’énergie et du souci environnemental…

Une dernière remarque : l’automobile a été présentée depuis ses origines, en particulier à travers la publicité, comme « la liberté ». Il semble que la crise actuelle montre combien elle est devenue une « charge » et une « contrainte » qui se pare de la vertu de mobilité et de rapidité pour se légitimer aux yeux des consommateurs qui semblent ne plus pouvoir s’en passer… En sont-ils esclaves à ce point ? Personnellement, je ne conçois la voiture que comme un moyen et non comme une obligation, ce qui me permet de bien supporter cette crise et de ne pas en être dépendant : du coup, mon budget n’en souffre pas vraiment et mon pouvoir d’achat n’a pas diminué…


 

postheadericon Les femmes manquent...

Depuis quelques années, j’évoque à mes élèves une forme de migrations encore inconnue des manuels scolaires mais rendue inévitable du fait des nouvelles données démographiques des principales puissances émergentes que sont la Chine et l’Inde : il s’agit des migrations sexuelles qui répondent au déséquilibre de plus en plus fort entre garçons et filles, au détriment de ces dernières. L’hebdomadaire Marianne vient d’y consacrer un très intéressant (et inquiétant) dossier qui rejoint mes propos et mes préoccupations sur ce sujet particulier, à travers (entre autres) un article de Luc Richard sur la situation démographique chinoise qui s’avère fort préoccupante : « La Chine aux 11 % de croissance manque de millions de femmes, ce qui précipite le pays dans une fracture démographique sans précédent. Le nombre de naissances est de 117 garçons pour 100 filles, selon les dernières statistiques. (…) Alors, à qui la faute ? A la politique autoritaire de l’enfant unique. Lancée en 1979 par le pouvoir communiste pour casser l’expansion démographique chinoise, elle limite à un seul le nombre d’enfant par couple, à l’exception des ruraux qui ont droit à un deuxième enfant si le premier est une fille. » Mais le problème du déséquilibre touche aussi les pays du « Nord » d’Asie comme la Corée du Sud ou Taïwan : « Dans ces sociétés asiatiques, qu’elles soient urbaines ou rurales, autoritaires ou non, la sélection s’exacerbe en cas de baisse de fécondité », en particulier parce que dans le monde asiatique, le garçon est valorisé comme le porteur du nom de la famille et « assurance » des vieux jours des parents. Et la modernité permet de choisir le sexe de l’enfant à venir ou, plus exactement, de savoir ce qu’il sera, dès les premiers temps de la grossesse : « C’est grâce aux techniques de l’échographie ou de l’amniocentèse, généralisées dans les années 80, qu’il est possible de connaître le sexe du fœtus. Bien qu’illégaux, les avortements sélectifs font disparaître chaque année environ 600 000 petites filles ». La science au service de la sélection humaine…

Ce dont s’inquiète aussi Martine Gozlan, qui voit au-delà même des tests prénataux les ravages d’une société scientiste digne, en définitive, du « Meilleur des mondes » d’Aldous Huxley : « Car les savants (…) inventent l’utérus artificiel. (…) L’ectogénèse en termes chics. Selon l’honorable biologiste Henri Atlan, « tout devra se passer dans une espèce d’incubateur assurant les fonctions normales d’un utérus, du placenta et de l’organisme maternel lui-même en tant qu’appareil nutritif et d’excrétion, ainsi que sources de stimulations diverses de plus en plus étudiées ». Et c’est pour quand, docteur ? « Dans un avenir pas très éloigné. » ». En bref, comment se passer, demain, des femmes puisque la reproduction même leur échappera…

Pour en revenir à la Chine et à l’Inde, elle aussi touchée par ce déséquilibre hommes-femmes, l’avenir se présente sous les couleurs d’une société « sans femmes », en particulier dans les campagnes : il n’est pas certain que cela soit une excellente chose et les frustrations risquent bien de déboucher sur de véritables crises, voire une explosion de la délinquance sexuelle et, surtout, sur ces fameuses migrations sexuelles que j’évoque comme l’une des formes en expansion des mobilités humaines… N’oublions pas que les pays touchés par le déséquilibre des sexes comptent, à eux seuls, plus d’un tiers de la population mondiale (environ 2,5 milliards de personnes).

En devenant une « ressource rare » (pardon pour ces termes que j’emprunte au vocabulaire économique, si frustre, et qui ne qualifie pas les femmes dans leur humanité propre), les femmes risquent de devenir un enjeu à la fois économique et géopolitique : une raison de guerre ? Si tel devait être le cas, cela nous ramènerait aux débuts de l’humanité, la technique atomique et les sciences en plus, avec les conséquences imaginables que cela peut entraîner… Il est temps de rappeler, haut et fort, contre les apprentis sorciers et la logique de Marché, que, selon l’adage chinois, « il faut un garçon et une fille pour que la paire soit complète », ce que notre civilisation, à travers sa propre littérature, a traduit en d’autres termes : « la femme est l’avenir de l’homme ». L’oublier, c’est condamner l’humanité toute entière et sortir de toute civilisation…

 
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