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postheadericon La comédie présidentielle de la sécurité.

L’installation d’un nouveau préfet en Seine-Saint-Denis a été l’occasion d’une polémique sur la manière dont celle-ci a eu lieu, et en particulier sur la fermeture, trois jours d’affilée, de la préfecture de Bobigny elle-même, sur ordre, semble-t-il, des services de l’Elysée… Les administrés, eux, n’ont même pas été prévenus, au risque de se heurter à une porte close lorsqu’ils venaient effectuer des démarches parfois prévues de longue date ! Mais c’est devenu une habitude de tout bloquer de la vie d’une administration ou de mobiliser des effectifs pléthoriques de forces de l’ordre quand l’actuel président se déplace quelque part, au moment même où les effectifs de police se réduisent d’année en année, « remplacés » comme l’évoquait (et s’en félicitait !) un ponte de l’UMP ce matin, par des systèmes de vidéoprotection…

 

Deux remarques : la première c’est l’écart grandissant entre un pays légal, « présidentiel », qui se coupe délibérément des populations par sa pratique méprisante de ses prérogatives, oubliant par là-même ses devoirs d’Etat, et un pays réel qui réclame la sécurité, non pour les seuls déplacements présidentiels mais pour la vie quotidienne dans les quartiers, les villes comme les campagnes ! Est-il normal que l’on mobilise des centaines de policiers ou de gendarmes pour un discours présidentiel au risque de manquer d’effectifs, le même jour, pour assurer la simple sécurité urbaine, par exemple ? L’Etat, qui parle constamment (et ce n’est pas forcément anormal) de faire des économies, devrait, en sa tête, donner l’exemple et faire preuve d’un meilleur usage des deniers publics : il ne s’agit pas de supprimer toute protection d’un Chef de l’Etat forcément exposé de par sa fonction (cela serait, évidemment, et absurde et dangereux !), mais d’être moins dispendieux et d’appliquer, en ce domaine comme en d’autres, la juste mesure.

 

Deuxième remarque : la vidéoprotection ne sert à rien si les moyens humains sont réduits au point de ne pas pouvoir exploiter les données enregistrées par les caméras placées désormais aux quatre coins des grandes villes ! On a sans doute de très belles images des agressions de personnes sur les quais de métro ou à la sortie du tramway, comme à Grenoble dernièrement, mais les agresseurs savent se protéger des regards de l’objectif et tous les moyens techniques de contrôle ne valent que s’il y a des personnes derrière pour en tirer profit, et, mieux encore, pour éviter, par leur présence dissuasive, les incidents ou les méfaits !

 

La sécurité n’est pas qu’une question de moyens techniques, elle est aussi une question de volonté : car que peuvent les forces de l’ordre si, après être intervenues en tel ou tel endroit, la justice « ne suit pas », préférant relâcher des « présumés coupables », parfois pris en flagrant délit, pour le motif que les faits reprochés ne sont pas « assez » graves ou que les conditions d’interpellation ne sont pas totalement « réglementaires »… C’est d’ailleurs ce qui choque les citoyens ordinaires qui ne sont pas toujours au fait des subtilités administratives et qui ont l’impression que les malfrats sont toujours impunis (ce qui n’est heureusement pas le cas), et que ces derniers peuvent recommencer dès leur sortie de garde-à-vue !

 

Plus encore peut-être que le sentiment d’insécurité, c’est le sentiment d’impunité des malfrats et des voyous qui agace les citoyens, et c’est celui-ci qui renforce concrètement l’insécurité : est-il normal que des personnes qui, dans certaines cités, ont déposé plainte contre de jeunes violeurs, soient obligées, sous les menaces de leur « voisinage », de déménager de chez eux, ainsi chassés, non seulement par les « amis » et les familles des violeurs, mais par une sorte de « loi du milieu » (ce dernier mot étant pris au sens sociologique du terme, et non maffieux, même si, concrètement, cela y ressemble…) qui veut que l’on ne doit rien faire contre les gens du quartier, fussent-ils les pires des salauds ! On est loin de la scène finale du film « Le plus beau métier du monde » dans laquelle tout le quartier se retrouvait soudé contre les voyous ! Bien sûr, cette loi d’airain des cités sensibles n’est pas systématique mais elle est tout de même assez générale pour ne pas être démentie, malheureusement…

 

Il est une autre question qu’il faudrait aussi aborder : les problèmes de sécurité ne sont-ils pas liés, aussi et peut-être surtout, à une perte de repères et à une dévalorisation de valeurs telles que « le juste salaire pour une juste peine », l’honneur et l’honnêteté, le respect de la dignité d’autrui, l’attachement à un certain équilibre social, condition de toute justice sociale ? Dans un monde où l’argent (et particulièrement l’argent facile !) est devenue « la » valeur (sic !) suprême, comment la fin, cette fin-là, ne justifierait-elle pas les moyens, « tous les moyens », même les plus indignes, pour l’obtenir ?

 

Triste monde, triste République…

 

postheadericon Des Gaulois à Hugues Capet.

 

Dimanche matin, j’ai prononcé à Paris une petite conférence dans le cadre du « Cercle Lutétia », cercle d’études du Groupe d’Action Royaliste, sur le thème « Nation et unité française ». En voici ci-dessous la première partie de son résumé.


« La formation de l’unité française »


Il est important de connaître l’histoire, non pas pour la saisir comme une matière morte, mais plutôt comme le champ des expériences passées et le terreau des leçons politiques.


Ce cercle porte sur la formation de l’unité française, c’est-à-dire sur les fondements de la nation française, sur les fondations d’une unité historique, mémorielle, celle-là même que l’on nomme, parfois sans un total discernement, l’identité française.


Au début il y a la Gaule, et la formule « Nos ancêtres les Gaulois » n’est pas si absurde que cela quand on y prête attention (ce que faisait justement remarquer Jean-Edern Hallier), car il s’agit d’appréhender et de penser la formule comme un symbole d’ascendance nationale, historique et non ethnique ! Nous ne descendons pas tous des Gaulois au sens ethnique, mais au sens « national », au-delà de l’appartenance ethnique, culturelle, religieuse. C’est d’ailleurs tout le sens du propos de Bainville, rappelé dernièrement par Rachid Kaci dans son livre « Comment peut-on être français ? » : « Le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation. »


Mais c’est la colonisation romaine qui voit le début d’une unité, qui dépasse les multiples divisions gauloises, qui formalise des « provinces gauloises » de l’empire et qui trace une trame urbaine et routière, dont le réseau actuel est l’héritage.


Les invasions barbares qui bousculent l’ordre romain et traversent ce qui n’est pas encore nominalement la France inscrivent aussi dans l’histoire des éléments de l’unité que l’on retrouve encore aujourd’hui, ne serait-ce que le nom de « France » qui nous vient des Francs, terme qui signifie « hommes libres » et qui peut, après tout, expliquer le caractère de liberté nationale, qualifiée d’indépendance, et la volonté de ne dépendre d’aucune autre force que de celle qui soit issue d’elle-même… En ce sens, ne serions-nous pas encore plus les ancêtres des Francs, sur le plan du caractère géopolitique, que des Gaulois qui, après tout, se sont très vite ralliés à la « pax romana » ?


Clovis, par son baptême, inscrit la marque chrétienne, et particulièrement romaine, dans la définition de la France. Mais la forme de son baptême permettra aussi de préserver l’indépendance du politique à l’égard du religieux et de la tentation théocratique pontificale telle qu’elle se manifestera au milieu du Moyen-âge : en descendant du ciel, comme l’indique la tradition, la colombe qui apporte l’ampoule de saint-chrème qui servira au sacre des rois de France permet au monarque de signifier que sa légitimité sacrée ne vient pas de Rome et du Pape mais directement de Dieu. En fait, la théorie du « droit divin » est aussi un moyen fort politique d’éloigner Rome des affaires du royaume…


Si les mérovingiens et les carolingiens, en définitive, n’arrivent pas à stabiliser leurs constructions politiques, c’est en 987 qu’a lieu la véritable révolution politique qui permet de repérer l’acte de naissance de la France, de son unité qui, désormais, s’inscrit dans la réalité durable, politique comme géopolitique : l’année de l’accession au trône de « Rex Francorum » d’un Robertien, Hugues Capet, ce roi fondateur de la « nation France », roi dont on n’a aucun portrait d’époque quand il est pourtant fondamental et bien réel au regard de l’histoire !


Son règne, plutôt court, est néanmoins déterminant, même si c’est le recul historique qui nous permet de vraiment le discerner et le comprendre :


1.     : Hugues Capet décide qu’il n’aura qu’un seul successeur à la tête du domaine royal et que ce sera son fils aîné, qu’il fait d’ailleurs sacrer de son vivant pour mieux « l’installer » et ainsi dépasser le rite de l’élection qui devient juste une confirmation de cette succession et non la vraie désignation du monarque…


2.     : Désormais, le domaine royal, qui est alors fort réduit et plutôt dispersé (Paris, Poissy, Mantes, et quelques terres dans l’Orléanais, etc., ce qui représente un « gros » département français d’aujourd’hui, guère plus !), devient inaliénable et, donc, le roi n’en est pas le propriétaire mais le dépositaire. Quant aux autres terres dont les seigneurs sont les suzerains quand ils sont aussi les vassaux du roi, elles prendront d’ailleurs vite leurs distances avec les Capétiens, auxquels il ne reste rapidement que leurs possessions devenues, comme déjà signalé, « domaine royal »… Ainsi, c’est ce domaine qui est la « première France », le noyau dur auquel vont, au fur et à mesure des siècles, s’agréger de nombreux et nouveaux territoires qui en deviendront des provinces : le règne d’Hugues Capet est le début d’un processus de formation de ce qui deviendra l’hexagone métropolitain et qui sera pratiquement achevé quand éclatera la Révolution française !


3.     Sur ce domaine, le roi n’est plus seulement suzerain suprême, « le premier des nobles », mais bien un véritable « souverain » qui s’impose à tous, au-delà même des simples liens féodaux classiques : c’est là aussi le début d’un processus, celui de la construction de l’Etat, de ce même Etat qui, comme signalé plus haut, « fait la France » dans un effort politique et géopolitique multiséculaire.



En somme, si « les rois ont fait la France », c’est Hugues Capet qui, par sa politique personnelle, engage véritablement le processus et le rend possible en lui donnant les moyens de s’inscrire dans la durée, au-delà de sa seule personne mortelle…






(à suivre)


 

postheadericon La Rumeur...

J’ai une révélation à faire et une rumeur à lancer : Rachida Dati est la maîtresse de Carla Bruni-Sarkozy, la femme du président… mais, chut ! Ne le dîtes à personne, ou alors discrètement… Comment ? Vous le saviez déjà ? Mais qui vous l’a dit ?

 

Je rassure mes lecteurs : ce n’est pas une information, même pas une rumeur, c’est juste un mensonge, un délire pur et simple. Certes, je complote contre la République, la sarkoziste comme les autres, mais je le fais à ciel ouvert, à visage découvert (et sous mon vrai nom, sans pseudonyme…), et je ne pratique pas cette « politique des boules puantes » dénoncée par le général de Gaulle ! La politique ne peut être, au sens noble du terme, cette boue qui se déverse aujourd’hui sur la Toile, dans la presse, les médias. Mais il semble que les égouts de la médiocratie actuelle débordent, au risque d’ensevelir tout débat politique sous une fange épaisse de ragots et de calomnies…

 

Et, dans le même temps, ceux qui ferraillent à fleurets parfois démouchetés, les pamphlétaires, les humoristes ou autres polémistes, sont menacés des foudres de la Justice ou d’une « vigilance » qui rappelle, sur le plan moral, médiatique et parfois judiciaire, les heures les plus sombres de l’Occupation et de l’Epuration, la mise à mort physique en moins (heureusement…) !

 

Ainsi, la Rumeur pollue les débats politiques (ou les noie sous un déluge d’informations incontrôlées et souvent invérifiables), ceux-là mêmes que l’on veut éviter en « moralisant » (sic !) et en judiciarisant les lices politiques, au nom d’une bien-pensance dont Georges Bernanos a, en son temps, dénoncé les aspects les plus hypocrites et malsains. Cette situation m’insupporte !

 

De Maurras, il est une citation que j’ai conservé dans mon panthéon personnel : « les libertés ne s’octroient pas, elles se prennent », formule que j’ai, à ma façon, traduite et complétée en cette devise que j’ai fait mienne : « la liberté, ça ne se renifle pas, ça se respire ! ».

 

Je préfère les vigueurs et les excès de la polémique, voire de la caricature (même « bête et méchante », pourvu qu’elle ne verse pas dans l’indignité), aux étouffoirs de la « bonne conscience » et du modérantisme moralisateur. Et, si je distingue les uns des autres, si j’approuve les uns et combats les autres, je veux pouvoir entendre Gerra, Guillon, Zemmour, Naulleau, Kahn, Ménard, Siné, Lévy (Elisabeth comme Bernard-Henri…), etc.

 

Car ce n’est pas en interdisant ceux qui ne pensent pas comme soi ou se bouchant les oreilles à leurs propos qu’on peut les comprendre et, éventuellement, les combattre efficacement, les désarmer intellectuellement, les convaincre de leurs erreurs…

 

Dans ma prime jeunesse, j’ai aimé les articles cinglants de Jean-Edern Hallier, son côté excessif et parfois complètement injuste, de mauvaise foi, souvent irrespectueux ! Mais, quelle plume ! Quelle audace si l’on compare avec les filets d’eau tiède qui sortent des robinets de l’information officielle et de la pensée dominante ! Et j’ai toujours préféré la colère à l’hypocrisie ; la violence des mots à la brutalité physique pour laquelle je n’ai guère de penchant naturel ; la liberté passionnée à la servitude pensionnée !

 

La liberté du polémiste est la respiration du débat : supprimez-la, et la politique se meurt… Il est significatif que, alors que l’on voue au pilori les polémistes « à découvert », ce soit la Rumeur qui envahisse de sa puanteur le champ du politique.

 

« Messieurs les censeurs, bonsoir ! » : Maurice Clavel nous manque s’il reste le souvenir de son coup de colère devant les caméras de télé, un soir de l’ère pompidolienne. Il pourrait, aujourd’hui, pousser ce nouveau cri du cœur et de la raison : « Madame la Rumeur, je vous hais ! »…

 

postheadericon Qu'est-ce que la nation ? Essai de réponse.


Le récent débat sur « l’identité nationale » a souvent tourné à la confusion, en particulier à cause du refus de débattre d’une partie de la Gauche, à mon avis à tort. Les royalistes, s’ils ont pu écrire sur ce sujet à de nombreuses reprises ces dernières décennies, n’ont pas, pour autant, épuisé le sujet, loin de là, ne serait-ce que parce qu’il est par nature toujours renouvelé même si certains principes paraissent plus intangibles que d’autres…


Mais, au fait, qu’est-ce que la nation ? Ou plutôt, comment la définir, voire la délimiter ? Au regard des temps présents, il me semble qu’il faut revenir à cette première et principielle question, ne serait-ce que pour préciser de quoi l’on parle et éviter des confusions forcément regrettables en politique.


Le terme de nation est polysémique, et cela peut-être dès l’origine, même si les dernières décennies ont accentué ce caractère, ce qui l’a rendu moins lisible pour les intellectuels comme pour les populations. Cette polysémie n’a cessé d’alimenter les débats et les malentendus (voire les récupérations et les malhonnêtetés…). Aussi, définir ce qu’on appelle la nation n’est pas anodin mais permet de préciser le sens profond de la pensée qui la définit, ici monarchiste française, et par conséquent de la politique à mener. Cette définition de la nation s’entend donc comme française ou, en élargissant le champ d’application, « à la française », sans que cela empêche les autres pays de se penser eux-mêmes, en référence à leur histoire et à leur environnement, en particulier géopolitique. Définition non pas limitée dans le temps, mais délimitée dans l’espace territorial et mémoriel de la France.


Tout d’abord, rappelons avec Maurras que « l’idée de nation n’est pas une nuée ; elle est la représentation en termes abstraits d’une forte réalité », qui prend souvent les caractères d’une évidence ou d’une « immédiate perception », autant dans l’affirmation « naturelle » que dans sa dénégation par certains de ses habitants du moment, une perception fortifiée ou, au contraire, parfois déconstruite par l’éducation ou les médias, particulièrement en ces temps de mondialisation libre-échangiste et de néo-nomadisme territorial comme social. Cette nouvelle donne mondiale nous rappelle aussi que « nous ne faisons pas de la nation un Dieu, un absolu métaphysique » mais un point de référence, de départ et que nous reconnaissons en elle un cercle d’appartenance, synthétisant et sublimant d’autres appartenances (famille, commune, profession, province) et, en fait (comme en sentiment le plus souvent), « le plus vaste des cercles communautaires qui soient (au temporel) solides et complets », qualificatifs qu’il serait maladroit d’oublier.



Cela posé, insistons sur ce que la nation n’est pas, pour dissiper quelques préjugés bien (malheureusement) établis (y compris chez certains « nationalistes » autoproclamés).


La nation n’est pas une ethnie et ne l’a jamais été : elle a toujours dépassé ce cadre d’appartenance en ne confondant jamais les limites ethniques avec les limites nationales. La France est composée d’ethnies, un mélange de Celtes, de Gallo-romains, de Francs et de bien d’autres encore qui sont venus au fil des siècles et de leur histoire. Il n’y a pas d’ethnie française, mais une nation aux mille particularités, de toutes les couleurs grâce aux DOM-TOM et par les mouvements migratoires vers la métropole.


La nation française ne se définit pas par la langue (certains diraient « pas seulement », ce qui se défend), car la langue française n’est pas la seule langue de France. Malgré l’arasement des cultures provinciales, les langues celtiques, gallèse, germaniques, basque, provençale… perdurent et participent à la diversité linguistique et culturelle de notre pays. D’autre part, toutes les populations de par le monde (et particulièrement en Europe) qui parlent français ne sont pas « revendiquées » par la France ni par les nationalistes dignes de ce nom : il n’y a pas de « panfrancisme » (sic !, car le terme n’existe pas, ce qui est révélateur en soi) comme il y a un pangermanisme ou un panslavisme. Cela n’empêche pas que la langue commune des Français serve de point d’appui à l’influence française dans le monde, par le biais de la francophonie, véritable alternative à la domination linguistique (entre autres) des Anglo-Saxons.


La nation française n’est pas un « contrat », même si une part d’assentiment (un « consensus minimum ») est nécessaire pour maintenir la cohésion de l’ensemble français. En fait, la nation préexiste à la naissance, et celle-ci, le fait de « naître là », n’est pas anodine, car elle engage alors notre existence sans forcément l’entraver, au contraire. N’ayant pas choisi notre naissance, ni le « lieu » de celle-ci (famille et nation d’appartenance de celle-ci, espace territorial et historique), elle nous engage, et c’est par rapport à elle (même quand l’on « s’en dégage ») que nous nous déterminons. En ces temps de « mobilité spatiale », certaines personnes, d’origine étrangère, peuvent choisir de vivre en France et en tant que Français, mais cela engage doublement, car il s’agit de se « dégager » d’un « lieu-lien » social pour s’investir, s’enraciner dans un espace historico-politique déjà établi : cela n’est pas toujours facile (que d’échecs !), mais c’est possible, surtout quand la communauté (et son « liant social ») d’accueil (le lieu d’arrivée et d’implantation en France) est solide, bien structurée, consciente d’elle-même et de ses devoirs.


Pierre Pujo (à droite), combattant infatigable de "la plus grande France", de Mayotte à Dunkerque. Photo de juillet 1981, au Camp Maxime Real del Sarte, université d'été royaliste de l'Action française.


Ainsi la France, qui ne peut être définie par l’ethnie (inexistante au singulier) et la langue (s’il en est bien une qui s’avère commune et dominante, mais pas unique, en France), est le fruit d’une longue histoire faite de conflits, de crispations et d’échecs, de victoires et d’habitudes, de synthèse des « différences » sans uniformisation… Fruit et fait d’histoire, comme le souligne le maurrassien Nicolas Portier dans les années 90 : « Il est clair que nous devons partir de la seule définition possible de la nation : celle qui consiste à la concevoir comme un fait d’histoire, le résultat d’une politique fédérative ayant généré une unité de destin. L’unité n’a été qu’un aboutissement, la récompense d’un travail patient dont la monarchie a été l’artisan-fédérateur. C’est cette fédération qui a permis l’unité dans la diversité. La France est un agrégat d’éléments hétérogènes même si elle se caractérise dorénavant par un substrat commun ; le tout étant plus que la somme des parties ». Notre nationalisme, ni nationalitarisme ni jacobinisme, est humilité devant les faits et l’histoire : mais il revendique, parfois vivement mais toujours utilement, l’existence et l’indépendance d’une France sans laquelle nous ne serions que des orphelins anonymes et sans espérance


 

postheadericon L'euro sans le social : une catastrophe annoncée...

La lecture de quelques articles datant d’avant la mise en place de la monnaie unique européenne s’avère parfois fort instructive : ainsi celle de ceux publiés par la revue « Géopolitique » dans l’année 1996 sous le titre général de « Monnaie unique : le débat interdit. ». J’ai en particulier relevé l’article du professeur d’économie politique Wilhelm Hankel, fort critique sur le concept même de cette monnaie, à l’époque encore annoncée et pas encore pratiquée : le titre, qui à l’époque pouvait choquer certains, résonne étrangement et douloureusement aujourd’hui : « La dynamite qui fera sauter l’Europe »… Il est vrai qu’au regard des propos fort peu amènes et très peu solidaires des dirigeants allemands, chancelière en tête, à l’égard des Grecs, le titre apparaît prémonitoire !

 

Il est d’autant plus intéressant de relire cet article que, toujours à l’époque, qui osait remettre en cause les bienfaits annoncés de l’euro passait alors pour un « retardé » ne comprenant rien aux lois de l’économie ou, pire, un nationaliste grincheux, voire dangereux ! Pourtant, l’histoire nous enseigne tout de même une certaine prudence à l’égard des « pensées magiques » ou des idéologies obligatoires… Et le vieux royaliste que je suis, toujours inquiet pour les siens (au sens large du terme), préférait aussi penser aux risques et aux conséquences d’un échec pas totalement impossible de cet euro trop beau (y compris dans les manuels scolaires des années 1990, à relire pour saisir certains aveuglements du moment…), trop vanté pour être totalement rassurant, voire honnête ! Non que je souhaitais forcément cet échec mais que je ne voulais pas méconnaître cette possibilité, tout simplement : un homme averti en vaut deux… Sans doute aussi de ma part une application de la méthode maurrassienne de « l’empirisme organisateur » tant de fois rappelée dans les cercles d’études de l’Action Française : en somme, prudence et humilité, ce qui n’empêche pas l’audace mais évite, ou cherche à éviter, la course à l’abîme.

 

L’euro a été fait et il a déçu, et il déçoit : l’idée elle-même d’une monnaie européenne était-elle forcément mauvaise ? Peut-être pas, sauf qu’il me semble qu’une « monnaie commune » plutôt qu’unique aurait été plus crédible et plus pratique, laissant aux Etats, en même temps que leur monnaie respective, une part de souveraineté monétaire et donc la possibilité d’adapter leur politique propre aux contextes et aux enjeux du moment… Cette cohabitation de monnaies nationales et d’une monnaie commune européenne était-elle possible ? Oui, et elle avait d’ailleurs été évoquée avant que la monnaie unique ne soit adoptée.

 

Que disait d’ailleurs cet universitaire allemand cité plus haut ? Que la monnaie unique était « prématurée – aucune des économies européennes n’a atteint une maturité suffisante pour elle, c’est ce que révèlent les soi-disant critères de convergence qui ne sont rien d’autre que l’aveu qu’elle est irréalisable sans sacrifices substantiels et sans dommages sociaux. » Effectivement et comme le souligne plus loin ce même économiste, c’est le social qui fait les frais de cette politique de monnaie unique, mais cela était annoncé par le Traité lui-même : « On n’y trouve même pas le mot « social » », au chapitre portant sur la politique monétaire, rappelle-t-il ! De plus, « les critères ne s’appliquent qu’à l’accès à l’Union monétaire et non pas à l’appartenance à celle-ci – raison pour laquelle il faut sans cesse améliorer le Traité ». Il faut relire ces lignes car elles disent tout de la situation actuelle de la Grèce et des difficultés qu’elle rencontre aujourd’hui, après son entrée « indélicate » dans la zone euro, indélicate au regard de ses manœuvres plutôt frauduleuses mais sur lesquelles la Commission européenne avait alors fermé les yeux (pour des raisons aussi peu honorables que les pratiques hellènes, mais plus idéologiques qu’économiques…). Elles disent aussi l’hypocrisie d’une Union européenne qui a « oublié », régulièrement et naturellement, « le social », au point que toutes les campagnes européennes se font désormais, à gauche (et plus en France qu’ailleurs…), sur cette antienne, preuve a contrario s’il en fallait que l’actuelle Union n’est guère sociale et n’a pas été construite sur cette préoccupation pourtant nécessaire à l’harmonie des sociétés humaines et politiques !

 

Les royalistes ne cessent de clamer que « l’économie doit être au service des hommes » et non au profit de quelques uns, aussi brillants soient-ils : sans justice sociale, il n’y a pas d’équilibre social qui tienne ! Que l’euro ait été pensé (et validé) sans référence au social explique aussi les souffrances des salariés, mais aussi la colère populaire qui monte, en Grèce, au Portugal et en France, entre autres…

 

 

 

 

 

(à suivre)

 
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