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postheadericon De Mao à Maurras ? (partie 2)

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« Mao ou Maurras ? » : cette interrogation, ce dilemme pourrait-on dire, donna lieu au début des années 70 à un livre-débat entre le maoïste Philippe Hamel et le royaliste Patrice Sicard, et l’on pouvait alors constater que, au-delà des oppositions visibles et des bagarres de rue (ou plutôt de campus…) entre étudiants d’AF et jeunes maos, le débat était effectivement possible et que quelques similitudes entre les diagnostics et les espérances des uns et des autres se faisaient jour… Il y eut d’ailleurs, dans ce même temps, des passages d’un camp à l’autre, et, quelques années après, des « retours » à la « maison mère » pour ceux qui avaient, un temps, préféré la lecture du « petit livre rouge » à « l’enquête sur la monarchie » : Jean Birnbaum, dans son livre « Les maoccidents », évoque le cas de Guy Lardreau qui, en 1961, demandait à ses camarades de lycée d’arborer une cravate noire à la date anniversaire de la mort de Louis XVI avant de devenir un des plus virulents militants maoïstes de la « Gauche Prolétarienne »…


Au début des années 70, le débat entre un militant maoïste et un militant royaliste...


C’est la rencontre avec le philosophe Maurice Clavel, catholique fervent et, selon Birnbaum, « ancien maurrassien et désormais ange gardien des maoïstes », qui semble déterminante pour expliquer l’évolution ou le retour (pour Lardreau, par exemple) vers Maurras et la « Contre-révolution » : « Jugeant que les uns et les autres étaient porteurs d’un même élan, il avait présenté les naufragés de la Gauche prolétarienne, qu’il qualifiait de « Chouans », à quelques jeunes royalistes qui lui apparaissaient comme des « gauchistes de droite ». ». Il est vrai que le refus de la société de consommation et de l’individualisme pouvait rapprocher les partisans de Mao et ceux du royalisme, encore fortement marqués par la figure tutélaire de Maurras, celui-là même qui avait fourni aux monarchistes du XXe siècle une véritable doctrine et fondé une école de pensée qui se voulait l’héritière critique et moderne des Joseph de Maistre et Louis de Bonald.


Maurice Clavel, célèbre pour son fameux cri « Messieurs les censeurs, bonsoir ! » un soir de débat télévisuel, avait entamé, dès les années 60, un débat prometteur avec Pierre Boutang, « fils spirituel » (mais « dissident » ou « prodigue », selon les interprétations) de Maurras, débat qu’il avait poursuivi avec les jeunes monarchistes « post-maurrassiens » de la Nouvelle Action Française dans les années 70. C’est ce même Clavel qui demandait aux maoïstes de ne pas négliger l’œuvre de Maurras et qui leur conseillait de rencontrer Boutang !


Les conseils de Clavel ont sans doute permis de lancer des ponts entre Mao et Maurras, au point de voir certains anciens maoïstes regretter la place si minime laissée à ce dernier dans la réflexion contemporaine : ainsi, Christian Jambet, aujourd’hui spécialiste reconnu de l’islam, et le philosophe Jean-Claude Milner… Sans doute est-ce le fait que Maurras remette en cause les fondements mêmes de la société issue de la Révolution de 1789, son « droit-de-l’hommisme » négateur des diversités provinciales ou communautaires, la « mort du Père » qu’elle entraîne (concrétisée politiquement par l’exécution du roi en janvier 1793), etc. qui attire des maoïstes qui n’avaient épousé la cause de Mao que par la volonté de rompre avec une société figée dans son individualisme consumériste, oublieuse de l’histoire de ceux qui l’avaient précédée et devenue ce monde marchand où la pensée devient un « détail » presque superflu, ce monde « a-révolutionnaire » qui singe la révolution pour mieux la stériliser


Pierre Chaunu disait que Maurras en finissait, par sa doctrine et la pratique de sa polémique, avec les « salamalecs » à l’égard de « 1789 » et de la « politique de la table rase », et qu’il rompait  avec les fondements mêmes du « grand déclassement » : c’est sans doute cette rupture-là qui a pu attirer des maoïstes désireux de rompre, eux aussi, avec « L’Occident des Lumières » : « La cible ultime s’appelle Occident moderne. A cet Occident-là, issu des Lumières, qui prétend débarrasser l’individu des contraintes de la tradition, ils en opposent un autre, respectueux de son héritage, et qui affirme le primat de la communauté culturelle. Etre d’Occident, ici, ce n’est pas appartenir à une même ethnie, encore moins à une même « race », c’est partager des symboles, incarner une langue, reconnaître les événements spirituels par quoi cette civilisation s’est construite : miracle grec, droit romain, éthique biblique, révolution chrétienne, voire pensée libérale. (…)

C’est donc admettre qu’on n’échappe pas à son héritage, accepter la toute-puissance de l’origine, l’absolue suprématie du naître : « Notre société natale nous est imposée. […] Nous avons seulement la faculté de l’accepter, de nous révolter contre elle, peut-être de la fuir sans pouvoir nous en passer essentiellement », écrivait Maurras. « Vous aurez beau devenir sociologue, révolutionnaire, Juif réformé, vous ne changerez rien à ce fait foncier, fondamental, initialement et destinalement : vous êtes nés, du début jusqu’à la fin », prévenait de son côté Benny Lévy, dont les textes sont maintenant lus avec une bienveillante attention par certains héritiers de l’Action française, et en particulier par les élèves de Pierre Boutang. »



(à suivre)