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postheadericon Pierre Pujo (1929-2007)

Le directeur « historique » du journal « L’Action française », anciennement « Aspects de la France », Pierre Pujo, est décédé le samedi 10 novembre. Les Manants du Roi lui ont consacré un bel hommage : http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article61103.php .
Je l’avais lu pour la première fois en juillet 1980, quelques jours avant la mort d’un autre grand nom de l’AF d’après-guerre, Pierre Juhel. Il m’avait fallu attendre la fête des rois de janvier 1981, à Nantes, dans le local baptisé « Centre Pierre Juhel », pour le rencontrer physiquement et discuter quelques minutes avec lui : jeune militant fraîchement « converti » à la Monarchie, j’étais curieux de rencontrer celui qui était le directeur de l’hebdomadaire royaliste que je vendais tous les dimanches à la sortie des églises de Rennes. Il avait fait preuve d’une grande attention et patience à mon égard, et cela m’avait favorablement impressionné. C’est d’ailleurs un trait de caractère qui a marqué tous les jeunes qui l’ont connu et ont devisé avec lui, ce qui ne l’empêchait d’être intransigeant, voire têtu au point de décourager ses contradicteurs…
Participant au Camp Maxime Real del Sarte de 1981 à 1986, nous avions souvent de longues discussions autour des idées et de la façon dont diffuser et améliorer le journal, et je crois bien que c’est moi qui l’avait convaincu, lors du camp 1984, à Beuxes, d’adjoindre une fleur de lys au cartouche « Aspects de la France » pour mieux montrer la spécificité royaliste de cet hebdomadaire : nous avions évoqué ce sujet au moins une bonne demi-heure devant la grange qui nous servait de salle de conférences et, au moment où un certain nationalisme électoral perçait, il me semblait d’autant plus important de rappeler que tout nationalisme était condamné à la dérive et à l’échec s’il ne devenait pas, selon la formule consacrée, « intégral » c’est-à-dire s’il ne concluait pas à la Monarchie.
Je devais le revoir très fréquemment, et même presque quotidiennement dans les années 90, plus précisément entre l’automne 1992 et l’automne 1997, lorsque je participais activement à la rédaction de « L’Action Française » et aux activités militantes de « la Restauration Nationale », avant que celle-ci ne se sépare du journal. Je me souviens de l’époque où je rédigeais la « revue de presse » (en hiver et printemps 1993 et 1997), lorsque, de retour de Versailles ou de Rennes et avant de partir travailler à Saint-Cyr-l’école ou aux Mureaux le lundi matin, je déposais mon article chez Pierre, rue de la Pépinière, juste à côté de la gare Saint-Lazare.
Je me souviens aussi des petites réunions amicales que nous faisions chez lui pour fêter la nouvelle année et les rois, vers le milieu du mois de janvier, tout comme d’une nuit où j’avais dormi chez lui avant de partir animer ensemble une réunion d’Action Française : le soir précédent, il m’avait montré quelques photos de camps qu’il avait prises dont l’une montrait Bertrand Renouvin (actuel dirigeant de la Nouvelle Action Royaliste) allongé dans une sorte de sarcophage… Cette photo remontait aux années 60, bien sûr, mais malgré l’éloignement des uns et des autres à partir des années 70, il gardait des souvenirs attendris, parfois amusés, de l’époque précédente.
Un autre souvenir : un été, sans doute en 1985 ou 86, mon ami Eric Letty, alors journaliste à « Aspects », et moi-même sommes partis pour Ferrières-en Gâtinais, lieu de villégiature familiale de Pierre Pujo. Après un bon repas chez Pierre, celui-ci nous emmena au « son et lumière » de ce gros bourg de l’Orléanais et dans lequel il jouait lui-même. Il nous laissa aux premières places et disparut alors dans l’église. Le spectacle commença et plus il avançait, plus la pluie qui s’était retenue toute la journée se faisait drue… Tout d’un coup, la porte de l’église s’ouvrit et apparut la grande silhouette de Pierre Pujo, en tenue de cardinal, le visage imperturbable, semblant fendre la pluie qui, par le jeu de lumières, formait un rideau mobile et blanchâtre: une image surprenante, qui nous laissa Eric et moi bouche bée. Il faut dire que ce Pujo cardinal avait quelque chose de totalement « hors du temps » et de très théâtral. Tout compte fait, la tenue de cardinal lui allait vraiment bien…
La dernière fois que je l’ai vu vivant, c’était il y a quelques semaines, dans les locaux du journal, à l’occasion d’un cercle d’études que je faisais sur la Monarchie, et j’étais bien loin de penser que c’était la dernière fois. Quelques jours auparavant, nous avions discuté de la « page sociale » que Frédéric P. proposait pour le journal et, malgré quelques réticences de départ, Pierre avait accepté cette page, au moins pour le numéro à paraître la semaine suivante.
Samedi 10 novembre, à midi : sortant des cours après quatre heures devant les élèves, je trouve un message sur mon téléphone portable. C’est Michel Fromentoux qui m’annonce la mort survenue dans la nuit de Pierre Pujo : son message s’achève dans un sanglot. Une page de l’histoire de l’Action Française vient de se tourner…