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postheadericon Les royalistes à la braderie de Lille,1982.

A la veille de la rentrée 1982, ayant quelques jours de vacances supplémentaires avant de faire mes premiers pas en fac de Droit, je décidais de rallier Lille pour aider les militants d’AF locaux (principalement la famille Théry) à tenir leur traditionnel stand royaliste à la célèbre braderie annuelle qui durait trois jours, jusqu’au lundi midi. N’ayant pas de voiture ni les moyens de prendre le train, maman me déposa à la sortie de Saint-Malo pour tendre le pouce en espérant la bonté d’un automobiliste ou d’un routier… En fait, je n’attendis pas très longtemps et je fus emmené par un camionneur jusqu’à Dunkerque où nous arrivâmes le soir. L’un des frères Théry vint m’y chercher et m’emmena à Armentières où résidait toute la famille : une grande maison où se mêlaient les souvenirs politiques et les marques d’une piété religieuse catholique vécue au quotidien.
Le lendemain, nous nous rendîmes au local de l’Action Française, situé non loin du centre-ville, où nous vîmes arriver quelques militants parisiens dont François Tabary et Aristote Morvan. Ce local était en fait un grand appartement qui pouvait loger une bonne dizaine de personnes et qui était décoré de grandes affiches monarchistes tandis que dans les placards il y avait des journaux de toutes les époques du royalisme : c’est là que je vis pour la première fois un exemplaire de « Nouveau régime », journal du « Centre royaliste de formation politique » des années 1945.
Les frères Théry, en particulier François, Jean-Marie (aujourd’hui malheureusement décédé) et Pascal, me firent visiter la ville, au fil des peintures d’AF : sur des murs gris d’immeubles ou sur les axes routiers s’étalaient de grands slogans peints au rouleau en blanc, tandis que l’on apercevait quelques reliquats des inscriptions de la NAF. De grands « Monarchie populaire » côtoyaient des slogans peu aimables avec la République, tandis que près d’une église un mur proclamait « Vive le trône et l’autel », symbole d’un royalisme encore très imprégné, dans le Nord, de forts accents religieux. En tout cas, les peintures d’AF semblaient éclipser les autres graffitis.
Dans la braderie même, les frères Théry avaient installé un stand de plusieurs mètres de long sur lequel s’étalaient journaux, tracts et brochures monarchistes, tandis que des affiches, certaines manuscrites, exprimaient notre message politique et que des drapeaux de Lille (fleur de lys blanche sur fond rouge, ce qui convenait fort bien à notre royalisme…) ou flamands flottaient au-dessus de nos têtes : c’était impressionnant parce que des milliers de personnes passaient devant notre stand chaque heure et que nous n’arrêtions pas de lancer des slogans pour appâter le chaland et d’entamer des discussions avec des curieux. A tour de rôle nous nous promenions dans la braderie, immense, nous arrêtant parfois aux stands de bouquins à la recherche de quelques titres de Maurras que nous n’avions pas, ou aux terrasses des cafés ou des stands de moules-frites où nous levions, sans aucun complexe, notre verre à la santé du Roi.
Durant près de trois jours, nous faisions ainsi du militantisme royaliste concret, sur le terrain, au contact des populations et la gouaille de François et de Jean-Marie lui donnait un air véritablement populaire, ce qui nous sortait du petit monde « lycéen et étudiant » auquel j’étais habitué.
Par la suite, chaque année jusqu’en 1986, je revins pour cette braderie de Lille devenue pour les royalistes de Paris et d’ailleurs un véritable point de rendez-vous militant, et qui constituait, en fait, « notre » rentrée politique…