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postheadericon Le Blog de Jean-Philippe Chauvin

postheadericon Délocalisations : l'hypocrisie des élus socialistes.

La décision du Syndicat des transports d'Ile-de-France de confier son contrat de plate-forme téléphonique à une société basée au Maroc a montré les contradictions, voire peut-être pire, de socialistes qui, désormais, cumulent tous les pouvoirs politiques, exécutif comme législatif, de l'Etat aux régions, et n'ont plus l'excuse d'un gouvernement de Droite qui pourrait les gêner... C'est aussi la démonstration que cette Gauche-là a les mêmes fondements idéologiques sur le plan économique que la Droite libérale précédemment au pouvoir : ce qui leur importe, à l'une comme à l'autre, ce n'est pas exactement la qualité du service ou le maintien de services publics locaux ou nationaux, mais bien la rentabilité, voire la profitabilité dans le sens le plus capitaliste du terme. Après tout, ce n'est pas une opinion forcément condamnable mais c'est une idéologie néfaste, en particulier pour ceux qui travaillent mais aussi pour l'environnement, les uns et l'autre étant ainsi trop facilement sacrifiés à des intérêts financiers et à cet alibi fourre-tout de la lutte contre les déficits... Bien sûr, ceux-ci existent et posent problème mais leur nécessaire réduction ne doit pas se faire au détriment des intérêts sociaux, nationaux et environnementaux.


L'argument principal du président socialiste de la région d'Ile-de-France, M. Huchon, est celui du « strict respect du Code des marchés publics », consolidé par celui de « l'offre la mieux disante », c'est-à-dire la moins coûteuse : il est vrai que l'offre du prestataire basé au Maroc est alléchante puisque le coût du travail horaire y est moitié moins élevé qu'en France et que la flexibilité des horaires y est maximale, avec un minimum de droits syndicaux et sociaux... « L'offre la mieux disante », selon l'expression employée par M. Jean-Paul Huchon, est donc celle qui, en définitive, est « la moins disante » sur le plan strictement social et évidemment sur le plan national et local ! Car, en définitive, cette décision menace 80 emplois en France, au moment même où le chômage explose littéralement et que certains annoncent 180.000 chômeurs de plus d'ici l'hiver prochain !



La réaction, justifiée, du ministre du Redressement productif, M. Montebourg, d'en appeler à reconsidérer cette décision, est fortement critiquée au sein même du Parti socialiste et paraît peu soutenue par le président François Hollande qui explique doctement qu'il n'est « pas favorable à une surenchère protectionniste » même s'il en appelle (cela ne mange pas de pain...) à l'attention des responsables publics sur la question de l'emploi en France... Ainsi, si je comprends bien l'actuel président, le fait de préférer sauvegarder des emplois en France plutôt que de contredire les règles d'un libre-échange rendues encore plus inégales par la mondialisation, serait la marque d'un « protectionnisme » visiblement considéré comme un « mal absolu » par ceux qui nous gouvernent... Alors qu'il aurait fallu rappeler la volonté du politique de ne pas laisser l'économique détruire l'équité sociale, M. Hollande, à rebours de ce que n'avait pas hésité à faire Outre-Atlantique Franklin Delano Roosevelt, préfère rester dans une logique qui privilégie l'Argent à l'Humain... D'ailleurs, dans la rage de déconstruction législative qui a agité la majorité socialiste au mois de juillet, certains aspects les plus condamnables de la politique sarkozienne ont été étrangement préservés, en particulier sur l'ouverture dominicale des grands magasins, et il n'y a même pas eu d'annonce sur ce sujet pourtant important... Il faudra pourtant bien rouvrir le débat et pas seulement au seulement au seul bénéfice des consommateurs !


Dans son édition du lundi 30 juillet 2012, le quotidien économique « Les échos »rappelle qu'un ancien ministre de l'Intérieur, en 2010, avait déclaré que « l'introduction d'un critère de préférence locale dans le Code des marchés publics est impossible car elle constituerait une méconnaissance des règles communautaires [européennes]», ce que confirme l'un des administrateurs du STIF, Philippe Sainsard, qui explique aussi que « nous ne pouvons pas tenir compte de la localisation d'un prestataire », car les lois européennes et celles de l'OMC ne l'autorisent pas : ainsi la dictature du libre-échange, à travers l'Union européenne et ses institutions politiques et judiciaires, a, avec un tel renoncement, de beaux jours devant elle !


Le document publié dans le journal "Les échos" lundi 30 juillet 2012 : un état des lieux inquiétant...


M. Montebourg a beau se battre contre une telle logique de l'abandon social, il me paraît bien isolé au sein d'un gouvernement et d'un Parti socialiste gagnés, l'un et l'autre depuis fort longtemps, par l'idéologie d'un libre-échange mondial (baptisé « mondialisation » pour tant de nos concitoyens) qui se moque bien des protections sociales ou des frontières nationales.


Au regard de cette République si peu protectrice de la France quand, dans le même temps, elle contraint fiscalement de plus en plus les ménages et, surtout, les classes moyennes encore solvables, il est temps de réfléchir au moyen politique institutionnel de remettre l'économique à sa place qui, si elle ne doit évidemment pas être méconnue ou négligée, ne doit jamais être la première dans une société digne de ce nom...


Mis à jour (Lundi, 30 Juillet 2012 12:57)

 

postheadericon Sauver l'automobile française passe par la Recherche et l'aménagement du territoire.

Les plans sociaux de PSA étaient malheureusement prévisibles, et la campagne électorale présidentielle n'a fait que retarder l'échéance, pour des raisons facilement compréhensibles : les multinationales savent qu'il est « maladroit » d'annoncer des mesures qui portent atteinte à l'emploi au moment où les candidats rivalisent parfois de démagogie pour se faire élire ou engranger le maximum de voix pour peser sur la scène politique, voire ministérielle.


Mais l'élection est faite depuis plus de deux mois, confirmée par les législatives de juin, et M. Hollande dispose d'un quinquennat pour mener sa politique et en montrer la pertinence ou, au contraire, en démontrer l'impuissance.


Ainsi, l'annonce de PSA de supprimer 8.000 emplois apparaît-elle comme l'occasion de soumettre au jeu cruel de la vérité le gouvernement social-démocrate et son ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg (peut-être moins libéral que nombre de ses confrères gouvernementaux...) : que va faire, que peut faire ce gouvernement ? Le politique, à travers l'Etat, est-il encore en mesure de s'imposer à l'économique ? Ce ne sont pas des questions anodines et les réponses nous intéressent au plus haut point.


Précisons d'abord notre position à l'égard de ce gouvernement : s'il m'apparaît comme beaucoup trop conformiste (entre libéralisme économique et social-démocratie moralisatrice et impolitique, entre européisme affirmé et fédéralisme [européen] inavoué), je crois discerner en M. Montebourg un politique avisé, un serviteur honnête de l'Etat (on eut dit jadis, sans dévalorisation aucune, un « bon commis de l'Etat »), et un patriote certain, soucieux du Bien commun français : au sein d'un gouvernement comme celui de M. Ayrault, sa tâche n'est pas forcément facilitée et beaucoup, dans le camp socialiste, espèrent ou prédisent son échec pour mieux décrédibiliser ses idées sur la primauté nécessaire du politique sur l'économique et ses velléités démondialisatrices exprimées lors de la primaire du Parti socialiste à l'automne dernier.


En tout cas, quelles que soient les annonces faites pour tenter de préserver les emplois dans l’industrie automobile en France, il va bien falloir passer à la vitesse supérieure, si je puis me permettre l’expression, et sans doute changer de modèle, non pas seulement social comme le voudraient les « experts » et autres partisans du libéralisme actuel, mais aussi et surtout économique et, au-delà, écologique : cela soulève beaucoup de questions et, ne nous leurrons pas, de problèmes… Celui qui croirait que les mesures gouvernementales pourraient tout sauver se trompe, mais celui qui hausserait seulement les épaules en refusant de penser au-delà d’une « logique économique » qui s’avère destructrice d’emplois, serait coupable d’une situation sociale qui pourrait mener à des catastrophes humaines difficiles à résoudre. Mieux vaut prévenir que guérir, dit-on, et l’on a raison !


L’avenir est à de nouveaux modes de circulation, sans doute moins individualistes et, en tout cas, moins énergivores et moins polluants. Mais amorcer dès maintenant la révolution énergétique pour le secteur de la locomotion passe certes aussi par le développement de transports électriques ou à gaz, mais surtout par le développement de la maîtrise des énergies renouvelables et non-polluantes, recherche entamée au… XIXe siècle mais abandonnée sous la pression des producteurs de pétrole, reprise lors des grandes crises et guerres (la Seconde guerre mondiale a aussi été l’occasion de multiples inventions dans ce secteur, inventions souvent négligées une fois la prépondérance pétrolière rétablie par les Etats-Unis…) et source de multiples pistes qui mériteraient d’être rouvertes… La bataille industrielle se gagnera aussi par le développement d’une Recherche forte et décomplexée, que l’Etat peut favoriser et, si besoin est, orienter vers ses propres objectifs nationaux et internationaux.


L'inventivité française : la voiture électrique de Pierre Faure dans les années 1940, négligée après-guerre malgré une grande adaptation de cette voiture à la circulation en ville...


D’autre part, il faut bien que l’Etat reprenne ses marques dans le secteur automobile français et, pourquoi pas, y dise son mot, y compris par le biais d’une intervention directe si nécessaire, intervention temporaire et réfléchie, néocolbertiste, loin de toute cette frénésie législative actuelle qui apparaît bien brouillonne ! Au-delà de la commande de véhicules électriques pour le parc automobile administratif français, il faut penser à une politique d’aménagement du territoire qui, au lieu de tout centrer sur les métropoles et les réseaux de ville à ville, permette des flux transversaux et favorise la fluidité au sein des territoires ruraux comme urbains et rurbains : la disposition et la richesses de nos territoires sont autant d’atouts qu’il serait bon d’exploiter plutôt que de poursuivre sur la voie de l’encombrement citadin et de la métropolisation sans limites ! Dans ce cadre-là d’une nouvelle politique de l’aménagement du territoire, le rôle des voitures et des camions pourrait bien être redéfini, et revalorisé dans un sens positif et… moins encombrant !


En tout cas, dans l’urgence, il appartient à l’Etat de défendre les emplois dans le secteur automobile français, à PSA comme à Renault, mais sans oublier que c’est en voyant plus loin que le seul lendemain que l’industrie automobile et de la locomotion en général a des chances de survivre et de prospérer en France


En France, ce ne sont pas les idées ou les possibilités qui manquent, mais le plus souvent, d’une part la volonté politique, d’autre part, le long terme… Il est vrai que la France est en République… temporairement, faut-il souhaiter, ne serait-ce que pour le secteur industriel et ses ouvriers…


Mis à jour (Mercredi, 25 Juillet 2012 12:23)

 

postheadericon Les déserts français sont-ils une fatalité ?

Je suis revenu hier soir de Bretagne en passant, comme d'habitude, par les petites routes, d'une part pour éviter les grands flux estivaux des autoroutes et d'autre part parce que j'aime traverser cette France que l'on dit profonde dès qu'elle n'est pas collée ou intégrée à une grande zone urbaine : il y a plus de beauté dans ces villages et ces paysages un peu moins urbains que dans les abords des métropoles, clinquants et envahis de béton et de publicité, pareils d'une ville à l'autre, non pas anonymes (il y a des noms de marque partout étalés sur les façades et aux carrefours) mais impersonnels, déshumanisés par une société de consommation qui ne veut voir que des consommateurs et s'intéresse peu, en somme, aux hommes et à leurs sociétés particulières.


Mais cette beauté de la France des villages est menacée et cache parfois aussi des réalités et des perspectives moins agréables, autant pour l’œil que pour l'esprit : ainsi, en Basse-Normandie ou en Mayenne, j'ai traversé des villages aux vieilles pierres qui apparaissaient, le soir tombant, absolument déserts et privés de toute vie sociale, tandis que leurs abords étaient grignotés de lotissements pavillonnaires sans âme, tous tristement semblables et si peu intégrés aux couleurs des paysages alentours...


Dans ces villages traversés, les panneaux « à vendre » étaient parfois plus nombreux que les personnes croisées... Quelle tristesse de voir ces  maisons de pierre recouvertes d'un lierre envahissant et désormais destructeur, maître de lieux qui semblent parfois condamnés à s'enfoncer dans un sommeil définitif ! De grandes bâtisses à l'ancienneté remarquable menacent ruine et certaines, comme à Saint-Symphorien-des-Monts, ont déjà perdu ardoises et fenêtres, squelettes de pierre qui laissent entrevoir de grandes pièces qui furent, visiblement, magnifiques et accueillantes.


Une des maisons en ruine de Saint-Symphorien-des-Monts, dans la Manche...


Les places de ces communes, souvent organisées autour d’une église visiblement rarement ouverte, ne révèlent aucune vie sociale : au crépuscule, les seules traces de vie humaine sont les grésillements des postes de télévision que l'on entend à travers les portes et les fenêtres, et les anciens cafés des lieux ne sont plus, comme jadis, des points de rencontre et de discussion, mais signalent juste, par de vieilles peintures effacées par le temps, leur ancienne fonction.


De vrais déserts sociaux, là où jadis il y avait de la vie, des joies et des disputes...



Et pourtant, il suffirait, j'en suis certain, de peu de choses pour ranimer cette France endormie : une véritable politique d'aménagement du territoire, des incitations à rouvrir des commerces et à créer des emplois, y compris grâce au télétravail, une nouvelle « ruralisation » à entreprendre en s'appuyant sur des familles qui cherchent un cadre de vie moins citadin pour élever leurs enfants (et qui dit enfants dit école...) et qui pourraient disposer, par une mise à disposition de terres communales, de véritables jardins potagers pour favoriser une petite agriculture de complément et de proximité, etc. Ce ne sont pas les idées et les possibilités qui manquent, ni même, quoiqu'on en dise, les moyens financiers ! Ce qui manque avant tout, c'est la volonté politique ! On en revient toujours là...


Je ne dis pas que le pouvoir politique peut tout, ce qui serait absurde et même dangereux car cela risquerait d'empêcher toute initiative personnelle et de déresponsabiliser les citoyens. Mais l'Etat peut beaucoup et, surtout, il doit créer les conditions favorables à l'épanouissement des possibilités et des capacités : il doit donner l'impulsion et accorder son soutien actif à tous ceux (entreprises comme services publics et particuliers) qui veulent redonner vie à ce qui, aujourd'hui, peut s'apparenter à des déserts professionnels et, parfois même, des déserts humains...


Les « déserts français » ne sont pas une fatalité et il est temps de voir au-delà du système de l'urbanisation à outrance caractéristique de la Société de consommation et d'une tertiarisation parfois déconnectée de la réalité productive.


En somme, il nous faut « un prince charmant pour réveiller la belle France endormie »... Un prince, une monarchie...


Bien sûr, il serait imprudent de croire que cela suffira : il y faudra aussi un nouvel état d’esprit qui n’hésite pas à remettre en cause les fondements mêmes de la Société de consommation et son modèle (système ?) urbain dominant. Une véritable révolution spirituelle mais qu’il ne faut pas attendre pour agir, politiquement et concrètement, dès maintenant.


Mis à jour (Vendredi, 20 Juillet 2012 12:34)

 

postheadericon La refiscalisation des heures supplémentaires est une erreur.

Le programme de M. François Hollande, quand il n'était encore qu'un candidat cherchant et quémandant les voix des électeurs français, n'était pas toujours pris au sérieux à cause de son caractère d'abord électoral : en fait, on a parfois tort de ne pas lire complètement la littérature de campagne car on y trouve souvent des indications intéressantes et, parfois, des indications pour l'avenir, au-delà de la démagogie inhérente à ce genre d'exercice sémantique...


 

M. Hollande avait promis la refiscalisation des heures supplémentaires, et il tient parole : désormais, les heures supplémentaires seront à nouveau fiscalisées, au risque d'en limiter l'attrait près de ceux qui, tout compte fait, les acceptaient ou les réclamaient pour améliorer les fins de mois. Il y a tout de même 9 millions de personnes concernées, si les informations sur ce point sont exactes ! Le gouvernement escompte de cette mesure plusieurs milliards d'euros sonnants et trébuchants, ce qui, en ces temps de vaches maigres pour les finances de l'Etat, devrait lui accorder un sursis face aux Marchés et lui permettre de réduire, encore bien timidement certes mais néanmoins assurément, une dette qui freine sa bonne marche.



Mais, comme l'écrit Le Figaro en ses pages économie du vendredi 13 juillet, « la mesure a été conçue pour entrer en vigueur dès le 1er janvier dernier. Toutes les heures sup réalisées à partir de cette date seront soumises à l'impôt sur le revenu – impôt qui sera payé en 2013 ». Ce qui signifie que cette mesure apparaît bien rétroactive et va pénaliser ceux qui pensaient que, s'il devait y avoir refiscalisation des heures sup, elle se ferait à partir de septembre, ne serait-ce que pour ne pas pénaliser les personnes qui s'étaient engagées à travailler en heures supplémentaires pour bénéficier d'un « petit plus » grâce à cette défiscalisation mise en place par le gouvernement Fillon.


 

Les plus touchés par cette mesure gouvernementale seront les ouvriers et les enseignants, et j'entends déjà quelques murmures désappointés et désapprobateurs parmi mes collègues qui, pour certains, n'ont accepté des heures supplémentaires que pour ce petit avantage fiscal qu'elles procuraient, surtout au moment où les salaires des fonctionnaires sont gelés pour ne pas peser plus encore sur le budget de l'Etat...


 

Par contre, si cette mesure rétroactive ramène bien quelques milliards dans les caisses de l’Etat, je ne suis pas certain qu’elle permette la création d’un seul emploi nouveau, ce qui aurait pu pourtant l’expliquer et, pourquoi pas, la faire accepter par les fonctionnaires ou les ouvriers (surtout en cette période de désindustrialisation). De plus, cette refiscalisation risque, qu’on le veuille ou non, de démotiver nombre de collègues (je parle des enseignants) au moment même où, déjà, la profession ne suscite plus assez de vocations, semble-t-il, en particulier dans les matières scientifiques et linguistiques qui ne trouvent pas suffisamment de candidats aux concours pour pourvoir les postes proposés. Désormais, il sera plus difficile de trouver des volontaires pour assumer ces fameuses heures supplémentaires, surtout si, comme cela est possible, les tâches demandées aux enseignants dans les prochaines années devaient se multiplier (tutorat ou encadrement personnalisé, travail administratif, etc.) au détriment de la fonction première d’enseigner…



 

Une dernière remarque : ce qui me navre dans cette affaire, c’est la méthode employée, c’est-à-dire cette application rétroactive, qui prend les salariés par surprise. Il y a certes des efforts à faire pour contenir les déficits publics et combattre la dette, et le gel du point d’indice et des salaires dans la fonction publique, pour deux années supplémentaires, ne m’aurait pas choqué outre mesure, justement parce qu’il y avait la possibilité de rattraper cela par des heures supplémentaires défiscalisées, ce que les annonces du gouvernement réduisent à néant…


 

La volonté de M. Hollande de se démarquer du quinquennat précédent ne sera pas suffisante pour mener une politique sociale et fiscale juste : il manque à cette République, quelle que soit l’équipe dirigeante, la hauteur de vue et de position nécessaire à l’engagement de grandes politiques sur le long terme, équilibrées, pérennes et efficaces. Ce ne sont pas forcément les bonnes volontés qui manquent dans ce gouvernement comme dans les précédents, mais les conditions politiques et, surtout, institutionnelles pour mener à bien (et en bien…) la grande politique d’Etat que les circonstances exigent aujourd’hui.


 

 

 

Mis à jour (Dimanche, 15 Juillet 2012 00:09)

 

postheadericon Peut-on vraiment célébrer le 14 juillet 1789 ?

 

La Révolution française est-elle finie ? Certes, les événements de celle-ci tiennent en une grosse décennie aujourd’hui lointaine, à la fois tourmentée et passionnante, et Napoléon a déclaré l'avoir terminée en mettant en place son régime qui s'appuyait sur les principes issus de 1789. Mais elle a toujours suscité des débats enflammés, et cette passion, si elle se fait moins prégnante parfois, revient régulièrement dans le discours politique ou l'actualité, y compris culturelle : la récente polémique autour du livre Métronome de Lorànt Deutsch le démontre encore au travers des propos des contradicteurs mêmes de l'auteur à qui il est reproché de ne pas aimer cette Révolution française et la République qui en est née...


Les historiens eux-mêmes ne l'ont pas enterrée, et la Vendée est souvent l'objet de violents débats entre les historiens « officiels », parés de multiples titres et postes universitaires et des historiens moins idéologues ou plus libres à l'égard des conventions et des habitudes de l'Education nationale... Les manuels scolaires, eux, ne laissent guère de doutes à ce sujet, valorisant les aspects bénéfiques de la dite Révolution et évoquant rarement, et parfois caricaturalement, les aspects moins glorieux et les résistances multiples à cette Révolution déjà si controversée de son temps...


Une des victimes de la Révolution... L'un des promoteurs de celle-ci !


Or, la fête nationale de notre pays évoque cette Révolution française comme une véritable nouveauté, la « naissance » d'un nouvel ordre des choses, ce qui peut expliquer l'erreur encore commise (pas forcément de bonne foi...) par certains qui voient en 1789 l'acte de naissance, sinon de baptême, de la France... En fait, d’ailleurs, si l’on en croit les textes officiels de la République, c’est plutôt pour célébrer la Fête de la Fédération de 1790 que le 14 juillet est devenu fête nationale, mais peu le savent, et cela apparaît surtout comme une habileté des républicains des années 1880 plus qu’autre chose…


Non, la France n'est pas née en 1789, un certain 14 juillet, sur les gravats d'une Bastille promise à la démolition... D'ailleurs, s'il y a « Révolution française », n'est-ce pas, justement, parce que la France existe depuis longtemps et qu’elle est devenue si naturelle que l'on en a oublié qu'elle n'avait pas toujours été aussi évidente ? En 1789, la France est « faite », territorialement, et la métropole, à quelques lieux près, a déjà cette forme d'hexagone que nous lui connaissons aujourd'hui. Elle apparaît même, à la veille du grand choc révolutionnaire, comme la première puissance européenne, et elle possède un Outre-mer appréciable et utile, elle démarre depuis quelques décennies une industrialisation qui vaut bien celle de la concurrente britannique, et les grands traités diplomatiques se signent à Versailles...


La Révolution sera, comme l'a si bien écrit l'historien Pierre Chaunu, « le grand déclassement » et la France en sortira affaiblie, politiquement comme économiquement, mais aussi, on l'oublie trop souvent, socialement.


Et ce 14 juillet 1789, que s'est-il vraiment passé, au-delà des mythes et des images d'Epinal ? Est-ce ce grand mouvement de ferveur qui aurait porté tout un peuple, « le peuple de Paris » comme l'écrivent sans sourciller les manuels scolaires de Quatrième et de Seconde, à « s'emparer d'une prison dans laquelle croupissaient les victimes de l'absolutisme royal » ? Les historiens ont depuis longtemps fait justice de cette vision idyllique et surréaliste de l'affaire de la Bastille, ne serait-ce que parce que cette vieille forteresse médiévale (dont le pouvoir royal envisageait régulièrement la destruction sans la mener à bien, faute d'argent disponible...) n'a pas été prise pour libérer des prisonniers (sept, au jour du 14 juillet 1789...) mais pour récupérer de la poudre destinée aux fusils et aux canons...


De plus, cette « prise de la Bastille » qui n'a été rendue possible que par la volonté d'apaisement de son propre gouverneur, De Launay (ce qui lui a coûté, en définitive, sa propre tête, promenée au bout d'une pique...), s'apparente beaucoup plus à une émeute puis à un pillage (ceux-là mêmes qui font frémir d'horreur nos concitoyens quand ils en voient à la télévision ou les vivent dans leurs quartiers...) qu'à un grand mouvement héroïque...


La vision héroïque et philatélique... mais pas vraiment historique !


Quelques remarques : les premiers morts de cette affaire sont ces émeutiers écrasés par le pont-levis dont leurs propres comparses ont brisé les chaînes ce qui a entraîné sa (lourde) chute sur les premiers rangs de l'émeute... Il y a des morts plus glorieuses, tout de même !


De plus, alors que Paris, pas encore capitale mais déjà la ville la plus peuplée du royaume, compte environ 600.000 habitants, ce sont quelques milliers à peine qui parcourent les rues en manifestant bruyamment, ce qui nous rappelle, comme le disait Maurras, que « l'histoire est faite par des minorités énergiques » et, parfois, à leur insu... La plupart des Parisiens se terrent chez eux ou se tiennent sur les trottoirs, devant leurs échoppes ou leurs commerces pour les protéger des pillages possibles. De plus, quand un registre sera ouvert pour inscrire « les vainqueurs de la Bastille », ils seront moins d'un millier à s'y inscrire, ce qui réduit immanquablement la part même du « peuple de Paris » censé avoir envahi la vieille forteresse !


Une dernière remarque : le destin de ces émeutiers sera à l'image des déchirements qui ont suivi ce mois de juillet 1789 et se sont poursuivi jusqu'au début du XIXe siècle, c'est-à-dire fort contrasté... Certains deviendront républicains et se signaleront par leur sauvagerie comme le célèbre Fournier l'Américain ; d'autres, au contraire, se feront d'ardents défenseurs de Louis XVI en 1792 ; beaucoup disparaîtront dans un prudent anonymat au moment de la Terreur...



Cet événement que l'on nous présente comme majeur l'est devenu par le fait même, non des historiens, mais de ceux qui ont su en tirer profit, ou plutôt qui s'en sont servi pour asseoir leur propre pouvoir : puisque l'ordre avait été bousculé par quelques émeutiers, il était plus habile pour certains de le rétablir à leur profit (et non à celui de l'Etat en place, considéré comme trop mou...) tout en récupérant l'énergie de l'émeute pour avancer leur propre projet politique et social... En démolissant la Bastille après le 14 juillet, les bourgeois révolutionnaires (mais tous les bourgeois n'étaient pas révolutionnaires et tous les révolutionnaires n'étaient pas bourgeois...) revendiquaient le passage symbolique à un nouvel ordre qui, désormais, conjuguaient et confondaient pouvoir économique et pouvoir politique au sein même de l'Etat, début d'un vaste processus de dépossession du politique de ses prérogatives face à (et par) l'économique et dont nous voyons, aujourd'hui, les effets dans la crise française...


2 siècles après, qui gouverne en Union européenne et en France ? Des féodalités financières, économiques et administratives...

 

En cela, le 14 juillet 1789 est une date fondatrice, et l'on comprend mieux l'acharnement mis par certains à la vanter, au détriment de la vérité des faits et de la justice même due aux premières victimes d'une Révolution qui n'allait pas s'en tenir là, malheureusement...


Nous ne célébrerons pas le 14 juillet 1789, mais nous nous rappellerons de ce qu'il a été, pour ne pas oublier et en tirer des leçons...



Mis à jour (Samedi, 07 Juin 2014 08:57)