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postheadericon Le Blog de Jean-Philippe Chauvin

postheadericon Vers la fin du nucléaire en Suisse : quelles leçons pour la France ?

 

Ce dimanche 21 mai, les Suisses viennent de voter la sortie progressive du nucléaire après avoir refusé, en novembre dernier, d'arrêter les cinq réacteurs actuels (qui fournissent 35 % de l'électricité helvétique) avant 2029 : en somme, ils viennent de se donner du temps tout en envoyant un signal clair à l'Europe et aux pays qui, comme la France, s'appuient encore sur l'énergie de l'atome de façon disproportionnée. En fait, il ne s'agit pas de lâcher la proie pour l'ombre (c'est le cas de le dire !), mais d'engager la Confédération dans une politique énergétique fondée sur l'usage intelligent et élargi des énergies renouvelables et sur les économies d'énergie nécessaires, ne serait-ce que pour des raisons environnementales mais aussi d'indépendance énergétique à l'égard de ses voisins et de ses créanciers.


Dans un article publié dans Le Figaro à la veille de la votation, Marion Moussadek précise la stratégie suisse en ce domaine : « Le paquet de mesures soumis au vote ce dimanche, dont la mise en œuvre est prévue par étapes jusqu'en 2035, vise à suivre la tendance européenne. Entre 2004 et 2014, la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d'énergie (électricité, chaleur et transports) a augmenté de 8,5 % à 16 % dans l'UE. En conjuguant incitations financières à l'isolation des bâtiments et promotion des énergies hydraulique, solaire, éolienne, géothermique et de biomasse, tout en bridant les émissions des véhicules neufs, Berne table sur une réduction de la consommation des ménages et des entreprises de 43 % par rapport à 2000. « On peut diminuer notre consommation sans perte de confort », soutient la ministre en charge de l’Énergie et présidente de la Confédération, Doris Leuthard. » Quand les populistes locaux de l'UDC critiquaient vertement (le mot est-il approprié, dans leur cas ?) cette mesure en arguant d'un surcoût important pour les contribuables, la présidente avançait plutôt le chiffre de 40 francs suisses par an et par foyer pour le financement de cette politique, ce qui, effectivement, n'est pas trop cher payé, d'autant plus si l'on considère que c'est aussi un investissement pour l'avenir, et que cela réduira les déchets énergétiques (ici surtout les déchets nucléaires, toujours objets de vives controverses, y compris en France) et les rejets de gaz à effet de serre pour les carburants (transports et chauffage), ce qui est tout de même fort appréciable.


La France serait bien inspirée de considérer l'exemple suisse et de préparer, rapidement et de la meilleure manière qui soit, une sortie apaisée du nucléaire avant d'y être contrainte plus rudement par l'augmentation des coûts d'exploitation et de démantèlement, ce dernier aspect étant sans doute le plus problématique et le plus dispendieux, ce qui ne laisse pas d'inquiéter les économistes et prévisionnistes financiers.


Il aurait fallu faire de l'énergie nucléaire (dont je ne suis pas un militant), une fois qu'elle était valorisée pour des raisons d'indépendance énergétique nationale et pour l'avantage qu'elle ne relâchait pas de fumées polluantes dans l'atmosphère, une énergie de transition et non une finalité, cette dernière option étant celle qui, malheureusement, a été faite par une République incapable de se projeter dans l'avenir et souvent au-delà de deux quinquennats (élections obligent...) : nous en payons aujourd'hui un prix très lourd, en espérant qu'il ne soit pas aggravé par un accident type Tchernobyl ou Fukushima toujours possible, quoiqu'en disent certains partisans du nucléaire, aveuglés par un scientisme qui oublie trop souvent que « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ».



D'autre part, la France qui, contrairement à la Suisse, dispose de longs littoraux, en métropole comme en Outre-mer, et d'espaces ensoleillés et venteux importants, a des possibilités énergétiques renouvelables absolument considérables qu'elle ne valorise pas assez, alors qu'elles pourraient remplacer en l'espace d'un quart de siècle, toutes les énergies fossiles et fissiles dont notre nation a besoin pour sa vie domestique comme pour sa production industrielle. La Suisse, qui n'est pas un pays arriéré, ni techniquement ni intellectuellement, nous montre une voie possible et, sans doute, souhaitable : la France, avec ses particularités et ses atouts, aurait tort de ne pas saisir l'occasion de relever le défi énergétique que lance, d'une certaine manière, notre voisin helvétique.


Mais, malgré la présence de M. Nicolas Hulot au gouvernement, il est possible que les féodalités, qui depuis si longtemps « tiennent les rênes » de la politique française de l'énergie, ne veuillent pas renoncer d'elles-mêmes à la facilité et à leurs intérêts du moment : que n'avons-nous un Roi pour calmer les ardeurs de ces Fouquet de l'atome ! Là aussi, la Monarchie est regrettable de par son absence...

 

Mis à jour (Mardi, 23 Mai 2017 06:55)

 

postheadericon Courte réflexion sur l'effacement des partis politiques dans l'histoire de France, des socialistes aux royalistes.

 

Le marché de Versailles bruissait des bruits ordinaires d'un dimanche matin, entre cloches de l'église Notre-Dame voisine et harangues des marchands, et il s'y rajoutait les annonces électorales des distributeurs de tracts qui, toujours, précédent le temps des urnes : j'ai, ainsi, récupéré quelques libelles de couleurs variées et quelques portraits des prétendants à un des 577 sièges du Palais-Bourbon, tous plus souriants et sérieux à la fois les uns que les autres. Évidemment, on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre, et toute campagne électorale a ses rituels : il m'arrive aussi d'y sacrifier parfois, en particulier lors des élections européennes, et j'aime ce contact direct avec des électeurs qui, malheureusement, ne se transforme pas toujours en voix sonnantes et trébuchantes au fond des urnes...


S'il y avait bien de fortes délégations matinales du candidat de la droite conservatrice et de celui du mouvement présidentiel, ainsi que celles, moins nombreuses, de la gauche radicale, des Verts et de quelques « indépendants » (sans oublier les partisans asselinesques du Frexit), le Parti Socialiste brillait par son absence, et l'une des fidèles militantes de ce qu'elle nomme désormais « feu le Parti de Jaurès » affichait ostensiblement une grande indifférence à l'agitation politicienne voisine : il est juste de signaler aussi que, dans les rangs des « Marcheurs » comme ils se nomment, j'apercevais ceux qui, il y a encore moins de deux ans, me vantaient les mérites de la rose au poing... Autres temps, autres engagements, pourrait-on ironiser, mais c'est surtout la démonstration du bouleversement, non des idées ou du paysage idéologique en tant que tels, mais de l'offre politique partisane. En cinq ans, le PS est devenu une sorte de PASOK français (1), perdant en ce court laps de temps, tous les pouvoirs et toutes les positions qu'il occupait insolemment et complètement quand MM. Hollande et Ayrault assuraient, au sortir de la victoire présidentielle du premier nommé, la dyarchie républicaine en un attelage qui allait s'avérer maladroit et incertain.



Cette « disparition » du PS n'est-elle qu'un « moment » de la vie du parti refondé au Congrès d'Epinay par François Mitterrand en 1971 ? Peut-être, mais qui sait vraiment ? Chez notre voisin italien, les partis qui ont organisé la vie politique nationale des années de l'après-guerre aux années 1990 ont purement et simplement quitté la scène électorale et gouvernementale, abandonnant aussi leurs noms historiques, que cela soit le Parti Communiste Italien, son homologue socialiste, mais aussi la Démocratie Chrétienne et, pour d'autres raisons mais avec le même résultat, le Mouvement Social Italien néo-fasciste.


D'ailleurs, les royalistes eux-mêmes ont connu cet effacement à leur corps défendant, et les quelques groupes monarchistes qui militent encore et, heureusement, toujours pour l'établissement d'une Monarchie royale héréditaire et familiale, ont, en fait, tout à reconstruire, à se reconstruire : c'est aussi le cas au Portugal et en Italie, comme si le lien rompu d'un pays avec sa dynastie nationale avait privé ses partisans d'une sève précieuse pour, simplement, vivre et prospérer. Avouons que les Républiques n'ont pas cette difficulté, comme si leur nature, plus « nomade », les préservait d'un déracinement qui, de toutes les façons, ne les concernent pas, faute d'un enracinement véritable, filial...


Pourquoi cette remarque sur les royalistes, dont je suis, comme chacun sait ? Sans doute parce que j'aspire à voir renaître un royalisme vif, visible et fort, un royalisme politique et d'abord politique, crédible et réfléchi, qui s'inscrive dans une tradition vivante et critique pour ne pas être nostalgique et stérile. Il n'y a pas de fatalité : l'effacement du royalisme comme réalité politique, qui s'est sans doute fait en quatre temps (2), ne signifie pas que la Monarchie soit moins nécessaire mais seulement que le chemin est plus ardu pour la faire advenir. Les récents événements politiques tendent néanmoins à prouver que rien n'est jamais complètement écrit ni, peut-être, définitif : que certains adversaires républicains de M. Macron le qualifient (à tort ou à raison, qui sait ?) de « président monarque » ou de « régent » peut nous surprendre mais cela doit-il seulement nous indigner ? Et, d'ailleurs, n'est-il pas trop tôt pour trancher, malgré les sympathies oligarchiques trop certaines du locataire nouveau de l’Élysée ? Et ne peut-on y discerner l'annonce symbolique d'une sorte de « retour du futur » ? Ou d'une reconnaissance inconsciente d'une « absence » que, là encore, l'actuel président, encore loin de sa candidature et de sa victoire de mai 2017, signalait dans son fameux entretien de juillet 2015 (3) ? Certes, il n'y a plus de Pierre Boutang pour murmurer à l'oreille du « Prince » (et là, je parle, dans le sens de Machiavel, de celui qui siège à l’Élysée) (4), mais ne peut-on pas travailler à forger un « appareil » royaliste susceptible de faire entendre « la voix du Roi », y compris jusqu'au sommet de l’État ?

 

 


(à suivre, forcément !)

 


Notes : (1) : le PASOK est le parti socialiste grec qui a quasiment disparu de la scène politique après plusieurs décennies de domination sur la Gauche, quand il a déçu définitivement son électorat par l'application d'une rigueur que l'Union européenne et l'Allemagne lui avaient imposée pour punir le pays d'avoir triché sur les comptes pour entrer de plain pied dans la zone euro dès le début de cette « aventure monétaire ».


(2) : Les années 1890-1900, lorsque les effets de la politique scolaire de Ferry commencent à se faire sentir et que les crises de la IIIe République semblent la renforcer alors même qu'elles discréditent le personnel républicain ; la Grande guerre de 1914-18 qui voit la disparition d'une grande partie des notables et des jeunes pousses monarchistes, en particulier celles de l'Action Française, fauchées dans les tranchées tandis que la République récupère, sans vergogne, la victoire dont elle ne saura que faire sur le plan international ; la Seconde Guerre mondiale qui enferme, sous l'Occupation, les royalistes dans un discrédit durable du fait des ambiguïtés maurrassiennes et de l'échec du Comte  de Paris dans sa tentative algérienne ; la fin de l'action politique publique du Comte de Paris à la veille des années 1968... Il faudra encore quelques années aux historiens pour trancher sur cette question qui, aujourd'hui, leur paraît bien futile...


(3) : Dans cet entretien publié par Le 1 en juillet 2015, M. Macron semblait déplorer « l'absence de la figure du Roi » en France : mais ça, « c'était avant », diraient certains...


(4) : Pierre Boutang, avec son journal La Nation Française, (1955-1967), cherchait à sensibiliser le Chef de l’État à la nécessité de la légitimité royale, imaginant que celui-ci (en l'occurrence le général de Gaulle) pourrait être le « Monk » qui allait rétablir la Monarchie en France comme l'avait fait ce fameux général anglais qui avait assis un roi sur le trône d'Angleterre en remplacement de la République établie par Oliver Cromwell...

 


Mis à jour (Lundi, 22 Mai 2017 10:22)

 

postheadericon Nicolas Hulot, ministre écologiste dans une République qui ne l'est pas...

 

La nomination de Nicolas Hulot au ministère de la transition écologique était une rumeur insistante depuis mardi soir avant de devenir une réalité ce mercredi : c'est, comme le disait un commentateur, une « belle prise » pour le président, mais il n'est pas certain que cela plaise beaucoup aux notables socialistes de Nantes et de Rennes, attachés de façon viscérale à la construction d'un nouvel aéroport international à Notre-Dame-des-Landes. Car l'acceptation de M. Hulot laisse entendre que le projet n'est plus, en tant que tel, d'actualité, et, désormais, c'est vers un réaménagement de l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique que l'on se dirige, ce qui paraît plus raisonnable et moins coûteux, tant sur le plan financier qu'environnemental. Personnellement, je me réjouis, si l'information se confirme (1), de l'abandon d'une structure aéroportuaire qui risquait de dévaster le dernier exemple de bocage traditionnel de l'Ouest du pays : au-delà des espèces de flore et de faune ainsi sauvées, c'est aussi la sauvegarde d'un paysage qui, jadis habituel en Bretagne, est devenu exceptionnel, voire unique sur une telle superficie de près de 3.000 hectares.



Néanmoins, M. Hulot pourra-t-il faire face aux nombreux groupes de pression financiers et économiques (de Veolia à Vinci) qui, aujourd'hui, semblent mener le jeu en République ? En aura-t-il les moyens et sera-t-il soutenu par les instances de l’État et par un gouvernement qui ne brille pas vraiment par sa coloration écologique ? A moins que le président Macron décide d'engager une véritable politique de transition, de l’État-béton à « l’État-beauté » comme le disait joliment un ami royaliste écrivain et poète ? En fait, les mois à venir répondront probablement à cette question, et il n'est pas assuré qu'elle soit complètement positive.


Pour l'écologiste intégral que je suis, c'est aussi l'occasion de vérifier, une fois pour toutes, si la République peut être compatible avec la préservation de l'environnement, des paysages à la biodiversité, et si elle peut inscrire une politique environnementale crédible et utile dans la durée, ce dont j'avoue fortement douter...


En tout cas, quelle que soit l'issue de l'action gouvernementale en matière d'écologie, il reste souhaitable que l'action de M. Hulot, au moins dans un premier temps, soit soutenue face aux grands intérêts qui, eux, oublient trop souvent le Bien commun pour ne raisonner (mal, d'ailleurs) qu'en termes de bénéfices et « d'égoïsmes de l'instant ». Ce soutien de la part du royaliste que je suis n'est rien d'autre que l'application d'un empirisme organisateur bien compris et le sentiment, qui se conjugue avec la raison autant qu'avec la stratégie monarchiques, que, en ce domaine comme en d'autres, « la politique du pire est la pire des politiques », et qu'il vaut mieux l'éviter : l'idéologie ne fait pas bon ménage avec les réalités...


Puisque Maurras est souvent cité par un certain nombre de royalistes, il me serait loisible d'évoquer le « nécessaire compromis nationaliste » qui, aujourd'hui, passe par la question environnementale et peut y trouver, même, quelques applications pratiques pour tous ceux qui veulent travailler à « cet avenir que tout esprit bien né souhaite à sa patrie »...

 

 



Notes : (1) : il faut être évidemment très prudent, ne serait-ce que parce que M. Macron était favorable au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, et que, à ce jour, aucune décision n'est prise. Néanmoins, M. Macron avait évoqué la possibilité d'une nouvelle étude sur le sujet : peut-être le moyen de sortir de ce bourbier politique par une nouvelle donne ? Quant à M. Hulot, il faut souhaiter qu'il reste fidèle à son opposition au projet...

 


Mis à jour (Mercredi, 17 Mai 2017 16:54)

 

postheadericon Quand la République veut interdire un prénom breton en Bretagne...

 

En France, la République s'est construite contre les diversités françaises, au nom d'une « unité et indivisibilité » qu'elle a inscrite, dès ses origines, dans ses textes, aussi bien idéologiques que législatifs : ne s'agissait-il pas de lutter contre ces « reliquats de l'Ancien régime » qu'étaient, entre autres, les langues des provinces et pays de France, si dangereuses pour ceux qui parlaient d'égalité et la concevaient d'abord comme le moyen d'imposer leur idéologie à tous, comme la domination d'un modèle qui était, d'abord, le leur ? Ainsi, l'abbé Grégoire, l'un des grands noms de la Révolution, déclare devant la Convention en 1793, que, grâce à la seule langue française dûment imposée à tous les Français, « les connaissances utiles, comme la douce rosée, se répandront sur toute la masse des individus qui composent la nation ; ainsi disparaîtront insensiblement des jargons locaux, les patois de six millions de Français qui ne parlent pas la langue nationale. Car, je ne puis trop le répéter, il est plus important qu'on ne pense en politique d'extirper cette diversité d'idiomes grossiers, qui prolongent l'enfance de la raison et la vieillesse des préjugés ».


La France qui « s'appelle diversité », selon Fernand Braudel, devait ainsi céder le pas à une conception uniforme de la Nation à laquelle les républicains mettent alors une majuscule comme pour bien signifier sa transformation, de terme abstrait désignant un fort ensemble de réalités (selon la définition maurrassienne) en une idéologie désormais obligatoire pour qui veut rester français : ce « nationalitarisme » utilisera la contrainte et la réglementation administrative, mais aussi l'école à partir de Ferry, pour chasser les langues de France des lieux et mémoires de notre pays, au risque d'assécher la vitalité des particularités françaises et de couper nombre de Français de leurs racines. La République, en cela comme en d'autres domaines, ne fut pas l'ouverture et le dialogue mais bien plutôt la fermeture et la dictature linguistique : que de liens avec une « histoire d'histoires » tranchés par cette uniformisation nationalitaire !



Aujourd'hui, et bien longtemps après les mesures supplémentaires d'interdiction de la langue bretonne édictées en 1902 par une République des radicaux qui ne voulaient voir de la langue bretonne que celle des « irréductibles chouans », les parlers de Bretagne sont exsangues et peu de Bretons savent le passé de leur terre natale. Certes, les drapeaux bretons fleurissent dans les rues de la province et décorent les plaques d'immatriculations des « quatre » départements d'une région administrative toujours amputée de sa capitale historique et ville des ducs de Bretagne, Nantes : le redécoupage du quinquennat Hollande a furieusement rappelé le peu de cas que la République fait de l'histoire et du désir des Bretons de renouer avec l'intégrité territoriale bretonne, et les régionalistes ont vu l'illusion d'une « réunification de la Bretagne » disparaître dans une brume qui n'avait rien de printanière...


Néanmoins, de nombreux Bretons prénomment leurs nouveaux-nés en se souvenant du riche patrimoine culturel de leur province : Soazig, Yann, Fulup, Erwan, etc. sont autant de prénoms courants dans les foyers de Bretagne (et bien au-delà, d'ailleurs), et cela me réjouit en tant qu'originaire de cette province si singulière (du pays gallo, très exactement), même si ma propre tradition familiale est bien plutôt ancrée dans la langue française comme l'indique mon propre état civil.


Or, l'autre jour, les services administratifs de la ville de Quimper ont informé une famille qu'elle ne pouvait prénommer Fañch son fils nouvellement né, du fait de l'existence d'une circulaire en date du 23 juillet 2014 émanant du ministère de la Justice (dirigée alors par Mme Christiane Taubira) et interdisant l'emploi du « tilde », ce petit accent « ~ » sur le « n » fort courant en Espagne mais plus rare (sans être inexistant) en France (1). Non pas que l'état-civil de la ville du Finistère veuille empêcher ce prénom (la Ville de Quimper est favorable à la prise en compte de ce prénom tel qu'il est correctement orthographié en breton), mais parce que la Loi semble, en l'état actuel des choses, l'interdire !



Selon le communiqué publié ce lundi, la Ville prend fait et cause pour la famille et son droit de prénommer comme elle le souhaite son enfant, et rappelle que « l'article 75-1 de la Constitution de la République française proclame que les langues régionales sont reconnues comme appartenant au patrimoine de la France » : en fait, cet article, qui a moins de dix ans (2), n'a pas encore été bien assimilé par une République qui ne l'a vu que comme une concession à des régionalistes soutenus alors, pour des raisons pas forcément innocentes, par l'Union européenne soucieuse de « diviser les États pour mieux s'imposer à eux ». En fait, l'UE n'a pas de vocation régionaliste, et sa politique apparemment favorable aux langues régionales n'est malheureusement qu'un leurre, confirmé par l'anglicisation forcenée des actes administratifs et de tous (ou presque) les documents travaillés ou fournis par la Commission qui prétend la diriger, et par ce nouveau jacobinisme bruxellois qui se fait de moins en moins discret ces dernières années, et cela malgré les résistances populaires nombreuses dans les vieux États du continent...


Le communiqué poursuit : « Il n'y a, à nos yeux, aucune raison, qu'elle soit juridique ou humaine, pour que Fañch soit privé du tilde qui orne son prénom. Ce n'est ni accessoire, ni anodin. Nous assumons notre position et comptons sur la compréhension des autorités administratives qui ont maintes fois démontré leur aptitude à se remettre en cause et amender voire supprimer des textes qui n'ont plus lieu d'être. » Derrière l'ironie qui teinte légèrement la dernière phrase du communiqué quimpérois, il y a là une mise en demeure légitime faite à la République parisienne de laisser les provinces et les particuliers vivre leur identité historique et enracinée. Mais, peut-on faire confiance en une République qui, depuis ses origines, a tant malmené les langues et les particularités provinciales, et qui continue à le faire, par des vexations administratives encore si fréquentes, comme inhérentes même à ce que semble être la République « une et indivisible » ?


L'écrivain breton Job de Roincé, dans son livre « La Bretagne malade de la République » publié dans les années 1970, doute que la République puisse jamais s'amender en ce domaine : fort de l'expérience des siècles passés et de la comparaison entre les régimes qui s'étaient succédé à la tête du pays, il en concluait que la Monarchie était, qu'on le veuille ou non, le seul moyen institutionnel de satisfaire les aspirations régionalistes bretonnes. Les événements de ces dernières années, même lorsqu'ils peuvent sembler anecdotiques (mais n'en sont-ils pas plus révélateurs encore ?), lui donnent, trente-cinq ans après sa disparition, encore et toujours raison...

 

 


Notes :


(1) : ainsi, ce tilde apparaît bien visible sur la pierre tombale protégeant le cœur de Bertrand Du Guesclin, dans la basilique Saint-Sauveur de Dinan : il joue un rôle particulier, car il surplombe le « a » et, en fait, se lit « an ». Le texte est pourtant en français, et c'est le nom de France lui-même qui est écrit, sur le carditaphe, avec cette orthographe particulière : « Frãce »...



(2) : L'article 75-1 introduit les langues régionales dans la Constitution, par la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, mais il ne donne, selon le Conseil constitutionnel, aucun droit ou liberté opposable par les particuliers et les collectivités, et cela montre bien les résistances administratives d'un jacobinisme d’État qui n'arrive toujours pas à comprendre que la France n'est pas l'uniformité mais qu'elle est, toute à la fois, « l'unité et la pluralité ».

 

 


Mis à jour (Lundi, 15 Mai 2017 19:02)

 

postheadericon Quand les emplois de GM&S sont menacés par le cynisme des puissants, au nom de la mondialisation.

 

La situation sociale en France est explosive, et ce n'est pas forcément une simple image : dans la Creuse, à La Souterraine, les salariés de l'équipementier automobile GM&S Industry menacent de faire sauter leur usine si les constructeurs, et en particulier Renault, ne s'engagent pas pour maintenir un volume de commandes suffisant pour pérenniser l'entreprise et les emplois. En fait, ce n'est pas la première fois que des ouvriers menacés de licenciement utilisent cette méthode, certes rude mais souvent seul moyen pour faire entendre leur désespoir et leurs revendications près d'une République plus intéressée par les dividendes attendus de la mondialisation et, parfois, par ceux des actionnaires (« un fonds de commerce électoral », selon un politologue, non par le nombre mais par leurs « dons » aux partis politiques), que par le maintien d'emplois considérés comme « inadaptés » à la nouvelle Division internationale des processus productifs qui tend à transformer la France en un pays de « services » sans industries... La même thématique mondialisatrice, que je qualifierai de « fataliste », nourrissait le discours de M. Macron devant les ouvriers de Whirlpool, déjà oubliés par les politiciens en quête de succès électoraux quand il vaudrait mieux quelques réussites économiques pour pousser quelques avancées sociales aujourd'hui bien nécessaires au moral public du pays et de ses travailleurs.


Ce qui est particulièrement choquant dans cette nouvelle affaire, c'est que, selon le négociateur de crise et gestionnaire de transition, le site est parfaitement viable, mais c'est Renault qui semble bloquer toute possibilité de pérennisation de l'activité, sans doute parce que M. Ghosn, patron payé grassement et de façon démesurée au regard de la manière dont il traite les salariés de son groupe, cherche toujours la meilleure profitabilité pour les actionnaires et non pour les ouvriers : son cynisme de grand féodal libéral est une mauvaise nouvelle pour qui est soucieux de justice sociale, mais il est la coqueluche des milieux financiers et des classes dominantes « asociales ». Certains trouveront mon propos exagéré ? Ce qui l'est, réellement, c'est l'indécence sous couvert de stratégie économique de certains grands capitaines d'industrie qui négligent les devoirs sociaux de leur situation avantageuse !



La fermeture définitive de cette usine entraînerait la disparition de 280 emplois directs mais, selon le premier adjoint à la mairie de La Souterraine et président de la communauté de communes de l'Ouest creusois, M. Lejeune, dans un entretien cité par Le Figaro sur son site électronique, et il ajoute : « A l'échelle de la communauté, sur un bassin de 25.000 emplois, ce sont 800 personnes qui sont concernées indirectement. (…) Il faut bien être conscient que si les salariés se retrouvent au chômage, compte tenu de leur compétence et de la place de l'industrie automobile dans les alentours, on ne pourra rien leur proposer comme emploi similaire ».


Alors, peut-on laisser faire sans réagir ? Dans la logique libérale actuelle ne sont prévues, en général, que quelques indemnités pour les salariés et des propositions de travail pas toujours adaptées ni aux travailleurs ni au bassin d'emplois local. C'est, évidemment, peu satisfaisant pour les premiers concernés, et cela risque d'aggraver un peu plus la fracture territoriale qui se traduit par une colère de moins en moins sourde et, au contraire, fort bruyante des personnes lors des élections générales.



Si le rôle de l’État n'est pas de tout faire ni de produire par lui-même, il a néanmoins le devoir d'assurer le maintien et le développement des activités productives prioritairement nécessaires au pays, et de préserver les conditions d'une bonne répartition des revenus entre les différentes catégories professionnelles selon leur qualité et leur quantité de travail. La justice sociale ne doit pas être une option dans la politique économique de notre nation mais bien une obligation morale et politique tout à la fois, qui doit motiver l’État et ceux qui l'incarnent et le servent. Il n'est pas certain que la République, trop souvent serve de l'Argent et de sa logique impitoyable, soit le régime le plus approprié pour imposer aux féodalités financières et économiques cette élémentaire et nécessaire justice sociale : quand la Monarchie n'hésite pas à emprisonner Fouquet, la République, elle, s'incline trop souvent devant Mammon...

 

 


Mis à jour (Samedi, 13 Mai 2017 15:27)