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postheadericon Le Blog de Jean-Philippe Chauvin

postheadericon Deux aéroports pour la réunification bretonne ?

 

L'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes pourrait bien avoir des conséquences inattendues sur l'organisation territoriale de l'Ouest de la France et en finir avec une injustice historique pour la Bretagne, et il n'est pas impossible que le président actuel et son gouvernement y aient aussi pensé, dans une perspective de long terme et pour, là aussi, refermer un dossier vieux de... plus de deux siècles !


En effet, l'annonce de l'aménagement de l'aéroport de Nantes-Atlantique couplé avec celui de Rennes-Saint-Jacques de la Lande peut aussi être interprétée comme la nécessité reconnue par le gouvernement de former une sorte de duopole aéroportuaire avec les deux villes « capitales » de la Bretagne historique, ducale et parlementaire. Et si cela pouvait constituer l'ébauche d'une politique véritablement conjointe des deux grandes villes, concernée l'une et l'autre par une augmentation similaire et continue de la population avec l'arrivée de personnes, souvent jeunes et appartenant aux classes moyennes, issues de la Région parisienne, et participant de la même logique socio-culturelle, et par des enjeux communs d'aménagement du territoire ?



Resserrer les liens entre les deux villes (et avec l'appoint des autres cités de Bretagne, qui ne doivent pas être négligées), elles-mêmes reliées au cœur actif de la France par les lignes ferroviaires à grande vitesse (ce qui fait de la Bretagne une sorte de « banlieue » de Paris, sans la mauvaise réputation qui colle parfois à ce terme...), est le meilleur moyen de recréer une forte communauté d'intérêts et, pourquoi pas, de renforcer la notion d'appartenance à un même ensemble « régional » d'origine historique, ce que certains nomment « la nation bretonne », forte et belle formule qui ne fait pas peur au royaliste fédéraliste que je suis. L'occasion est belle de réactiver une forme d'identité bretonne autour du patrimoine commun et complémentaire des deux grandes cités, et, en somme, de préparer, pour les années prochaines, une « logique » réunification bretonne. Encore faudra-t-il que les « barons » nantais, défenseurs des artificiels Pays de la Loire, comprennent et acceptent cette opportunité dont certains craindront les conséquences pour leurs pouvoirs féodaux... La République a plus renforcé les féodalités depuis les années Defferre et ses lois de décentralisation que les provinces et leurs libertés légitimes, et cela constitue, il est vrai, un risque politique à ne pas méconnaître ou sous-estimer !

 

 


Mis à jour (Vendredi, 19 Janvier 2018 23:42)

 

postheadericon Quand l'Etat décide l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

 

Ainsi, l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne verra pas le jour, et c'est tant mieux ! Ce projet qui ne correspondait plus aux enjeux économiques ni aux problématiques environnementales de l'Ouest de la France a, enfin, été abandonné, même si, en définitive, les précédents gouvernements n'avaient jamais vraiment pris les moyens de l'imposer, comme si eux-mêmes n'y croyaient pas... La décision de l’État est raisonnable et elle signale, au contraire de ce que disent MM. Alain Duhamel et Bruno Retailleau, une reprise en main par l’État de la « décision politique » quand les prédécesseurs de M. Macron à l’Élysée avaient renoncé à faire preuve d'autorité tout en se plaignant désormais de la décision prise, non par une assemblée parlementaire ni par quelques bureaucrates ministériels, mais par la magistrature suprême de l’État et par son chef de gouvernement. Un vieil ami royaliste me soufflait tout à l'heure que ce retour de la décision d’État s'apparentait à la prise du pouvoir du jeune Louis XIV après que son « parrain » Mazarin ait rendu son âme à Dieu : désormais, le maître, c'était lui, et aujourd'hui, l’État c'est Macron, rajoutait-il, avec un air amusé. Et de soupirer, tout d'un coup mélancolique d'un temps ancien qu'il avait bien connu, entre La Nation Française et la Nouvelle Action Française : « Ah, mais qui sera le Maurice Clavel des zadistes, et le Pierre Boutang du président de la République ? Ils manquent au royalisme, ces deux-là ! ». Cette formule, qui peut sembler bien sibylline à tous ceux qui ne connaissent pas l'histoire du royalisme de la seconde moitié du XXe siècle, méritera, un jour prochain, une plus large explication... Mais je sais qu'elle parlera déjà à quelques vieux monarchistes qui ne désespèrent pas, mais s'impatientent...



La colère des partisans de la construction de l'aéroport dans le bocage nantais se comprend, et je ne m'en moquerai pas, mais elle révèle bien le manque de hauteur de quelques élites politiques qui oublient le réel et s'en remettent à l'utopie de quelques grands travaux qui devraient régler les mille problèmes d'emplois, d'aménagement du territoire et d'attractivité qu'elles sont bien incapables de résoudre par une politique à la fois plus locale et plus ambitieuse, plus imaginative : l'opposition que celles-ci font entre économie et écologie démontre une absence de pensée stratégique sur le long terme qui reste celui à privilégier, pour transmettre aux générations qui viennent et sont encore à venir un pays habitable, agréable et tout simplement vivant, dans tous ses coins et recoins, et pas seulement dans de grandes métropoles « connectées » et mondialisées.


Là où le président de la République a montré qu'il concevait sa fonction de manière verticale et dans la tradition régalienne de l'arbitrage qui tranche quand les opinions et les passions s'affrontent depuis tant d'années, c'est qu'il n'a pas hésité à revenir sur une promesse électorale et à prendre, même, le contre-pied, rappelant ainsi que le Chef de l’État n'est plus le candidat, comme le Roi n'est plus le prétendant ou le simple dauphin, ce que le roi français Louis XI a su démontrer, roi sérieux et responsable quand il avait été jadis un dauphin agité et conspirateur...


Certains ont vu dans la décision de l’État, décision officiellement prise et assumée par le Premier ministre quand c'est bien le Président qui a tranché dès lundi soir, un « déni de démocratie », comme M. Ayrault, l'ancien maire de Nantes, et Mme Rolland, qui y siège désormais, et l'argument mérite examen, tout compte fait, car il y a bien eu une consultation démocratique sur le projet d'aéroport, en juin 2016, et une majorité d'électeurs du seul département convié à s'exprimer (quand l'aéroport était censé concerner deux régions...) l'avait approuvé, même si la géographie du vote montrait les forts clivages liés au lieu de résidence des votants, et que les tout premiers concernés, les habitants de Notre-Dame-des-Landes, avaient très largement marqué leur forte opposition au goudronnage de leur bocage...



En fait, plusieurs remarques me viennent à l'esprit : d'abord, il est tout de même ironique de constater que ceux-là mêmes qui, après le référendum national sur le projet de constitution européenne, n'ont eu de cesse de contourner le vote des électeurs français avant que de faire approuver ce même texte par le seul Parlement, évidemment moins rétif que le corps électoral, se drapent aujourd'hui dans les plis d'une démocratie qu'ils méprisaient et trahissaient alors, comme le confirment les propos du M. Ayrault de l'époque... Ensuite, cette bronca contre la décision étatique s'inscrit dans la remise en cause de la légitimité de l’État à décider, au-delà des opinions du moment et en dehors des seuls jugements de la foule, fût-elle électorale : c'est la même qui se lève contre le droit de grâce du président, condamné par nombre de démocrates contemporains comme un reste de l'Ancien régime, un vieux droit régalien obsolète, mais que je défends aussi avec vigueur comme l'expression d'une « plus haute justice » qui n'est plus celle des « vengeurs » mais bien celle du « pardon », qui est chose royale comme elle est, aussi, de nature religieuse, divine, pour ceux qui croient en Dieu.


Dernière chose (mais il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sujet) : s'il y a le « déni », ce n'est pas de la démocratie en soi, ne serait-ce que parce que, qu'on l'ait souhaité ou non, c'est bien M. Macron qui est sorti vainqueur des joutes électorales, démocratiques donc, du printemps 2017, soit après juin 2016 et le vote de Loire-Atlantique, et que la démocratie représentative, depuis la Révolution de 1789 et le moment où les états-généraux se sont transformés en Assemblée nationale constituante, ne reconnaît pas le mandat impératif, ce que, pour ce qui concerne les élections législatives, je regrette personnellement, mais que je ne souhaite pas, en revanche, pour l'élection présidentielle (en attendant la succession royale...). De plus, en démocratie, et on peut parfois le regretter, une élection « efface » souvent la précédente, ce qui, d'ailleurs, est la cause d'une instabilité de la magistrature suprême de l’État que la Monarchie résout par son mode de succession tranquille et assurée.


Ainsi, l’État, dans cette affaire, a repris l'avantage et, comme tout arbitrage, il s'agit d'un choix qui n'a pas vocation à plaire à tous mais à servir l'ensemble, au-delà des oppositions de la veille. Cela suffit-il à faire une politique ? Sans doute pas, et la République, en ce domaine comme en d'autres, montrera vite ses limites et ses incapacités, mais, pour l'heure, le vieux royaliste que je suis s'avoue satisfait de la décision gouvernementale : il n'est pas certain que j'éprouve la même satisfaction pour les autres et prochaines décisions du pouvoir en place...


Alors, le temps de quelques heures, savourons, et promenons-nous dans les bois, à Notre-Dame-des-Landes comme à Versailles !

 

 


Mis à jour (Mercredi, 17 Janvier 2018 23:27)

 

postheadericon Le nécessaire droit de grève.

 

Je n'ai jamais beaucoup aimé les grèves, je l'avoue, même s'il m'est arrivé, à deux reprises dans ma carrière de professeur (carrière débutée en 1991), de la pratiquer, la première fois pour protester contre l'agression d'une collègue au collège Jean-Vilar des Mureaux, en juin 1996, et la deuxième fois pour manifester contre le ministre socialiste Claude Allègre, sous le gouvernement Jospin. A chaque fois, la grève me semblait justifiée et, au-delà de sa légitimité, utile. Mais, depuis une quinzaine d'années, je n'ai plus jamais réutilisé ce moyen d'action, même si les raisons de mécontentement n'ont pas manqué depuis le début des années 2000. En fait, l'attitude trop souvent hypocrite des syndicats et la très nette et forte impression que la grève était devenue pour eux une facilité plutôt qu'une stratégie mûrement réfléchie m'ont préservé de cette tentation.



Pour autant, je suis attaché à l'existence et à la possibilité d'exercer ce droit, restauré dans le Droit français sous Napoléon III, même s'il me semble qu'il devrait être un « dernier recours » après un temps de discussion et de négociation entre partenaires sociaux : le droit de grève serait d'autant plus légitime s'il s'accompagnait d'un devoir de responsabilité. J'ai d'ailleurs pu constater que c'est son usage mesuré et presque solennel quand elle est rare qui fait sa reconnaissance dans l'opinion publique et son efficacité face à l'adversité, qu'elle soit gouvernementale ou patronale. L'exemple qui me vient à l'esprit est celui des professeurs de classes préparatoires, généralement peu enclins à de telles « extrémités », qui, par le déclenchement d'un vaste mouvement de grève contre les projets néfastes de M. Peillon, en 2013, ont fait reculer le gouvernement Ayrault en quelques jours... Tandis, qu'à l'inverse, la répétition presque rituelle de grèves de fonctionnaires ces dernières années (voire décennies), n'ont abouti qu'à desservir la cause de ceux-ci et accroître leur impopularité parmi les contribuables-électeurs.


Or, si le droit de grève n'est pas remis en cause en France, du moins pas explicitement, Le Figaro économie du samedi 13-dimanche 14 janvier 2018 nous apprend que le gouvernement grec s'apprête à franchir le pas, ce qui peut paraître surprenant pour des ministres qui se réclamaient (ou étaient présentés par les médias européens), il y a peu encore (du moins avant juillet 2015), de la « gauche radicale » et qui sont soutenus par... L'Humanité ! Ainsi, « la Vouli, le Parlement, s'apprête à adopter une réforme du droit de grève, imposée explicitement par les bailleurs de fonds du pays. » Mais qui sont ces bailleurs de fonds de la Grèce, si ce ne sont les États de l'Union européenne et leurs institutions financières et bancaires ? Les mêmes qui, depuis plusieurs années, ont épuisé les Grecs de leurs oukases et de ce libéralisme qui oublie les hommes pour ne penser qu'en termes d'économies et de compétitivité... Ceux qui ont pris en otage un pays entier au nom de dettes que, jamais, les générations grecques contemporaines ne pourront rembourser malgré tous leurs efforts et sacrifices. Des bailleurs qui exigent cette réforme avant d'accepter le versement de quelques milliards à la Grèce, non pour les Grecs eux-mêmes, mais pour leurs créanciers... Ah, que n'y a-t-il eu un « Solon » pour appliquer une nouvelle Seisachtheia (littéralement la remise du fardeau, c'est-à-dire l'abolition des dettes) et permettre la remise à flot du pays sur de nouvelles bases, moins « consommatoristes » et plus solidaires ! Le courage a manqué à M. Tsipras, devenu désormais, selon ses adversaires, le « valet des créanciers » et le « commis de Bruxelles », celui qui, désormais, doit faire « le sale boulot », sans que l'histoire lui en soit, demain, redevable : il est Créon alors qu'il aurait pu être Antigone, et il est le meilleur argument des libéraux et des européistes qui reprennent en chœur la sinistre formule de Margaret Thatcher : « There is no alternative » (Il n'y a pas d'alternative, sous entendu : à la politique libérale et à ses conséquences sociales...).



« Désormais, une grève, pour pouvoir se tenir, devra être votée par 50 % de personnes membres d'un syndicat et à jour de leurs cotisations, contre 20 % actuellement. « C'est une atteinte à la liberté d'expression, à un droit acquis pour lequel nos parents se sont battus », protestent les manifestants en colère. (…) « C'est un droit inaliénable, c'est la seule arme de l'employé face à l'injustice », avance Théodore Fortsakis, député conservateur de Nouvelle Démocratie. » Il est bien certain que si de telles conditions étaient édictées en France, il n'y aurait plus aucune grève qui puisse être considérée comme légale, ni aucune grève possible, tout simplement... C'est sans doute le rêve de certains libéraux qui regrettent, sans le savoir, la loi révolutionnaire du député rennais (hélas !) Isaac Le Chapelier, loi de juin 1791 qui, au nom de « la Liberté du travail », interdisait toute association ouvrière et toute grève, criminalisées l'une et l'autre par principe : triomphe des « capitalistes » (le terme existait-il à l'époque ?) contre lequel les royalistes sociaux du XIXe siècle ne cessèrent de combattre, souvent et longtemps en vain.


Ce qui peut paraître surprenant aussi dans cette affaire, c'est le lourd silence des sociaux-démocrates européens qui, ainsi, semblent approuver cette limitation du droit de grève. Mais, est-ce si étonnant, en définitive ? Ce sont souvent les progressistes, ou déclarés tels, qui ont détruit les traditions et les protections corporatives et ouvrières, au nom même, disaient-ils, de « l'intérêt bien compris » des classes populaires.


Bien sûr, les grèves sont parfois, en Grèce comme ailleurs, un moyen pour les partis d'agitation de faire parler d'eux, au risque de desservir l'économie du pays et d'affaiblir ses forces vives, et il ne s'agit pas, encore une fois, de vanter les mérites de la grève, ce dont je serai bien incapable et qui ne me semble pas forcément souhaitable comme je l'ai dit plus haut, sauf en des cas de nécessité sociale et de dénonciation d'une injustice flagrante dont la définition et la délimitation peuvent varier selon les circonstances. Mais ôter aux salariés la possibilité de cesser temporairement et librement le travail, ce moyen de faire entendre leur désarroi ou leur colère, ne me semble ni juste ni souhaitable, que cela soit en Grèce ou ailleurs.

 

 


Mis à jour (Lundi, 15 Janvier 2018 23:06)

 

postheadericon De l'amertume à l'espérance, malgré tout.

 

L'an dernier, j'avais initié le projet d'une « Nouvelle enquête sur la Monarchie », voulant profiter du temps et de la campagne de l'élection présidentielle pour la mener, sous la forme d'une réflexion large sur la Monarchie telle qu'elle pourrait retrouver ses chances et sa place dans l'espace politique et institutionnel français. J'espérais que les plumes et les autorités intellectuelles monarchistes s'en saisiraient, mon rôle se limitant à présenter et à commenter les réponses à cette enquête, et à susciter le débat plutôt qu'à le diriger vraiment : après tout, l'époque s'y prêtait, nos concitoyens ayant soif de politique et d'idées, de propositions aussi, lors d'une campagne présidentielle qui semblait « ouverte » et, parfois, bien indécise et surprenante.


Mais, je l'avoue avec une certaine amertume, cette « enquête » n'a guère été concluante et elle s'est arrêtée avant même les journées électorales, faute d'écho et d'intérêt, en particulier chez les royalistes eux-mêmes : les mouvements, les journaux et les sites qui se prévalent du royalisme, occupés à d'autres débats et suivant d'autres « stratégies » (parfois plus « politiciennes » ou électoralistes que proprement royalistes...), n'en ont guère fait état ni n'ont cherché à répondre aux questions qui pouvaient légitimement se poser sur cette problématique, hormis évidemment le Groupe d'Action Royaliste qui accueillait cette enquête et la répercutait sur la toile, au-delà de mon propre site. Il y a bien eu un léger frémissement sur les réseaux sociaux et chez des militants monarchistes motivés dont certains m'ont envoyés quelques réactions, commentaires ou remarques, parfois critiques mais constructives, et j'ai rédigé une petite quinzaine d'articles dans le cadre de cette « nouvelle enquête », toujours lisibles sur la toile, et qui fourniront la matière d'une prochaine publication synthétique. J'ai, de plus, constitué un fort dossier sur ce thème, et retrouvé un grand nombre de brochures, feuillets, articles ou coupures de presse qui, un jour, pourront, pour certains, être (re)publiés ou discutés : il faut juste souhaiter que cela ne soit pas dans un cadre purement historique mais bien plutôt dans une intention éminemment politique !



Cette expérience ratée aurait pu me dissuader de poursuivre le combat pour l'instauration d'une nouvelle Monarchie française et me contenter de reprendre « mes chères études » sur l'histoire d'un royalisme décidément « plus historique que politique » : mais cela aurait été transformer un échec en défaite, et aurait rendu bien peu crédible une espérance que je ne cesse d'évoquer et de vanter depuis presque quatre décennies, et qui me semble, aujourd'hui plus encore qu'hier, nécessaire, ne serait-ce que pour les générations qui nous suivent et qui comptent parmi elles mes élèves comme mes neveux et les enfants de mes amis...


La Monarchie est-elle pour cette année ? Je me souviens que, lors des vœux militants de l'Action Française, en ce 10, rue Croix-des-Petits-Champs que j'ai tant fréquenté jadis (et où j'ai même eu, un temps, un bureau sur lequel il m'arrivait, certains soirs, de corriger des copies de lycée ou de collège...), se déroulait chaque début d'année le même rituel qui voyait Pierre Pujo, le véritable maître des lieux, annoncer la Monarchie pour les mois à venir ou, du moins, une avancée considérable du mouvement royaliste dans le pays, avancée préparatoire à la prochaine Restauration... Les quelques participants à cette cérémonie , dont certains avaient connu Maurras vivant et (presque) jeune, opinaient du chef et lançaient de vigoureux « Vive le Roi » avant d'attaquer le maigre buffet : tout le monde était bien content, et l'ambiance fort sympathique. En privé, Pierre était moins optimiste quant à la proximité de la restauration monarchique, mais il a toujours gardé cette espérance royale chevillée au corps, tout comme sa fidélité indéfectible au comte de Paris et à ses successeurs : combien d'autres n'ont eu ni sa patience ni sa droiture !


Je ne promettrai pas la Monarchie pour 2018, au risque d'en désespérer certains, j'en suis sûr... Mais, s'il est une (double) promesse à faire et à tenir, c'est celle de faire, en tous les domaines politiques, sociaux ou environnementaux, tout ce qu'il est possible (et un peu plus) de faire pour servir le pays, ses peuples et toutes ses générations, et pour réduire le temps d'attente et d'atteinte de la Monarchie.


En cela, je n'oublie pas non plus la formule que j'ai souvent employée et dont l'auteur premier était, je crois, Bertrand Renouvin, le seul candidat royaliste présent au premier tour d'une élection présidentielle française, en 1974 : « il ne s'agit pas de mourir royaliste, mais de vivre en Monarchie ! ». Alors, travaillons, sur tous les terrains possibles ; travaillons à convaincre autrui de la nécessité d'un État arbitral et fédératif, héréditaire et successible, dont la légitimité ne reposera pas que sur une histoire familiale ancienne ou sur un vieux Droit coutumier, mais sur « le besoin du peuple » comme le disait le philosophe royaliste Pierre Boutang, et, aussi, sur le trinôme « Unité française, justice sociale, souci environnemental ».



Un royaliste conséquent doit refuser le fatalisme comme la facilité ou le dilettantisme : il doit bien plutôt privilégier, pour un militantisme efficace et convaincant, « la recherche, la discussion, l'action », sans méconnaître les enjeux du moment et les perspectives du lendemain, et il doit saisir les opportunités qui se présentent, non par démagogie mais par discernement. Si le royalisme n'est pas un « dîner de gala », il ne doit pas être non plus un repoussoir pour nos concitoyens : la bonne tenue des royalistes dans la société française (ce qui ne signifie pas leur ralliement aux principes de la société de consommation, si peu « sociale » dans ses applications) et leur capacité d'écoute du « pays réel » dans toutes ses particularités, y compris parfois les plus dérangeantes, n'est pas, pour autant, l'abandon d'une certaine rigueur politique et intellectuelle, mais la mise à portée des idées monarchistes à un nombre suffisant et satisfaisant de nos concitoyens et la possibilité d'un consentement « démocratique » à la proposition royale pour la magistrature suprême de l’État par une large part du corps social et électoral de notre pays. Car l'on ne fera pas la Monarchie contre les Français, mais bien avec eux ou, du moins, sans leur hostilité : dans l'ordre chronologique et stratégique, la « royalisation » des forces vives de la nation, de celles qui entraînent les autres, apparaît bien comme cette nécessité qu'il faut reconnaître et assumer pour établir dans de bonnes conditions et durablement la Monarchie à la tête de l’État...

 

 


Mis à jour (Dimanche, 07 Janvier 2018 22:16)

 

postheadericon Les citoyens majeurs et les institutions politiques. Partie 3 : Monarchie et synthèse démocratique.

 

Pour poursuivre le débat sur la question de la démocratie et de sa supposée inadéquation avec la Monarchie politique évoquée par mon jeune interlocuteur, il me faut compléter la définition de la démocratie même par son application « représentative », c'est-à-dire la pratique courante (et quasiment exclusive, hormis le recours -rare- au référendum) dans notre pays depuis la Révolution française et la transformation de l'assemblée des états-généraux en assemblée nationale constituante en 1789, véritable révolution politique et fin de toute possibilité de démocratie communale et directe, en fait comme en Droit, par l'interdiction du mandat impératif décidée par les nouveaux constituants qui cherchaient à prendre le Pouvoir, pas à le partager avec les peuples de France...


En fait, à bien y regarder, c'est bien sous le règne de Louis XVI que naît cette démocratie représentative, dans une imitation quasiment avouée du modèle anglo-saxon malgré le monocaméralisme de la Constitution de 1791. C'est aussi à la Restauration, sous les règnes des frères de Louis XVI, les rois Louis XVIII et Charles X, que s'implante vraiment le régime parlementaire, avec deux assemblées, la Chambre des députés et celle des Pairs, préfiguration de notre Assemblée nationale et du Sénat. Dès les années 1815-1820, une véritable vie parlementaire s'installe, et il suffit de suivre les débats qui, des travées des assemblées se poursuivent dans les revues et journaux de l'époque, pour le comprendre aisément. Mais il y a une lourde erreur politique que la Monarchie de la Restauration va commettre et que celle de Juillet qui lui succédera perpétuera, c'est la restriction du suffrage à quelques dizaines ou centaines de milliers d'électeurs alors qu'il aurait fallu établir le suffrage universel pour renforcer la Monarchie et sa légitimité « démocratique » aux yeux des Français qui y avaient goûté depuis les années révolutionnaires et impériales...



Les Républiques qui succédèrent à la Monarchie reprirent le bicaméralisme de la Restauration et accentuèrent, jusqu'au coup d'arrêt de 1958, le parlementarisme qui, en fait, donna une fort mauvaise réputation à la démocratie représentative par une corruption permanente et une impuissance bavarde qui entraîna souvent le pays vers le pire, y compris la défaite et l'occupation : de Gaulle ne pardonna jamais à la IIIe République d'avoir mené au désastre de 1940, et son discours de 1946 à Bayeux souligne bien son peu d'estime pour un régime qui laisse les partis et les carriéristes maîtres d'un État rabaissé. Aujourd'hui, la Cinquième République est certes une démocratie représentative mais son fondateur a cherché à libérer l’État des jeux parlementaires politiciens en établissant une autorité présidentielle qui, à défaut d'être royale, se veut au-dessus des partis sans les nier ou les interdire...


Qu'en ferait une nouvelle Monarchie instaurée ? Plusieurs pistes institutionnelles sont possibles et ouvertes, mais ce qui reste certain c'est que la Monarchie, si elle cherchera sans doute à limiter le rôle des partis et des politiciens sur les moyens de la décision de l’État, ne remettra pas fondamentalement en cause l'existence d'une forme de Représentation nationale, en maintenant, dans la droite ligne de la tradition constitutionnelle depuis 1815, un bicaméralisme parlementaire dont il sera néanmoins nécessaire de redéfinir les contours et les aspects, que cela soit en termes de désignation des parlementaires eux-mêmes ou en termes de pouvoirs et de leur exercice. On peut très bien imaginer que le Sénat devienne une sorte de « Chambre des Régions et des Métiers, des métropoles et des campagnes, des Compétences et des Idées » par exemple, quand l'Assemblée nationale garderait à peu près les mêmes pouvoirs mais s'ouvrirait à une plus grande diversité politique par l'établissement d'une certaine dose de proportionnelle atténuée par le maintien large d'une règle de désignation majoritaire pour éviter les blocages ou les manœuvres qui caractérisèrent tant les IIIe et IVe Républiques. De plus, la Monarchie « à la française », par les possibilités décentralisatrices qu'elle permet, accorderait plus de place et de poids à des assemblées provinciales et une autonomie démocratique et législative locale que la République, aujourd'hui, a tant de mal à reconnaître à la Corse et aux provinces historiques malmenées par les découpages de 1941, 1955 et 2015 et intégrées à des régions administratives « légales » mais bien peu « réelles » en fait... En somme, c'est bien plutôt la nouvelle Monarchie ainsi conçue qui permettrait une véritable représentation démocratique et l'exercice de libertés parlementaires qui ne s'arrêteraient pas à celles de partis ou de féodalités politiciennes comme c'est trop souvent le cas aujourd'hui.


De plus, les différentes assemblées, qu'elles soient nationales, régionales ou communales, joueraient leur véritable rôle de représentation et d'avis sans, pour autant, décider à la place de la magistrature suprême de l’État dans le cadre de la Grande politique ou de la diplomatie, domaines réservés du gouvernement royal, du Conseil du Roi constitués des ministères et secrétariats d’État.



En somme, la Monarchie appliquerait une véritable subsidiarité politique qui laisse une grande part de décisions locales aux localités, communales aux communes, régionales aux régions, professionnelles aux Métiers, etc. Autogestion, diraient certains, même si le terme le plus approprié serait plutôt, comme l'avaient évoqué les royalistes des années 60-70, Sociogestion, qui peut se définir comme l'exercice des pouvoirs concrets des communautés organisées, des corps constitués, des identités reconnues et vécues, par eux-mêmes...


Qu'y a-t-il de plus « démocratique », en définitive, que cette Monarchie qui peut synthétiser (et arbitrer) les deux grandes formes de démocratie, aujourd'hui considérées (à tort) comme forcément antagoniques, sans se laisser déborder par celles-ci et en assurant l'existence et l'exercice des libertés civiques par l'affirmation d'une Autorité politique indépendante (et donc arbitrale sans être arbitraire) des jeux de partis par sa propre nature « héréditaire et successible » ?

 

 


(à suivre)

 

 


Mis à jour (Vendredi, 05 Janvier 2018 01:19)